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AccueilDroit européen62026TO0310
Jurisprudence CJUE62026TO0310

Ordonnance du président du Tribunal du 12 août 2026.#TB contre Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes.#Référé – Fonction publique – Agent temporaire – Contrat à durée déterminée – Résiliation du contrat – Demande de sursis à exécution et de mesures provisoires – Défaut d’urgence.#Affaire T-310/26 R.

CELEX62026TO0310
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 12 août 2026

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ORDONNANCE DU PRÉSIDENT DU TRIBUNAL

12 août 2026 (*)

« Référé – Fonction publique – Agent temporaire – Contrat à durée déterminée – Résiliation du contrat – Demande de sursis à exécution et de mesures provisoires – Défaut d’urgence »

Dans l’affaire T‑310/26 R,

TB, représenté par Mes T. Chiuariu et T. Şoldănescu, avocats,

partie requérante,

contre

Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex), représentée par MM. C. Carroll et R.-A. Popa, en qualité d’agents, assistés de Mes L. Lence de Frutos et M. Troncoso Ferrer, avocats,

partie défenderesse,

LE PRÉSIDENT DU TRIBUNAL

rend la présente

Ordonnance

1 Par sa demande fondée sur les articles 278 et 279 TFUE, le requérant, TB, sollicite, d’une part, le sursis à l’exécution de la décision Ares(2026) 3802357 de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex) du 13 avril 2026 mettant fin à son contrat de travail (ci-après la « décision attaquée »), et, d’autre part, en tant que mesure provisoire, sa réintégration dans son ancien poste et ses anciennes fonctions jusqu’à l’issue de la procédure au principal.

Antécédents du litige, conclusions des parties et faits postérieurs à l’introduction de la demande en référé

2 Le 16 juin 2020, le requérant a rejoint Frontex en tant qu’agent temporaire dans le cadre d’un contrat à durée déterminée de cinq ans, qui a ensuite été renouvelé pour une même période supplémentaire, expirant le 15 juin 2030.

3 Le 15 décembre 2025, Frontex a informé le requérant qu’elle envisageait de mettre fin à son contrat de travail au motif qu’il avait omis de signaler une procédure judiciaire en cours avant et pendant la durée de son emploi, dont la divulgation pouvait entraîner, selon Frontex, une atteinte à la réputation de cette dernière et une perte de confiance du public. Frontex a ainsi estimé que le fait de ne pas lui avoir communiqué cette information avait entraîné une rupture de la relation de confiance entre Frontex et le requérant.

4 Après avoir accordé au requérant le droit de présenter ses observations, Frontex a résilié, par la décision attaquée, le contrat du requérant avec un préavis de deux mois.

5 Le 4 mai 2026, le requérant a introduit une réclamation contre la décision attaquée au titre de l’article 90, paragraphe 2, du statut des fonctionnaires de l’Union européenne.

6 Par requête déposée au greffe du Tribunal le 22 mai 2026, le requérant a introduit un recours tendant notamment à l’annulation de la décision attaquée.

7 Par acte séparé déposé au greffe du Tribunal le même jour, le requérant a introduit la présente demande en référé, dans laquelle il conclut à ce qu’il plaise au président du Tribunal :

– surseoir à l’exécution de la décision attaquée ;

– à titre de mesure provisoire, réintégrer le requérant dans son ancien poste et dans ses anciennes fonctions ;

– condamner Frontex aux dépens.

8 Le 10 juin 2026, Frontex a adressé au requérant un rectificatif de la décision attaquée, prolongeant le délai de préavis de trois mois supplémentaires.

9 Dans ses observations sur la demande en référé, déposées au greffe du Tribunal le 11 juin 2026, Frontex conclut à ce qu’il plaise au président du Tribunal :

– rejeter la demande en référé ;

– condamner le requérant aux dépens.

En droit

10 Il ressort d’une lecture combinée des articles 278 et 279 TFUE, d’une part, et de l’article 256, paragraphe 1, TFUE, d’autre part, que le juge des référés peut, s’il estime que les circonstances l’exigent, ordonner le sursis à l’exécution d’un acte attaqué devant le Tribunal ou prescrire les mesures provisoires nécessaires, et ce, en application de l’article 156 du règlement de procédure du Tribunal. Néanmoins, l’article 278 TFUE pose le principe du caractère non suspensif des recours, les actes adoptés par les institutions de l’Union bénéficiant d’une présomption de légalité. Ce n’est donc qu’à titre exceptionnel que le juge des référés peut ordonner le sursis à l’exécution d’un acte attaqué devant le Tribunal ou prescrire des mesures provisoires (voir ordonnance du 19 juillet 2016, Belgique/Commission, T‑131/16 R, EU:T:2016:427, point 12 et jurisprudence citée).

11 L’article 156, paragraphe 4, première phrase, du règlement de procédure dispose que les demandes en référé doivent spécifier « l’objet du litige, les circonstances établissant l’urgence ainsi que les moyens de fait et de droit justifiant à première vue l’octroi de la mesure provisoire à laquelle elles concluent ».

12 Ainsi, le sursis à exécution et les autres mesures provisoires peuvent être accordés par le juge des référés s’il est établi que leur octroi est justifié à première vue en fait et en droit (fumus boni juris) et qu’ils sont urgents, en ce sens qu’il est nécessaire, pour éviter un préjudice grave et irréparable aux intérêts de la partie qui les sollicite, qu’ils soient édictés et produisent leurs effets avant la décision dans l’affaire principale. Ces conditions sont cumulatives, de telle sorte que les demandes de mesures provisoires doivent être rejetées dès lors que l’une d’elles fait défaut. Le juge des référés procède également, le cas échéant, à la mise en balance des intérêts en présence (voir ordonnance du 2 mars 2016, Evonik Degussa/Commission, C‑162/15 P‑R, EU:C:2016:142, point 21 et jurisprudence citée).

13 Dans le cadre de cet examen d’ensemble, le juge des référés dispose d’un large pouvoir d’appréciation et reste libre de déterminer, au regard des particularités de l’espèce, la manière dont ces différentes conditions doivent être vérifiées ainsi que l’ordre de cet examen, dès lors qu’aucune règle de droit ne lui impose un schéma d’analyse préétabli pour apprécier la nécessité de statuer provisoirement [voir ordonnance du 19 juillet 2012, Akhras/Conseil, C‑110/12 P(R), non publiée, EU:C:2012:507, point 23 et jurisprudence citée].

14 Compte tenu des éléments du dossier, le président du Tribunal estime qu’il dispose de tous les éléments nécessaires pour statuer sur la présente demande en référé, sans qu’il soit utile d’entendre, au préalable, les parties en leurs explications orales.

15 Dans les circonstances du cas d’espèce, il convient d’examiner d’abord si la condition relative à l’urgence est remplie.

16 Afin de vérifier si les mesures provisoires demandées sont urgentes, il convient de rappeler que la finalité de la procédure de référé est de garantir la pleine efficacité de la future décision définitive, afin d’éviter une lacune dans la protection juridique assurée par le juge de l’Union. Pour atteindre cet objectif, l’urgence doit, de manière générale, s’apprécier au regard de la nécessité qu’il y a de statuer provisoirement afin d’éviter qu’un préjudice grave et irréparable ne soit occasionné à la partie qui sollicite la protection provisoire. Il appartient à cette partie d’apporter la preuve qu’elle ne saurait attendre l’issue de la procédure relative au recours au fond sans subir un préjudice grave et irréparable (voir ordonnance du 14 janvier 2016, AGC Glass Europe e.a./Commission, C‑517/15 P‑R, EU:C:2016:21, point 27 et jurisprudence citée).

17 C’est à la lumière de ces critères qu’il convient d’examiner si le requérant parvient à démontrer l’urgence.

18 En l’espèce, pour démontrer le caractère grave et irréparable du préjudice invoqué, le requérant soutient que le sursis à l’exécution de la décision attaquée et sa réintégration dans son ancien poste et sa fonction sont nécessaires pour préserver son bien-être financier et sa santé.

19 Frontex conteste cette argumentation.

20 En premier lieu, s’agissant de l’argument du requérant concernant la préservation de son bien-être financier, il convient de constater que ce préjudice invoqué est d’ordre financier.

21 À cet égard, il convient de relever qu’un préjudice d’ordre financier ne peut, sauf circonstances exceptionnelles, être regardé comme irréparable ou même difficilement réparable, dès lors qu’il peut, en règle générale, faire l’objet d’une compensation financière ultérieure (voir ordonnance du 2 octobre 2019, FV/Conseil, T‑542/19 R, non publiée, EU:T:2019:718, point 42 et jurisprudence citée).

22 Il est vrai que, même en cas de préjudice d’ordre purement pécuniaire, une mesure provisoire se justifie s’il apparaît que, en l’absence de cette mesure, la partie qui la sollicite se trouverait dans une situation susceptible de mettre en péril sa viabilité financière, puisqu’elle ne disposerait pas d’une somme devant normalement lui permettre de faire face à l’ensemble des dépenses indispensables pour assurer la satisfaction de ses besoins élémentaires jusqu’au moment où il sera statué sur le recours principal (voir ordonnance du 2 octobre 2019, FV/Conseil, T‑542/19 R, non publiée, EU:T:2019:718, point 43 et jurisprudence citée).

23 Toutefois, pour pouvoir apprécier si le préjudice allégué présente un caractère grave et irréparable et justifie donc de suspendre, à titre exceptionnel, l’exécution des actes attaqués, le juge des référés doit, dans tous les cas, disposer d’indications concrètes et précises, étayées par des documents détaillés qui démontrent la situation financière de la partie qui sollicite la mesure provisoire et permettent d’apprécier les conséquences qui résulteraient, vraisemblablement, de l’absence des mesures demandées [voir ordonnance du 27 avril 2010, Parlement/U, T‑103/10 P(R), EU:T:2010:164, point 37 et jurisprudence citée].

24 En l’espèce, le requérant affirme qu’en tant qu’officier de police à la retraite, il n’a aucune possibilité de reprendre un poste actif dans les forces de l’ordre, et que la pension qu’il perçoit actuellement est insuffisante pour couvrir ses obligations financières courantes, notamment le remboursement de ses emprunts et ses frais de subsistance de base. À cet égard, à titre de preuve, il a fourni un contrat de prêt personnel souscrit avec son épouse, qui expire le 14 avril 2031, et dont les mensualités s’élèvent à environ 750 euros.

25 Or, il convient de relever que ces allégations et cette preuve unique ne constituent pas des indications suffisamment concrètes et précises qui permettraient au juge des référés de se faire une image fidèle et globale de la situation financière du requérant ainsi qu’exigée par la jurisprudence rappelée au point 23 ci-dessus.

26 Par conséquent, dans de telles circonstances, le juge des référés n’est pas en mesure d’apprécier si le préjudice financier allégué peut être qualifié de grave et d’irréparable.

27 En second lieu, s’agissant du préjudice tiré du risque de détérioration de l’état de santé du requérant, il convient de relever que ce dernier soutient que ce préjudice découlera de la perte de sa couverture d’assurance maladie et de l’incapacité qui en résultera à supporter ses frais médicaux.

28 Or, le requérant n’a pas démontré qu’il se trouvait dans une telle incapacité financière, ainsi qu’il ressort du point 25 ci-dessus, ni qu’il ne pourrait bénéficier d’aucune assurance maladie à la suite de la résiliation de son contrat de travail.

29 Il résulte de ce qui précède que la demande en référé doit être rejetée, à défaut pour le requérant d’avoir établi que la condition relative à l’urgence est remplie, sans qu’il soit nécessaire de se prononcer sur le fumus boni juris ou de procéder à la mise en balance des intérêts.

30 En vertu de l’article 158, paragraphe 5, du règlement de procédure, il convient de réserver les dépens.


Par ces motifs,

LE PRÉSIDENT DU TRIBUNAL

ordonne :

1) La demande en référé est rejetée.

2) Les dépens sont réservés.

Fait à Luxembourg, le 12 août 2026.

Le greffier

Le président

V. Di Bucci

M. van der Woude


* Langue de procédure : l’anglais.

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