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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA02027

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA02027

mardi 17 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA02027
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantDECAUX;EZZAÏTAB;VIREMOUNEIX-GRAFFIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2300220 du 6 avril 2023, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa requête.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 1er août 2023, M. B, représenté par Me Decaux, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 6 avril 2023 du tribunal administratif de Marseille ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2022 du préfet des Bouches-du-Rhône ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour de six mois ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation, le préfet ayant mentionné qu'il sollicitait un titre de séjour en tant que conjoint de français alors qu'il est prévalu de sa qualité d'étranger malade ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa demande de titre de séjour ;

- le préfet s'est estimé lié, à tort, par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, notamment en ce qu'il ne peut pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale, par voie de conséquence, de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale.

Par une décision du 30 juin 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 25 avril 1940 de nationalité algérienne, demande l'annulation du jugement par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. () ". Selon l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. D'une part, l'arrêté attaqué vise les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que M. B est entré en France sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa, qu'il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article 6 7) de l'accord franco-algérien et que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a émis un avis sur son état de santé. Il fait, en outre, mention des éléments de sa situation personnelle dont le préfet avait connaissance. Par ailleurs, il précise également les raisons pour lesquelles l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme n'est pas méconnu. La circonstance que le préfet ait mentionné la célébration d'un mariage est une erreur matérielle qui n'est pas de nature à caractériser un défaut de motivation. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, au sens de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. D'autre part, il ressort de ce qui vient d'être dit et des motifs de cet arrêté que le préfet a procédé à un examen particulier et sérieux de la situation personnelle de M. B et par suite, que le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit ainsi être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône se serait estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 6 septembre 2022 pour prendre sa décision.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ". Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable aux litiges et dont les dispositions se sont substituées à celles de l'article L. 511-4 10° du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

7. Le préfet des Bouches-du-Rhône a produit en première instance l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 6 septembre 2022 aux termes duquel, si l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ce dernier peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. L'intéressé, qui soutient que le préfet ne démontre pas la disponibilité d'un traitement approprié en Algérie, ne produit cependant aucun élément de nature à remettre en question l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, le préfet a pu, à bon droit, estimer que le requérant pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6 7) de l'accord franco-algérien et des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. M. B soutient être entré en France le 31 janvier 2020 sous couvert d'un visa Schengen court séjour, et demeurer sur le territoire français depuis. Il se prévaut de la présence en France de son épouse, dont il n'établit pas la régularité du séjour, de sa fille, de son gendre et de ses trois petits-enfants, de nationalité française, tandis qu'il ne démontre pas qu'il serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où réside son autre fille et où il a vécu jusqu'à l'âge de soixante-dix-neuf ans. Il ne fait pas état d'obstacles s'opposant à ce qu'il reconstitue la cellule familiale avec son épouse, également de nationalité algérienne, dans leur pays d'origine. Malgré l'ancienneté de sa présence en France dont il se prévaut, M. B ne produit aucun élément de nature à caractériser une insertion socio-professionnelle notable. Dans ces conditions, eu égard notamment aux conditions du séjour en France de M. B, l'arrêté litigieux n'a pas porté au droit de celui-ci au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En dernier lieu, d'une part, il y a lieu d'adopter les motifs retenus à bon droit par le tribunal, aux points 10 à 13 de son jugement, s'agissant de la légalité de l'obligation de quitter le territoire, ces motifs n'étant pas remis en cause en appel par des développements véritablement nouveaux. D'autre part, le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Notamment, il résulte de ce qui précède que M. B ne dispose d'aucun droit au séjour en France, les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégales. Par suite, le moyen doit donc être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonctions et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Decaux.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 17 septembre 2024.

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