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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA02355

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA02355

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA02355
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantSALIGARI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler l'arrêté du 17 mars 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.

Par un jugement n° 2301628 du 31 mai 2023, le magistrat désigné du tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 8 septembre 2023, M. A, représenté par Me Saligari, demande à la Cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler le jugement du 31 mai 2023 du magistrat désigné du tribunal administratif de Nice ;

3°) d'annuler l'arrêté du 17 mars 2023 du préfet des Alpes-Maritimes ;

4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et subsidiairement de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai d'un mois sous les mêmes conditions d'astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours :

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle, le préfet s'étant estimé lié par les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de sa destination :

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entaché d'une erreur de droit, dès lors que le préfet s'est estimé, à tort, lié par l'appréciation portée par l'OFRPA et la CNDA sur les craintes de l'intéressé ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La demande d'aide juridictionnelle de M. A a été rejetée par une décision du 27 octobre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations du public avec l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité russe, né en 1984, relève appel du jugement du 31 mai 2023 par lequel le magistrat désigné du tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du 17 mars 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.

Sur les conclusions tendant à l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Par une décision du 27 octobre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille a statué sur la demande de M. A. Il n'y a donc pas lieu de statuer sur sa demande d'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. D'une part, l'arrêté attaqué vise notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquelles il a été pris, mais également les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celles de l'article 33 de la convention de Genève. D'autre part, l'arrêté comporte également les considérations de faits sur lesquelles il se fonde, notamment les conditions dans lesquelles le requérant est entré sur le territoire, les décisions de l'OFPRA et de la CNDA portant rejet de ses demandes, les éléments relatifs à sa vie privée et familiale. Dès lors, le préfet des Alpes-Maritimes a suffisamment motivé sa décision et a procédé à un examen réel et particulier de la situation du requérant. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours serait insuffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas pris en compte tous les éléments à sa disposition et par suite, qu'il aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment de l'arrêté litigieux, que le préfet des Alpes-Maritimes, qui précise que M. A " n'a fourni auprès de l'autorité préfectorale aucun élément susceptible de réexaminer son droit au séjour en France sur un autre fondement juridique " et " que dans la situation de l'intéressé, aucun caractère exceptionnel ou humanitaire ne saurait être retenu ", se serait estimé lié par les décisions de l'OFPRA et de la CNDA refusant le bénéfice de la qualité de réfugié et de la protection subsidiaire. Il ne ressort pas plus des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes se serait estimé lié par l'examen effectué par l'OFPRA et la CNDA, dès lors qu'il a considéré que l'analyse " des risques encourus en cas de retour de l'intéressé dans son pays d'origine, n'a pas fait apparaître que ces risques soient avérés ". Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

8. En quatrième lieu, s'agissant des moyens invoqués par M. A tirés de ce que l'arrêté méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, qui avaient été précédemment invoqués en première instance, il y a lieu de les écarter par adoption des motifs retenus à bon droit par le magistrat désigné du tribunal administratif de Nice, aux points 7 et 8 de son jugement. La circonstance que le requérant déclare, sans toutefois l'établir, que sa famille résiderait sur le territoire n'est pas de nature à remettre en cause le bien-fondé du jugement.

S'agissant de la décision fixant le pays de sa destination :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " La qualité de réfugié est reconnue : 1° A toute personne persécutée en raison de son action en faveur de la liberté ; 2° A toute personne sur laquelle le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés exerce son mandat aux termes des articles 6 et 7 de son statut tel qu'adopté par l'Assemblée générale des Nations unies le 14 décembre 1950 ; 3° A toute personne qui répond aux définitions de l'article 1er de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés. Ces personnes sont régies par les dispositions applicables aux réfugiés en vertu de la convention de Genève susmentionnée. ". Aux termes de son article L. 512-1 : " Le bénéfice de la protection subsidiaire est accordé à toute personne qui ne remplit pas les conditions pour se voir reconnaître la qualité de réfugié mais pour laquelle il existe des motifs sérieux et avérés de croire qu'elle courrait dans son pays un risque réel de subir l'une des atteintes graves suivantes : 1° La peine de mort ou une exécution ; 2° La torture ou des peines ou traitements inhumains ou dégradants ; 3° S'agissant d'un civil, une menace grave et individuelle contre sa vie ou sa personne en raison d'une violence qui peut s'étendre à des personnes sans considération de leur situation personnelle et résultant d'une situation de conflit armé interne ou international. ". Aux termes de son article L. 424-1 : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ".

10. Il n'appartient qu'à l'OFPRA et, le cas échéant, à la CNDA de se prononcer sur le droit de l'intéressé à l'octroi de la qualité de réfugié ou au bénéfice de la protection subsidiaire au sens des dispositions précitées. Dès lors, M. A ne peut utilement se prévaloir des articles précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre de la décision du préfet des Alpes-Maritimes fixant le pays de sa destination.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, anciennement codifié à l'article L. 513-2 : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

12. Si M. A fait valoir qu'il serait exposé à des risques en cas de retour dans son pays d'origine en raison des opinions politiques qui lui sont imputées et de son refus de combattre en Ukraine, il n'assortit pas ses allégations de précisions et de justifications suffisamment probantes, pour établir le caractère actuel et personnel de ces risques, dont la CNDA n'a d'ailleurs pas retenu l'existence. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

13. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision fixant le pays de sa destination ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. A.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Saligari.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Marseille, le 19 septembre 2024

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