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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA02970

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA02970

mardi 16 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA02970
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 9 octobre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2310321 du 22 novembre 2023, la magistrate désignée du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa requête.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 12 décembre 2023, Mme B, représentée par Me Viale, demande à la Cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler le jugement du 22 novembre 2023 du tribunal administratif de Marseille ;

3°) d'annuler l'arrêté du 9 octobre 2023 du préfet des Bouches-du-Rhône ;

4°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que la décision du préfet est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a été victime de la traite d'être humains et obligée à se prostituer, dans les mêmes conditions que sa sœur qui bénéficie de l'asile.

Par une décision du 26 avril 2024, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille a constaté la caducité de sa demande d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, née le 9 juin 1995, de nationalité nigériane, demande l'annulation du jugement par lequel la magistrate désignée du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 9 octobre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Mme B a présenté une demande d'aide juridictionnelle, dont la caducité a été constatée par le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille par une décision du 26 avril 2024. Elle n'a pas formé de recours contre cette décision, ni n'invoque aucune urgence au sens de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Sa demande d'aide juridictionnelle provisoire ne peut, dans ces conditions, qu'être rejetée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Mme B soutient être entrée en France le 25 février 2019, dans des conditions indéterminées. Elle a sollicité le bénéfice de l'asile, demande rejetée par une décision du 18 mars 2020 de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) et par une décision du 6 avril 2021 de la Cour nationale du droit d'asile. Sa demande de réexamen présentée le 8 mars 2023 a été déclarée irrecevable par l'OFPRA le 31 août 2023. Si elle soutient que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors notamment qu'elle a été victime de la traite d'êtres humains, et qu'elle pourrait ainsi être exposée à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Nigéria, la Cour nationale du droit d'asile a relevé, dans sa décision, qu'elle n'a " livré que très peu d'éléments sur la manière dont elle aurait mis fin à ses activités prostitutionnelles ainsi que sur ses craintes personnelles et actuelles pour ce motif. En particulier, elle est restée vague sur les conditions de son départ d'Italie indiquant dans son récit qu'elle ne souhaitait plus s'y prostituer tout en indiquant devant la Cour avoir tenté dès son arrivée en France de se prostituer à son compte. Ses explications lacunaires quant au montant de la somme restant à rembourser n'ont pas convaincu la Cour de son extraction du réseau. () D'autre part, interrogée devant la Cour sur la prise de conscience de son homosexualité, elle a fourni des réponses succinctes et convenues. A cet égard, elle n'a pas été en mesure de raconter spontanément la manière dont elle aurait pris conscience de son homosexualité ainsi que les réflexions qu'elle aurait pu avoir à ce sujet dans un pays où cette orientation est pénalisée par la loi et taboue dans la société. La relation amoureuse qu'elle aurait entretenue a été relatée de façon superficielle et stéréotypée tant sur son commencement que sur son déroulement mais également sur les précautions prises afin de cacher cette liaison et ce d'autant qu'elle a omis devant l'OFPRA de faire part de cette orientation sexuelle ".

5. Mme B n'établit pas davantage devant la Cour l'actualité et la réalité de ses craintes d'être exposée à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Nigéria, se bornant à soutenir que sa sœur bénéficie de l'asile et produisant des documents divers sur la prostitution au Nigéria, sans élément circonstancié quant à sa situation. Elle n'établit pas davantage que sa mère serait décédée du fait de " la violence des réseaux nigérian ", ni qu'elle pourrait faire l'objet de violence à raison de son homosexualité. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en l'obligeant à quitter le territoire français.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de Mme B, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonctions et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B n'est pas admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 16 juillet 2024.

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