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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-24MA00061

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-24MA00061

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-24MA00061
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge des référés
Avocat requérantLAURENS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 6 novembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2310694 du 11 décembre 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 10 janvier 2024, M. A, représenté par Me Laurens, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 11 décembre 2023 de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Marseille ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 novembre 2023du préfet des Bouches-du-Rhône ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige pris dans son ensemble est entaché d'incompétence de son signataire ;

- il est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est le père d'un enfant de nationalité française et qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de ce dernier ;

- M. A ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il avait déposé une demande de titre de séjour avant que l'obligation de quitter le territoire français ne lui soit opposée ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait pour avoir indiqué qu'il n'entre dans aucune des catégories de plein droit définies aux articles 6 et 7 de l'accord franco-algérien alors qu'il est père d'un enfant français ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La demande d'aide juridictionnelle de M. A a été rejetée par une décision du 29 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité algérienne, relève appel du jugement du 11 décembre 2023 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 6 novembre 2023 du préfet des Bouches-du-Rhône, l'obligeant à quitter le territoire français dans délai, fixant le pays de destination duquel il pourrait être reconduit d'office, et prononçant à son encontre une interdiction de quitter le territoire français pour une durée de deux ans.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

3. En premier lieu, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de ce que l'arrêté en litige serait entaché d'incompétence de son signataire, de ce que chacune des décisions qu'il comporte serait insuffisamment motivée et de ce qu'il serait entaché d'un défaut d'examen par adoption des motifs retenus à bon droit par la première juge aux points 3 à 5 du jugement, le requérant ne faisant valoir aucun élément distinct de ceux soumis à son appréciation.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ; / () ". Il résulte de ces stipulations que le respect de la condition qu'elles posent tenant à l'exercice, même partiel, de l'autorité parentale n'est pas subordonné à la vérification de l'effectivité de l'exercice de cette autorité.

5. D'autre part, aux termes de l'article 372 du code civil : " Les père et mère exercent en commun l'autorité parentale. L'autorité parentale est exercée conjointement dans le cas prévu à l'article 342-11 () ". L'article 373-2 du même code dispose que : " la séparation des parents est sans incidence sur les règles de dévolution de l'exercice de l'autorité parentale ". Aux termes de l'article 373-2-1 du même code : " si l'intérêt de l'enfant le commande, le juge peut confier l'exercice de l'autorité parentale à l'un des deux parents ".

6. Enfin, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi ou une convention internationale prévoit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement.

7. Il résulte des stipulations précitées du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien que le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit à l'ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France à l'égard duquel il exerce l'autorité parentale, sans qu'il ait à établir contribuer effectivement son entretien et à son éducation. D'une part, il ressort de l'acte de naissance versé au dossier de première instance, que M. A est le père d'une enfant mineure de nationalité française, née le 10 août 2022, et qui réside avec sa mère depuis la séparation de l'intéressé et de la mère de l'enfant. D'autre part, si M. A mentionne que le juge aux affaires familiales a été saisi afin de statuer sur l'autorité parentale et pour que soit établi son droit de visite, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait été privé de l'exercice de l'autorité parentale par une décision de justice. Ainsi que le prévoient les dispositions précitées de l'article 372 du code civil, M. A dispose donc de l'autorité parentale sur cet enfant. Par suite, à la date à laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a obligé le requérant à quitter le territoire français sans délai, ce dernier pouvait prétendre à la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " en application des stipulations précitées du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

8. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne subordonne pas la délivrance d'un certificat de résidence à un ressortissant algérien à la condition que l'intéressé ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ne prive pas l'administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été interpellé le 16 juillet 2022 pour " violences conjugales et sur mineur " à la suite de la plainte de sa compagne. Il a ensuite été condamné le 10 octobre 2022 par le tribunal correctionnel d'Aix-en-Provence à une peine de six mois d'emprisonnement pour " violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours ". Il a de nouveau été interpellé le 4 novembre 2023 pour " violences conjugales, dégradations de véhicule et menaces " et a été placé en garde à vue. Eu égard à la gravité des faits pour lesquels il a été condamné et la réitération des menaces de violences dont il a fait preuve peu de temps après sa sortie de prison, le comportement de M. A représente une menace pour l'ordre public.

10. Ainsi, la menace à l'ordre public que représente la présence en France de M. A fait obstacle à ce qu'il soit regardé comme étant dans la situation de se voir attribuer de plein droit un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que M. A ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il devait se voir attribuer de plein droit un titre de séjour doit être écarté.

11. En troisième lieu, le moyen tiré de ce qu'il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il avait déposé au préalable une demande d'admission au séjour, précédemment invoqué dans les mêmes termes devant le tribunal, doit être écarté par adoption des motifs retenus par la première juge aux points 13 à 15 du jugement, le requérant ne faisant valoir en appel aucun élément distinct de ceux soumis à leur appréciation.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. A, âgé de trente-sept ans à la date de l'arrêté en litige, déclare être entré en France en 2020, sans toutefois l'établir, et qu'il est séparé de la mère de sa fille née le 10 août 2022. Ainsi qu'il a été dit au point 6, M. A a été condamné le 10 octobre 2022 par le tribunal correctionnel d'Aix-en-Provence à une peine de six mois d'emprisonnement pour " violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, et a été interpellé et placé en garde à vue à deux reprises pour violences conjugales ". S'il se prévaut de ses liens avec sa fille de nationalité française, ni les quelques photographies versées au dossier et les virements bancaires de cinquante euros effectués en son nom, par sa sœur, au bénéfice de la mère de sa fille en date des 28 novembre 2022, 20 décembre 2022, 10 janvier 2023 et 21 novembre 2023, ni même la circonstance qu'il puisse voir sa fille dans le cadre de visites médiatisées dont les dates et la périodicité ne sont pas établies par les pièces du dossier, ne sont de nature à établir qu'il contribuerait à l'entretien et à l'éducation de sa fille depuis sa naissance ou qu'il entretiendrait des liens stables, intenses et durables avec cette dernière. Il est en outre constant que M. A ne peut se prévaloir d'aucune insertion sociale ou professionnelle, et qu'il a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans le 18 juillet 2022 qu'il n'a pas exécutée. Par ailleurs, il ressort des déclarations de l'intéressé lors de son audition le 17 juillet 2022 par les services de police que ses deux enfants mineurs issus d'une précédente union, ses parents, et ses trois autres sœurs résident dans son pays d'origine. Dès lors, compte-tenu de la durée et des conditions du séjour de M. A sur le territoire français, l'arrêté en litige n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts poursuivis par cet arrêté, et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. En cinquième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant susvisée : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

15. Il ressort des pièces du dossier que M. A ne vit plus avec la mère de sa fille de nationalité française au moins depuis qu'il est sorti de prison en janvier 2023 et qu'il n'a en tout état de cause vécu pas plus d'un mois avec son enfant. Ainsi qu'il a été dit au point 10, il n'est pas établi que M. A participe à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis sa naissance. Dans ces conditions, alors même qu'il bénéficierait d'un droit de visite accordé par le juge aux affaires familiales, l'arrêté en litige ne peut être regardé comme portant à atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant au sens des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

16. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté en litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 5° L 'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. / Cette obligation ne cesse de plein droit ni lorsque l'autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l'enfant est majeur. ".

17. Ainsi qu'il a été dit au point 10, le requérant n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille depuis la naissance de cette dernière. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

18. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, et doit être rejetée en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 18 septembre 2024.

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