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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-24MA00493

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-24MA00493

jeudi 8 août 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-24MA00493
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantROGLIANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.

Par un jugement n° 2312142 du 30 janvier 2024, la magistrate désignée du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 29 février 2024, M. A, représenté par Me Rogliano, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 30 janvier 2024 de la magistrate désignée du tribunal administratif de Marseille ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2023 du préfet des Bouches-du-Rhône ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et subsidiairement de procéder à un nouvel examen de sa situation dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de sa destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations du public avec l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité béninoise, relève appel du jugement du 30 janvier 2024 par lequel la magistrate désignée du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du 16 novembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.

2. En premier lieu, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que l'arrêté serait insuffisamment motivé et révélerait ainsi un défaut d'examen sérieux de sa situation, par adoption des motifs retenus à bon droit par la magistrate désignée du tribunal administratif de Marseille, aux points 7 et 8 du jugement attaqué.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. A soutient être entré en France en avril 2019, soit à l'âge de 22 ans, sans être en mesure de l'établir. Il est néanmoins constant qu'il s'est présenté aux services de la préfecture du Bouches-du-Rhône le 10 août 2020 pour déposer une demande d'asile. En tout état de cause, la durée de son séjour en France était très brève à la date de l'arrêté attaqué. Le requérant ne justifie d'aucune relation familiale sur le territoire français. Il est constant qu'il est hébergé dans un centre d'hébergement et de réinsertion sociale. Les trois témoignages qu'il produit émanant de relations qu'il a rencontrées au sein de ce centre ne sauraient, à eux seuls, attester la réalité, l'intensité, l'ancienneté et la stabilité des liens personnels qui l'attachent au territoire français. Par ailleurs, si l'attestation qu'il produit témoigne qu'il " se montre très actif et très volontaire quant à la construction de son projet professionnel ", ce même document indique qu'il " enchaîne les formations " sans encore avoir trouvé " le secteur qui l'intéresse ". Il ne justifie pas ainsi, par ailleurs, d'une insertion socio-professionnelle significative sur le territoire français. Dans ces conditions, quand bien même, comme il le soutient, il aurait quitté son pays d'origine à l'âge de 16 ans, sans toutefois alléguer qu'il serait en rupture avec les membres de sa famille, l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants ".

6. Il résulte des termes de la décision de Cour nationale du droit d'asile du 25 octobre 2023 confirmant la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 31 octobre 2022 rejetant la demande d'asile présentée par M. A que : " () il ressort des déclarations écrites et orales présentées par M. A que les faits allégués et les craintes énoncées ne peuvent être tenus pour établis. En effet, le requérant a livré un récit peu précis et peu compréhensible de ses craintes en raison de son implication dans un accident de la route, ou encore des risques qu'il encourait en cas de retour dans sa région d'origine. Ainsi, il a présenté en des termes peu détaillés les circonstances de l'accident ayant entrainé la mort d'un enfant. A ce titre, il est apparu peu cohérent que le requérant ait été pris à partie par la foule, tout en se retrouvant en position d'amener la victime jusqu'à l'hôpital local. Par ailleurs, ses déclarations sur les conditions dans lesquelles il aurait été identifié par les proches de la victime sont restés inexpliquées, dès lors qu'il a précisé qu'il aurait déposé la victime à l'hôpital sans se présenter personnellement et qu'il aurait quitté les lieux ensuite. En conséquence, les circonstances dans lesquelles il aurait été personnellement visé par la famille de la victime sont restées peu compréhensibles dans le cadre d'une ville de plus de 66 000 habitants, en dépit de ses allégations selon lesquelles il s'agissait de voisins et que tous les habitants de sa localité se connaissaient. Il en va de même pour son identification par les autorités. Sur ce point, le requérant a tenu des propos confus, et n'a pas été en mesure d'expliquer les raisons pour lesquelles il aurait reçu une convocation pour se rendre à un poste de police en date 28 juin 2013, qui lui aurait été adressée par un commissariat situé dans une autre région du Bénin et à plusieurs centaines de kilomètres de sa localité d'origine. Dans ces circonstances, ce dernier document ne peut être considéré comme revêtu de garanties suffisantes d'authenticité ou comme possédant une quelconque force probante en l'absence d'explications suffisantes du requérant. En tout état de cause, le requérant n'a pas été en mesure de préciser les raisons pour lesquelles il ne se serait pas rendu auprès des autorités après son implication dans l'accident allégué, afin de faire valoir sa version des faits et d'établir ainsi sa réelle responsabilité dans cet événement. En conséquence, il n'a pas été en mesure d'établir clairement d'une part, qu'il ne se serait pas soustrait à la justice de son pays, et d'autre part, une absence de protection des autorités locales à son égard. Il n'a pas été plus en capacité d'évoquer les modalités de réparation traditionnelle des litiges en pareil cas. Dans ces conditions, les trois attestations produites à l'appui de son recours, qui semblent rédigées pour les besoins de la cause, ne peuvent à elles seules suffire à pallier l'insuffisance des déclarations du requérant sur les faits allégués ". Le requérant ne soutient pas que les pièces qu'il produit qui sont antérieures à la décision de la Cour nationale du droit d'asile, y compris le certificat médical du 9 janvier 2023 et l'attestation de son assistante sociale du 21 septembre 2023 établie précisément à l'attention de celle-ci, n'auraient pas été soumises à son appréciation. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en raison des risques qu'il encourt dans son pays d'origine, l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Rogliano.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 8 août 2024

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