lundi 4 novembre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-24MA00735 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | TRAVERSINI |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme C B épouse A a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler l'arrêté du 8 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans, avec signalement dans le système d'information Schengen.
Par un jugement n° 2400161 du 4 mars 2024, la magistrate désignée du tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 26 mars 2024, Mme B, représentée par Me Traversini, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement du 4 mars 2024 de la magistrate désignée du tribunal administratif de Nice ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 janvier 2024 de la préfète de l'Aube ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur la régularité du jugement attaqué :
- il est entaché d'une omission à statuer dès lors qu'il ne se prononce pas sur les moyens tirés du défaut de motivation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans et de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est entaché d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'existe aucun risque qu'elle se soustrait à la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français étant illégale, la décision portant interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans avec signalement dans le système d'information Schengen est également illégale.
Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations du public avec l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, de nationalité philippine, relève appel du jugement du 4 mars 2024 par lequel la magistrate désignée du tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du 8 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans avec signalement dans le système d'information Schengen.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. Il ressort du jugement attaqué, et particulièrement de ses points 2, 8 et 9, que la magistrate désignée du tribunal administratif de Nice n'a pas omis de statuer sur les moyens tirés du défaut de motivation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans et de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le jugement attaqué serait entaché d'une omission à statuer.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
3. En premier lieu, s'agissant du moyen invoqué par Mme B tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait insuffisamment motivée, il y a lieu de l'écarter par adoption des motifs retenus à bon droit par la magistrate désignée du tribunal administratif de Nice, au point 2 de son jugement, la requérante ne faisant état devant la cour d'aucun élément distinct de ceux soumis à son appréciation.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et des termes de l'arrêté litigieux, que la préfète de l'Aube a également procédé à un examen réel et sérieux de sa situation. Le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas procédé à un tel examen doit dès lors être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Mme B, entrée régulièrement sur le territoire en 2005, déclare y résider continuellement depuis son arrivée. Toutefois, la requérante ne verse au dossier aucun élément pour établir sa présence sur le territoire pour les années 2005 à 2010. Les pièces qu'elle produit, insuffisantes et peu diversifiées, à savoir essentiellement des quittances de loyer, des documents bancaires, des factures et des bulletins de paie à partir de l'année 2021, ne permettent pas d'établir la réalité de sa présence sur le territoire pour les années 2010 à 2024. Par ailleurs, si Mme B est mère de trois enfants majeurs, elle n'établit pas la présence régulière de deux d'entre eux sur le territoire. En outre, la circonstance que ses deux frères résident en France et que sa petite fille est de nationalité française ne lui confère pas un droit automatique au séjour. Au surplus, elle ne justifie pas être dépourvue de liens dans son pays d'origine, dans lequel réside un de ses enfants, ainsi que son époux duquel elle n'indique pas être divorcée, mais seulement séparée. Si elle rapporte que le centre de ses intérêts économiques est en France, les pièces qu'elle produit, à savoir des bulletins de salaire à compter de l'année 2021, ne permettent pas d'établir l'existence d'une intégration socio-professionnelle significative. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire sans délai aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, la préfète de l'Aube ne peut être regardée comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation.
7. En quatrième lieu, Mme B, de nationalité philippine, ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'accord franco-tunisien qui régissent les conditions dans lesquelles un titre de séjour peut être délivré à un ressortissant de nationalité tunisienne.
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
8. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de délai de départ serait illégale par voie d'exception ne peut qu'être écarté.
9. En deuxième lieu, l'arrêté vise les dispositions du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne qu'il existe un risque que Mme B se soustraie à la mesure d'éloignement, en ce qu'elle n'a pas exécuté une précédente obligation de quitter le territoire prononcée à son encontre. Il est ainsi suffisamment motivé.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :/ () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et selon l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".
11. Il ressort des pièces du dossier et notamment de son visa Schengen valide jusqu'au mois de septembre 2005 et de l'arrêté du mois de mai 2013 du préfet des Alpes-Maritimes que, d'une part, Mme B est entrée régulièrement sur le territoire et s'y est maintenue au-delà de la durée de validité de son visa, d'autre part, que la requérante s'est soustraite à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :
12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
13. D'une part, l'arrêt vise les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise que Mme B s'est soustraite à l'exécution d'une précédente décision portant obligation de quitter le territoire, ne justifie pas disposer de liens personnels ou familiaux, intenses, stables et anciens et qu'elle n'apporte aucune preuve d'intégration sociale ou professionnelle sur le territoire. Il est, dès lors, suffisamment motivé en fait et en droit et atteste d'un examen réel et sérieux de sa situation.
14. D'autre part, l'intéressée ne fait valoir aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé à son encontre d'une interdiction de retour sur le territoire. Par ailleurs, comme précédemment exposé, Mme B qui s'est soustraite à une précédente mesure d'éloignement, n'établit pas disposer de liens suffisamment intenses, anciens et stables sur le territoire, ni être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine et ne justifie pas non plus résider continuellement sur le territoire depuis son arrivée. Dès lors, la préfète de l'Aube ne peut être regardée comme ayant méconnu les dispositions des article L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
15. En deuxième lieu, eu égard à la situation privée et familiale de la requérante, exposée au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
16. Enfin, la décision portant interdiction de retour n'étant pas illégale, le moyen tiré de ce que la décision portant inscription au système d'information Schengen serait illégale par voie d'exception ne peut qu'être écarté.
17. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de Mme B, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B épouse A et à Me Traversini.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Aube.
Fait à Marseille, le 4 novembre 2024
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026