mercredi 8 janvier 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-24MA00968 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | SELARL GRIMALDI - MOLINA & ASSOCIÉS - AVOCATS;SELARL KIHL-DRIE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B C a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 13 février 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Par un jugement n° 2401454 du 29 mars 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 18 avril 2024, M. C, représenté par Me Febbraro, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 29 mars 2024 de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Marseille ;
2°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2024 du préfet des Bouches-du-Rhône ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le tribunal a vicié son jugement d'une erreur d'appréciation des faits en écartant le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet, et le tribunal, qui n'ont pas visé les stipulations de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, n'ont pas pris en compte l'intérêt supérieur de la fille de M. C qui est présente en France ;
- les premiers juges ont commis une erreur de fait pour avoir considéré que M. C n'avait pas sollicité de titre de séjour depuis son entrée en France alors qu'il est établi qu'il est demandeur d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de fait pour avoir indiqué que M. C n'avait jamais sollicité son admission au séjour ;
- elle contrevient à son droit de mener une vie privée et familiale normale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle contrevient à l'intérêt supérieur de sa fille ;
- la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle doit, en toute hypothèse, être motivée ;
- elle est disproportionnée au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de sa destination est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est disproportionnée et attentatoire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, de nationalité turque, relève appel du jugement du 29 mars 2024 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 13 février 2024 du préfet des Bouches-du-Rhône l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office, et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision contestée vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise que M. C déclare être entré en France en 2009, que sa demande d'asile a été rejetée par des décisions de l'OFPRA des 24 mars 2011, 28 octobre 2017 et 7 février 2022, puis par des décisions de la CNDA des 1er mars 2012 et 6 mars 2018 et qu'il a fait l'objet de trois précédentes obligations de quitter le territoire français en date des 20 novembre 2013, 18 avril 2018 et 10 janvier 2022, et qu'il n'a pas respecté les termes de son assignation à résidence du 20 novembre 2023. Elle mentionne en outre que sa situation administrative ne peut être régularisée. Enfin, sa situation personnelle est mentionnée, la décision indiquant qu'il est célibataire, père d'un enfant de quatre ans envers lequel il déclare ne pas exercer d'autorité parentale, et qu'il ne justifie pas être dépourvu d'attaches personnelles ou familiales dans son pays d'origine où résidents ses parents et ses trois sœurs, nonobstant la présence en France de deux frères en situation régulière. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté du 13 février 2024 qui mentionne l'enfant de M. C même s'il ne vise pas la convention internationale relative aux droits de l'enfant, que le préfet n'aurait pas pris en compte l'intérêt supérieur de cet enfant avant de procéder à l'édiction de l'arrêté en litige. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle doivent être écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () "
5. En indiquant que M. C n'avait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour alors qu'il a présenté une demande d'asile, le préfet a commis une inexactitude matérielle. Toutefois, cette mention ne constitue pas un motif de la décision portant obligation de quitter le territoire français, et il est constant qu'à la date de l'arrêté en litige M. C ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français et ne disposait pas de titre de séjour. Il est également constant qu'il ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français après le rejet de sa demande d'asile. Le préfet a par conséquent pu légalement prendre la décision contestée sur le fondement des 1° et 4° précités de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors que l'erreur commise par le préfet a été en tout état de cause sans influence sur la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
7. M. C fait valoir que les membres de sa famille résident en France de façon régulière, qu'il est hébergé par un membre de sa famille, et que sa fille A est née en France le 31 décembre 2019. Toutefois, M. C ne produit aucune pièce, que ce soit en appel ou en première instance, tendant à établir la réalité de sa résidence habituelle en France depuis 2009, et l'existence de liens personnels et familiaux stables, anciens et intenses qui l'attacheraient au territoire français. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier, notamment du mémoire en défense produit par le préfet devant le tribunal, que M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 1er mars 2012 après le rejet par l'OFPRA le 24 mars 2011 de sa demande d'asile, qui a été confirmé par la CNDA le 1er février 2012. Il a ensuite fait l'objet d'une deuxième mesure d'éloignement le 20 novembre 2013 à la suite d'une interpellation dans le cadre d'un contrôle d'identité. A la suite du rejet de sa demande de réexamen de sa demande d'asile, le préfet a édicté une troisième obligation de quitter le territoire français le 18 avril 2018. Ala suite du rejet d'une nouvelle demande de réexamen de sa demande d'asile, il a fait l'objet d'une quatrième mesure d'éloignement le 10 janvier 2022. Enfin, une cinquième mesure d'éloignement a été prise le 27 mai 2023 après une interpellation dans le cadre d'un contrôle routier pour défaut de permis de conduire. La décision objet du présent litige, prise à la suite d'une nouvelle interpellation pour défaut de permis de conduire est par conséquent la sixième mesure d'éloignement prise à l'encontre de M. C. Si M. C a déclaré lors de son audition du 27 mai 2023 par les services de police que deux de ses frères résident en France et qu'il a " déposé les documents avec [son] avocat concernant [sa] fille et l'avocat fera le nécessaire au tribunal administratif ", il n'est pas contesté que ses parents et ses trois sœurs résident en Turquie, et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il entretiendrait des liens avec sa fille âgée de quatre ans, ou même, ainsi que le fait valoir le préfet dans la décision en litige, qu'il exercerait son autorité parentale. Par suite, la décision en litige n'a porté ni une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts poursuivis par cette décision, ni une atteinte à l'intérêt supérieur de sa fille. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent donc être écartés. Par ailleurs, à supposer que le requérant puisse être regardé comme invoquant le moyen tiré de l'omission de réponse par le tribunal au moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, il ressort des pièces du dossier de première instance que M. C n'avait pas soulevé ce moyen devant le tribunal. Par suite, ce moyen doit en tout état de cause être écarté.
Sur la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
8. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale ainsi que cela résulte des points précédents, M. C n'est pas fondé à se prévaloir de l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.
9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :/ [] 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".
10. L'arrêté en litige mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles a entendu se fonder le préfet. Il précise que M. C s'est soustrait à trois précédentes mesures d'éloignement et qu'il existe un risque qu'il se soustraie à une obligation de quitter le territoire français. Cet arrêté comporte ainsi, en ce qu'il refuse à M. C un délai pour quitter le territoire français, l'indication des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
11. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment au point 7, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
12. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale ainsi que cela résulte des points précédents, M. C n'est pas fondé à se prévaloir de l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.
13. Si M. C fait valoir que les personnes d'origine kurde font l'objet de persécutions et de discriminations systémiques de la part des autorités kurdes, il ne produit aucun élément permettant d'établir le caractère actuel et personnel des risques qu'il encourrait en cas de retour en Turquie. Ainsi le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être accueilli.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
14. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale ainsi que cela résulte des points précédents, M. C n'est pas fondé à se prévaloir de l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
15. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment au point 7, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
16. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, et doit être rejetée en application de ces dispositions, y compris ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.
Fait à Marseille, le 8 janvier 2025
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026