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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-24MA02476

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-24MA02476

vendredi 24 janvier 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-24MA02476
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantJAIDANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B C a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler l'arrêté du 29 février 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.

Par un jugement n° 2401410 du 2 juillet 2024, le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.

Procédures devant la Cour :

I. Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2024, M. C, représenté par Me Jaidane, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 2 juillet 2024 du tribunal administratif de Nice ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 février 2024 du préfet des Alpes-Maritimes ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et, subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement attaqué :

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'erreur de fait dès lors que l'arrêté en litige mentionne qu'il est célibataire alors que l'intéressé est marié depuis plus de neuf ans ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que le requérant dispose de liens intenses, anciens et stables sur le territoire ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

II. Par une requête, enregistrée le 29 octobre 2024, M. C, représenté par Me Jaidane, demande à la Cour :

1°) de surseoir à l'exécution du jugement du 24 mai 2024 du tribunal administratif de Nice ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'exécution du jugement du tribunal administratif risque d'entraîner des conséquences difficilement réparables ;

- il fait valoir des moyens sérieux d'annulation de ce jugement, en l'état de l'instruction.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité tunisienne, relève appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du 29 février 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.

2. Les deux requêtes susvisées sont dirigées contre le même jugement et le même arrêté. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par une seule ordonnance.

Sur la requête n° 24MA02476 :

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Hormis le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Le requérant ne peut donc utilement se prévaloir d'une erreur de droit qu'aurait commise le tribunal pour demander l'annulation du jugement attaqué.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; (). ". Aux termes de l'article L. 621-4 de ce code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne l'étranger, détenteur d'un titre de résident de longue durée - UE en cours de validité accordé par cet Etat, en séjour irrégulier sur le territoire français. / Les conditions d'application du présent article sont déterminées par décret en Conseil d'Etat. ".

5. Il résulte de ces dispositions que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre État ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application de l'article L. 621-4, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'État membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1.

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait demandé à retourner en Italie, ni qu'il se trouverait dans le cas régi par l'article L. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En particulier s'il soutient détenir un titre de séjour délivré par les autorités italiennes, il ne rapporte aucun élément permettant d'établir l'existence de ce titre. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ressort de sa demande de titre de séjour que si M. C indique être le père de deux enfants mineurs et déclare vivre avec eux, il ne transmet aucune information et ne rapporte aucun élément quant à l'existence et la nature de sa relation avec son épouse. Par ailleurs, l'arrêté contesté mentionne que le requérant " est célibataire sans que ne soit d'ailleurs identifié l'identité et la domiciliation de la mère de ses deux enfants ni la nature et la durée de leur union permettant d'apprécier complètement le critère de vie familiale auquel il prétend, et notamment les liens existants entre la mère et les deux enfants ". A, le requérant, qui soutient que l'arrêté en litige est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il mentionne qu'il est célibataire alors que celui-ci est marié, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'une erreur de fait.

8. En troisième lieu, en vertu de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

9. M. C soutient, sans toutefois l'établir, être entré régulièrement sur le territoire en 2011 sous couvert d'un titre de séjour italien. S'il se prévaut de sa présence habituelle en France depuis l'année 2011, il ne le démontre pas, en particulier pour la période comprise entre 2011 et le mois de septembre 2021. Par ailleurs, l'intéressé, marié et père de deux enfants mineurs nés les 11 mai 2016 et 12 juillet 2020, de nationalité tunisienne, dont il ne justifie pas de la régularité du séjour, ne fait valoir aucune impossibilité à ce que sa cellule familiale se reconstitue dans son pays d'origine. La seule circonstance que ses enfants soient scolarisés en France ne permet pas de conférer au requérant un droit au séjour. Enfin, il ressort des pièces du dossier, notamment de ses contrats de travail et de ses bulletins de salaire, que l'intéressé travaille en qualité de maçon depuis le mois d'octobre 2021. Cependant, eu égard au caractère récent de sa présence et de son insertion professionnelle, le requérant ne dispose pas de liens suffisamment intenses, anciens et stables sur le territoire. Dans ces conditions, l'arrêté contesté n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas davantage commis une erreur d'appréciation au regard de la situation personnelle de l'intéressé.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

11. Eu égard à ce qui a été exposé au point 9, il ne résulte pas des circonstances invoquées par l'intéressé qu'en ne régularisant pas sa situation par la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet des Alpes-Maritimes aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

12. En dernier lieu, s'agissant du moyen invoqué par M. C tiré de ce que l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, qui avait été précédemment invoqué devant les juges de première instance, il y a lieu de l'écarter par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif, aux points 9 et 10 du jugement attaqué dès lors, en particulier, que le requérant ne fait état devant la Cour d'aucun élément distinct sur sa situation personnelle et familiale de ceux qui avaient été précédemment soumis aux juges de première instance.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. C, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte dans les deux instances.

Sur la requête n° 24MA02669 :

14. Par la présente ordonnance, la Cour se prononce sur la demande d'annulation du jugement du tribunal administratif de Nice du 22 avril 2024. La demande de sursis à exécution de ce même jugement est donc devenue sans objet. Il n'y a dès lors plus lieu d'y statuer.

Sur les frais du litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, une somme à M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 24MA02669 tendant au sursis à l'exécution du jugement du 22 avril 2024 du tribunal administratif de Nice.

Article 2 : La requête n° 24MA02476 de M. C ainsi que le surplus des conclusions de la requête n° 24MA02669 sont rejetés.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et à Me Jaidane.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Marseille, le 24 janvier 2025

Nos 24MA02476, 24MA02669

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