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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-25MA01066

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-25MA01066

mercredi 9 juillet 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-25MA01066
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantLELIEVRE-CASTELLORIZIOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B a demandé au tribunal administratif de Bastia d'annuler les arrêtés du 4 mars 2025 par lesquels le préfet de la Haute-Corse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence dans le département de la Haute-Corse pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement n° 2500401 du 27 mars 2025, la magistrate désignée du tribunal administratif de Bastia a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 22 avril 2025, M. B, représenté par Me Lelievre, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 27 mars 2025 ;

2°) d'annuler les arrêtés du 4 mars 2025 par lesquels le préfet de la Haute-Corse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence dans le département de la Haute-Corse pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un certificat de résidence algérien, ou à défaut un titre de séjour salarié ou de réexaminer sa situation et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- Le jugement est irrégulier en ce que la minute n'a pas été signée en méconnaissance de l'article R. 741-7 du code de justice administrative ;

- Le tribunal a commis une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il justifie de motifs exceptionnels de régularisation ;

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- Il justifie de motifs exceptionnels de régularisation ;

- La décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure en ce que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- Elle méconnaît les stipulations du 1° de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- Elle méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- La décision portant obligation de quitter le territoire est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- Il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire en ce qu'il peut prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour au titre du 1° de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

Sur la décision portant interdiction de retour :

- La décision portant interdiction de retour méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- La décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité algérienne, relève appel du jugement par lequel la magistrate désignée du tribunal administratif de Bastia a rejeté sa demande dirigée contre les arrêtés du 4 mars 2025 par lesquels le préfet de la Haute-Corse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence dans le département de la Haute-Corse pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. Aux termes de l'article R. 741-7 du code de justice administrative : " Dans les tribunaux ou les cours administratives d'appel, la minute de la décision est signée par le président de la formation de jugement, le rapporteur et le greffier d'audience ".

3. Il ressort des pièces du dossier de première instance que la minute du jugement attaqué a été signée conformément aux prescriptions de l'article R. 741-7 du code de justice administrative. Par suite, le moyen tiré de ce que la minute du jugement n'a pas été signée doit être écarté.

4. Hormis le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. M. B ne peut donc utilement se prévaloir d'une erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise la magistrate désignée du tribunal quant à la durée de sa présence en France pour demander l'annulation du jugement attaqué.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point, sauf dans le cas où il est fait application des dispositions de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 .() ". Les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Un ressortissant algérien ne saurait dès lors utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il lui appartient, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle et professionnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

7. M. B déclare être entré en France en 2015. Célibataire et sans enfant, il ne justifie pas être dépourvu de tout lien privé ou familial en Algérie, où il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans, selon ses dires. S'il justifie de la présence en France de sa sœur, d'une insertion professionnelle depuis novembre 2024, aucune de ces circonstances ne caractérise l'existence de motifs ou de considérations humanitaires qui justifieraient son admission exceptionnelle au séjour. Les nouvelles pièces produites en appel à cet égard ne font que confirmer le contenu de celles produites en première instance. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre à titre exceptionnel au séjour doit être écarté.

8. En deuxième lieu, M. B ne peut utilement invoquer les termes de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors, d'une part, que cette circulaire ne revêt pas un caractère réglementaire, et, d'autre part, que les critères de régularisation y figurant ne présentent pas le caractère de lignes directrices dont l'intéressé peut utilement se prévaloir devant le juge mais constituent de simples orientations pour l'exercice, par le préfet, de son pouvoir de régularisation.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. " Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du même code : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ". Si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, il n'a toutefois pas entendu écarter, sauf stipulations incompatibles expresses, l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour. Au nombre de ces dispositions, figurent celles du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient que le préfet doit consulter la commission du titre de séjour lorsqu'un étranger justifie résider en France habituellement depuis plus de dix ans. Le préfet n'est toutefois tenu de saisir la commission que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement cette condition, et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent.

10. M. B ne justifie pas, par les pièces qu'il produit, notamment au titre des années 2015 à 2017, pour lesquelles il ne produit que des relevés bancaires, deux ordonnances médicales et une confirmation de réservation, résider habituellement sur le territoire depuis plus de dix ans, à la date de la décision litigieuse. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'un vice de procédure doit être écarté.

11. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B s'est borné à solliciter un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne peut, dès lors, utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations du 1° de l'article 6-1 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 modifié, le préfet n'ayant d'ailleurs pas examiné d'office sa demande sur ce fondement.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

12. En premier lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de titre de séjour serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.

13. En deuxième lieu, pour les motifs exposés au point 9, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il ne pouvait pas faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire en ce qu'il aurait pu prétendre à être admis de plein droit au séjour sur le fondement des stipulations du 1° de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

15. M. B ne fait valoir aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé à son encontre d'une interdiction de retour sur le territoire. Par ailleurs, comme précédemment exposé, M. B qui s'est soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement, n'établit pas disposer de liens suffisamment intenses, anciens et stables sur le territoire, ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans. Dès lors, le préfet de la Haute-Corse ne peut être regardé comme ayant méconnu les dispositions des article L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision fixant le pays de destination :

16. La décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de cette première décision doit être écarté.

Sur la décision portant assignation à résidence :

17. M. B ne développe aucun moyen à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant assignation à résidence. Dans ces conditions, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.

18. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Corse.

Fait à Marseille, le 9 juillet 2025

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