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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-24BX00708

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-24BX00708

mardi 15 octobre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-24BX00708
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C B a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le préfet de Lot-et-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an.

Par un jugement n° 2307005 du 20 février 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête, enregistrée le 20 mars 2024, Mme B, représentée par Me Renaudie, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement de la magistrate désignée du tribunal administratif de Bordeaux du 20 février 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2023 du préfet de Lot-et-Garonne ;

3°) d'enjoindre au préfet de Lot-et-Garonne de réexaminer sa situation et, dans l'attente, lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de supprimer le signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le jugement est irrégulier dès lors que le premier juge n'a pas sursis à statuer jusqu'à la décision du bureau d'aide juridictionnelle ;

- il est irrégulier dès lors qu'il n'a pas répondu au moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant refus de délivrer un titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel qu'il est garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle justifie de ses liens familiaux en France ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, le préfet s'étant estimé à tort en situation de compétence liée ;

- elle a été prise en méconnaissance du respect de la procédure contradictoire dès lors qu'elle n'a pas été invitée à présenter des observations ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel qu'il est garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2024/000774 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux du 11 avril 2024.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a désigné le

1er septembre 2024 Mme Fabienne Zuccarello, présidente, pour statuer en application des dispositions de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme B, ressortissante ivoirienne, née le 6 août 1992, déclare être entrée en France le 13 octobre 2021. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 26 avril 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 20 octobre 2023. Par un arrêté du 30 novembre 2023, le préfet de Lot-et-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an. L'intéressée relève appel du jugement du 20 février 2024 par lequel la magistrate désignée du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". L'article

51 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 prévoit : " () II. - Sans préjudice de l'application des dispositions relatives à l'admission provisoire, la juridiction avisée du dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle sursoit à statuer dans l'attente de la décision relative à cette demande () ".

4. Il ressort du point 3 du jugement attaqué que Mme B a été admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 et que son avocat était choisi. Par suite, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que le jugement comporterait une irrégularité de procédure en ce que la première juge n'aurait pas prononcé un sursis à statuer dans l'attente d'une décision sur sa demande d'aide juridictionnelle.

5. En second lieu, et contrairement à ce que soutient Mme B, la première juge a nécessairement répondu au moyen, à le supposer invoqué, tiré de de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en relevant que le père de l'enfant de Mme B né sur le territoire français en 2022, n'établissait pas qu'il participerait à son entretien ou à son éducation.

6. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le jugement serait entaché d'irrégularité.

Sur la légalité des décisions attaquées :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

7. En premier lieu, l'intéressée reprend, dans des termes similaires et sans critique utile du jugement, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle invoqué en première instance. Elle n'apporte ainsi aucun élément de droit ou de fait nouveau à l'appui de ce moyen auquel la première juge a suffisamment et pertinemment répondu. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par cette dernière.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Selon l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme B n'a été admise à séjourner en France que le temps de l'instruction de sa demande d'asile. Pour justifier de l'intensité de ses liens personnels en France, elle fait valoir sa qualité de mère d'un enfant et d'un enfant à naître, tous deux issus de son union avec M. A, un ressortissant guinéen. Elle produit notamment en appel un certificat de grossesse concernant son deuxième enfant, une déclaration du 11 avril 2023 auprès de la caisse d'allocations familiales, la désignation, le 27 avril 2022, de M. A comme personne de confiance, une attestation d'hébergement chez ce dernier du 7 mars 2024, une attestation de l'assurance maladie selon laquelle l'enfant est rattaché au père du 12 mai 2023 au 11 avril 2024, des factures, au nom de son concubin, d'achats alimentaires et de divers achats, notamment une poussette et des vêtements pour enfant, des factures de la crèche, des photos du couple et de leur enfant, dont certaines sont datées de mars 2023, et des attestations de connaissances du mois de mars 2024. Toutefois ces éléments, au demeurant postérieurs à l'arrêté contesté pour plusieurs d'entre eux et alors que son entrée en France est très récente, ne justifient pas de liens familiaux particulièrement anciens et stables sur le territoire français tels que l'arrêté en litige y aurait porté une atteinte disproportionnée. En outre, l'intéressée ne démontre pas être dépourvue de tout lien avec son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, l'intéressée reprend, dans des termes similaires et sans critique utile du jugement, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de l'insuffisance de motivation, du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et du non-respect de la procédure contradictoire invoqués en première instance. Elle n'apporte ainsi aucun élément de droit ou de fait nouveau à l'appui de ces moyens auxquels la première juge a suffisamment et pertinemment répondu. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par cette dernière.

11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, les moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle, doivent être écartés.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

13. Si l'intéressée fait valoir qu'elle n'a pas la même nationalité que son concubin, cette circonstance est sans incidence sur la faculté pour le couple de résider en Guinée ou en Côte-d'Ivoire dès lors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'un ou l'autre seraient empêchés d'y séjourner. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.

15. En second lieu, l'intéressée reprend, dans des termes similaires et sans critique utile du jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales invoqué en première instance. Elle n'apporte ainsi aucun élément de droit ou de fait nouveau à l'appui de ce moyen auquel la première juge a suffisamment et pertinemment répondu. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par cette dernière.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, soulevé à l'encontre de la décision portant interdiction de retour, doit être écarté.

17. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

18. Ainsi qu'il a été dit au point 9, Mme B est entrée très récemment en France et ne justifie pas de l'ancienneté de ses liens familiaux en France. La circonstance que l'intéressée ne constitue pas une menace à l'ordre public et n'a pas fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement ne s'oppose pas à l'édiction de l'interdiction de retour litigieuse, les critères énumérés à l'article précité n'étant pas cumulatifs. Par suite, le préfet de Lot-et-Garonne n'a pas méconnu les dispositions précitées et n'a pas davantage porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en édictant à son encontre une décision portant interdiction de retour pour une durée d'un an.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative citées au point 1. Les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B.

Une copie sera adressée pour information au préfet de Lot-et-Garonne.

Fait à Bordeaux, le 15 octobre 2024

Fabienne Zuccarello

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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