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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-24BX00813

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-24BX00813

lundi 12 août 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-24BX00813
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédures contentieuses antérieures :

M. B et Mme A C ont demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler les arrêtés du 8 août 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Par un jugement nos 2305503, 2305505 du 11 janvier 2024, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leurs demandes.

Procédures devant la cour administrative d'appel :

I- Par une requête enregistrée le 3 avril 2024 sous le n° 24BX00813, Mme C, représentée par Me Le Guédard, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 11 janvier 2024 et l'arrêté du 8 août 2023 du préfet de la Gironde la concernant ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard et à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement au bénéfice de son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- le tribunal a méconnu les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle vit en France depuis sept ans ; son couple est inséré professionnellement et parle parfaitement le français, de même que sa fille aînée scolarisée en primaire, laquelle ne pourrait poursuivre une scolarité normale en Albanie, pays dont elle ne connaît pas la langue ;

- l'arrêté en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ainsi méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté en litige est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans est privée de base légale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- cette décision n'est pas justifiée au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de la durée de sa présence en France et de la circonstance qu'elle ne représente pas une menace pour l'ordre public ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une décision n° 2024/00384 du 5 mars 2024, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a admis Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

II- Par une requête enregistrée le 3 avril 2024 sous le n° 24BX00815, M. C, représenté par Me Le Guédard, conclut, pour ce qui le concerne, aux mêmes fins que la requête n° 24BX00813 par les mêmes moyens.

Par une décision n° 2024/00382 du 5 mars 2024, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme et M. C, ressortissants albanais nés respectivement en 1991 et 1988, sont entrés en France en avril 2016 selon leurs dires en compagnie de leur fille alors âgée de trois ans. Ils ont chacun déposé une demande d'asile et ces demandes ont été rejetées en dernier lieu par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 18 octobre 2017. Ils ont fait l'objet de mesures d'éloignement édictées le 11 septembre 2018 devenues définitives après le rejet de leurs recours contentieux. Ils ont sollicité le 25 mai 2022 un titre de séjour en se prévalant de leurs liens familiaux sur le territoire français et de motifs d'admission exceptionnelle au séjour. Par deux arrêtés du 8 août 2023, le préfet de la Gironde a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Mme et M. C relèvent appel du jugement du 11 janvier 2024 par lequel le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

Sur la jonction :

3. Les requêtes nos 24BX00813 et 24BX00815 concernent les membres de la même famille et présentent à juger des mêmes questions. Il y a lieu, par suite, de joindre ces deux requêtes afin qu'il soit statué par une seule ordonnance.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, M. et Mme C reprennent leurs moyens déjà invoqués en première instance et tirés de ce que les arrêtés en litige auraient méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et seraient entachés d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ces décisions sur leur situation personnelle. Pour écarter ces moyens, les premiers juges ont retenu que les intéressés n'avaient été admis à séjourner sur le territoire français que le temps de l'examen de leur demande d'asile, lesquelles ont été rejetées par l'Office français de protections des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, qu'ils avaient tous deux fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 11 septembre 2018 contre laquelle ils ont formé des recours rejetés par le tribunal et par la cour, que la cellule familiale pouvait se reconstituer en Albanie, pays dont tous ses membres ont la nationalité et qu'il n'était pas établi que les enfants ne pourraient y reprendre leur scolarité. Les requérants produisent en appel des bulletins de salaire de Mme C, qui s'ajoutent à ceux déjà produits en première instance, une attestation émanant d'une voisine, qui s'ajoute également aux autres témoignages produits devant le tribunal, ainsi qu'un certificat de scolarité de leur fille aînée. Si les bulletins de salaires produits, au titre d'emplois familiaux à temps partiel, ainsi que les témoignages dont font état les requérants attestent de leurs efforts d'insertion et des bonnes relations qu'ils entretiennent avec les personnes qu'ils rencontrent, ces circonstances ne traduisent toutefois pas, de la part de l'autorité préfectorale, une méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des arrêtés contestés sur leur situation personnelle. S'agissant de l'attestation d'inscription de leur fille, née le 9 janvier 2013, en cours moyen 2ème année pour l'année scolaire 2023-2014, ce document, s'il témoigne de la poursuite de la scolarité de l'enfant, ne permet pas de considérer, compte tenu de son jeune âge, que la scolarité de cette enfant ne pourrait pas se poursuivre hors de France. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs pertinemment retenus par le tribunal administratif et par ceux qui viennent d'être exposés.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

6. Si M. et Mme C étaient en France depuis sept ans lorsque sont intervenus les arrêtés contestés et si leur présence ne représente aucune menace pour l'ordre public, ils ont fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement qu'ils n'ont pas exécutées et ne justifient pas, malgré des efforts d'insertion sociale et professionnelle, de liens particulièrement anciens, intenses et stables en France. Dans ces conditions, en leur interdisant le retour en France pour une durée de deux ans, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées.

7. En troisième lieu, compte tenu des circonstances exposées aux points 4 et 6 ci-dessus, les mesures d'interdiction de retour sur le territoire français durant deux ans ne portent pas au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été décidées et ne méconnaissent ainsi pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Enfin, les requérants en reprenant dans des termes identiques les autres moyens de première instance visés ci-dessus, sans critique utile du jugement ni pièce nouvelle, n'apportent en appel aucun élément de fait ou de droit nouveau de nature à remettre en cause l'appréciation des premiers juges qui y ont pertinemment répondu. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif de Bordeaux.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative citées au point 1, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de Mme et M. C sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A et M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie sera adressée pour information au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 12 août 2024.

La présidente de la 5ème chambre

Elisabeth Jayat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

2, 24BX00815

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