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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-24BX00918

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-24BX00918

mardi 13 août 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-24BX00918
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédures contentieuses antérieures :

M. B D et Mme A C ont demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler les arrêtés du 15 novembre 2023 par lesquels le préfet de la Gironde a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par le jugement no 2306682-2306683 du 18 mars 2024, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leurs demandes.

Procédures devant la cour administrative d'appel :

I- Par une requête, enregistrée le 15 avril 2024 sous le n° 24BX00918, M. D, représenté par Me Rivière, demande à la cour :

1°) de lui accorder provisoirement le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 18 mars 2024 ;

3°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Gironde du 15 novembre 2023 ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Gironde, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de cette décision et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de

1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour contesté méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est suivi en France pour un cancer de la prostate et une pathologie cardiaque, nécessitant une chirurgie ; le traitement n'est pas accessible en Géorgie ;

- la décision d'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'interruption de son suivi médical emporterait des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;

- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ; il a fui son pays d'origine avec son épouse et est entré en France il y a plus deux ans où il a fixé le centre de ses attaches personnelles et familiales ; il ne bénéficiera pas d'un traitement médical adapté à sa pathologie en cas de retour en Géorgie ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

II - Par une requête, enregistrée le 15 avril 2024 sous le n° 24BX00919, Mme C, représentée par Me Rivière, demande à la cour :

1°) de lui accorder provisoirement le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 18 mars 2024 ;

3°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Gironde du 15 novembre 2023 ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Gironde, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de cette décision et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de

1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en sa qualité d'accompagnante d'un étranger malade, son époux, traité en France pour un cancer de la prostate et une pathologie cardiaque ;

- l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle a fui son pays d'origine avec son époux et est entrée en France il y a plus deux ans ; elle y a fixé le centre de ses attaches personnelles et familiales ; elle exerce une activité professionnelle qui permet de subvenir à leurs besoins essentiels ; elle accompagne son époux à chaque rendez-vous médical ; ce dernier ne bénéficiera pas d'un traitement médical adapté à sa pathologie en cas de retour en Géorgie ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

M. D et Mme C ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 13 août 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. D et Mme C, ressortissants géorgiens, nés respectivement les 12 mai 1961 et 14 décembre 1966, sont entrés en France le 11 décembre 2021, selon leurs déclarations. Le 29 décembre 2021, ils ont sollicité le bénéfice de l'asile qui a été rejeté par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 29 avril 2022, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile du 18 septembre 2023. Le 7 février 2022, M. D a sollicité son admission au séjour en qualité d'étranger malade et le 16 août 2022, Mme C a présenté également une demande d'admission au séjour en qualité d'accompagnante d'étranger malade. A l'issue de l'instruction de leurs demandes, deux autorisations provisoires de séjour leur ont été délivrées jusqu'au 26 mai 2023. Le 9 mai 2023, ils ont sollicité le renouvellement de ce droit au séjour sur les mêmes fondements. Par deux arrêtés du 15 novembre 2023, le préfet de la Gironde a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. D et Mme C relèvent appel du jugement du 18 mars 2024 par lequel le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

Sur la jonction :

3. Les requêtes nos 24BX00918 et 24BX00919 concernent les membres d'une même famille et amènent à juger des mêmes questions. Il y a lieu, par suite, de joindre ces deux requêtes afin qu'il soit statué par une seule ordonnance.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

4. Aux termes de de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

5. Postérieurement à l'enregistrement de leurs requêtes, M. D et Mme C ont été admis à l'aide juridictionnelle totale par des décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 13 août 2024. Leurs conclusions tendant à ce qu'ils soient admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont ainsi devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. D'une part, au soutien du moyen de première instance tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui est repris en appel dans des termes similaires, M. D fait valoir que dès le 7 février 2022 il avait sollicité son admission au séjour pour raisons médicales, laquelle a été accueillie favorablement, puisqu'il s'est vu délivrer deux autorisations provisoires de séjour valables du 10 août 2022 au 26 mai 2023. Toutefois, cette circonstance ne lui crée pas un droit au séjour en France en qualité d'étranger malade, dès lors que son état de santé a pu évoluer depuis cette date. Dans son avis du 26 septembre 2023, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé que si l'état de santé de M. D nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, la Géorgie, vers lequel il pouvait voyager sans risque. Afin d'infirmer cet avis, l'intéressé reprend en appel des articles généraux sur le traitement du cancer en France et de différentes pathologies en Géorgie ainsi que des certificats médicaux, rédigés postérieurement à la date de la décision contestée, lesquels se bornent en des termes insuffisamment circonstanciés, à indiquer la nécessité de la prise en charge médicale sous peine d'une mise en danger, sans se prononcer sur l'impossibilité alléguée pour M. D de bénéficier de soins appropriés en Géorgie. La production en appel d'un document en date du 2 juillet 2024 du ministère des personnes déplacées des territoires inoccupées, du travail, de la santé et des affaires sociales de Géorgie attestant de l'absence pour l'appelant d'assurance universelle pour le traitement comprenant certaines molécules ne permet pas d'établir que l'intéressé sera empêché d'accéder à un traitement adapté dans son pays d'origine. Dans ces conditions, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de l'inexacte application des dispositions des articles L. 425-9 et L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif de Bordeaux et par ceux qui viennent d'être exposés.

7. D'autre part, M. D et Mme C, en reprenant dans des termes similaires les autres moyens de première instance visés ci-dessus, sans critique utile du jugement, n'apportent en appel aucun élément de fait ou de droit nouveau de nature à remettre en cause l'appréciation des premiers juges qui y ont pertinemment répondu. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif de Bordeaux.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel sont manifestement dépourvues de fondement et doivent être rejetées selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et d'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. D et Mme C tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les requêtes de M. D et Mme C sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D et Mme A C.

Une copie sera adressée pour information au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 13 août 2024.

La présidente-assesseure de la 4ème chambre

Bénédicte Martin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

2-24BX00919

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