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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-24BX01071

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-24BX01071

mercredi 11 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-24BX01071
TypeOrdonnance
PublicationC
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2400299 du 2 avril 2024, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête, enregistrée le 30 avril 2024, M. B, représenté par

Me Abadel, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 2 avril 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2023 du préfet de la Gironde ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut de réexaminer sa situation, de le munir dans l'attente d'un récépissé valant autorisation de séjour et de travail dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, et de prononcer l'effacement du signalement aux fin de non-admission du système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le tribunal a entaché son jugement d'un défaut de motivation en accueillant la fin de non-recevoir, tirée de la tardiveté de sa demande, opposée par le préfet sans prendre en compte les circonstances de fait l'ayant conduit à prendre connaissance de l'arrêté en litige, notamment l'absence d'un avis de passage déposé par les services postaux, lesquels ont commis une erreur ; en outre, cette décision ne lui a pas été régulièrement notifiée dès lors que le libellé de l'adresse indiquée sur le pli mentionne un numéro d'appartement qui ne lui a pas été attribué, ce qui a pu induire en erreur les services postaux ; dans ces conditions, le délai de recours n'a pu commercer à courir et sa demande était recevable ;

- le refus de séjour est entaché d'un défaut de motivation dès lors qu'il n'est notamment pas fait état de sa qualité de parent d'un enfant de nationalité française et du contrat de travail à durée indéterminée dont il est titulaire, ce qui révèle que le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;

- ce refus souffre d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle dès lors qu'il entretient une relation sentimentale stable avec sa compagne française avec laquelle il a eu un enfant, qu'il bénéficie d'un contrat de travail à durée indéterminée, et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- il porte une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il a méconnu à l'intérêt supérieur de son enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la mesure d'éloignement est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est le père d'un enfant français ;

- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle n'a pas suffisamment pris en compte sa situation personnelle et est ainsi entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ; sa durée est manifestement disproportionnée dès lors, outre ses liens familiaux établis en France, qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2024/001140 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux du 27 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a désigné le

1er septembre 2024 Mme Fabienne Zucarello, présidente, pour statuer en application des dispositions de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant camerounais né en 1987, est entré en France en mai 2015 selon ses déclarations. Il a bénéficié d'un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale entre le 7 décembre 2021 et le 6 septembre 2022 dont il a sollicité le renouvellement le 4 août 2022. Par un arrêté du 5 octobre 2023, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. M. B relève appel du jugement du 2 avril 2024 par lequel le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté comme tardive sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. Pour rejeter, au motif qu'elle était tardive, la demande de M. B tendant à l'annulation de la décision du 5 octobre 2023 du préfet de la Gironde, le tribunal administratif de Bordeaux a retenu qu'il ressortait des pièces du dossier que cette décision, qui comportait la mention des voies et délais de recours, a été notifiée par lettre recommandée avec accusé de réception le 17 octobre 2023, à l'adresse indiquée par M. B, et que ce pli contenant cette décision, qui portait la mention " pli avisé non réclamé " doit être regardé comme ayant été régulièrement notifié à M. B le 17 octobre 2023 et qu'ainsi, la requête enregistrée au greffe du tribunal administratif le 16 janvier 2024 était tardive.

4. M. B soutient qu'il n'a pas été destinataire d'un avis de passage déposé par les services postaux, lesquels ont commis une erreur en raison du libellé de l'adresse indiquée sur le pli qui mentionnait un numéro d'appartement qui ne lui a pas été attribué. Il affirme n'avoir eu connaissance de la décision que postérieurement à l'occasion de son recours devant le juge des référés. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Gironde a tenté de notifier l'arrêté en litige du 5 octobre 2023, lequel contenait les mentions dépourvues d'ambigüité des délais et voies de recours, par un pli recommandé adressé à la dernière adresse indiquée par le requérant lui-même dans sa demande de titre de séjour, soit le 194 T boulevard Albert 1er, résidence les Acacias, appartement 225, à Bordeaux. Ce pli a été retourné à l'expéditeur le 1er décembre 2023, avec la mention " pli avisé et non réclamé " et non avec une mention qui aurait indiqué un défaut d'adressage. Au surplus, le requérant ne conteste pas avoir accusé réception à cette même adresse du jugement attaqué. Si le requérant produit une copie du contrat conclu avec son bailleur pour la location d'un " studio meublé n° BAS0225S22 " à cette même adresse sans que soit mentionné le n°225 de l'appartement, cette circonstance n'est pas de nature à contredire les mentions claires et concordantes figurant sur l'accusé de réception. Dans ces conditions, le point de départ du délai de recours contentieux a commencé à courir à compter de la présentation de la lettre recommandée notifiant la décision attaquée, soit le 17 octobre 2023. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande en raison de sa tardiveté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Une copie sera adressée pour information au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 11 septembre 2024

Fabienne Zuccarello

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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