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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-24BX01232

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-24BX01232

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-24BX01232
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C A, a demandé au tribunal administratif de Limoges d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 2400207 du 28 mars 2024, le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête enregistrée le 23 mai 2024, M. A, représentée par Me Marty, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 28 mars 2024 du tribunal administratif de Limoges ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2023 du préfet de la Haute-Vienne ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la régularité du jugement :

- le jugement attaqué est insuffisamment motivé en ce que sa parfaite intégration dans le cadre de sa prise en charge en tant que mineur, le très bon investissement dans ses études n'ont pas été pris en compte ;

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence en se croyant lié par l'absence de visa long séjour dans l'exercice de son pouvoir de régularisation pour refuser de lui délivrer un titre de séjour ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant des décisions d'obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :

- elles sont dépourvues de base légale dès lors qu'elles sont fondées sur la décision de refus de titre qui est illégale ;

- la décision faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence puisqu'il n'a pas fait usage de son pouvoir d'appréciation ;

- elles portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la mesure d'éloignement est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par une décision n° 2024/000871 du 25 avril 2024, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a admis M. A, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a désigné le

1er septembre 2024 Mme Fabienne Zuccarello, présidente, pour statuer en application des dispositions de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH) ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ()".

2. M. A, ressortissant burkinabé né le 1er décembre 2003, a déclaré être entré irrégulièrement en France le 27 janvier 2020, en tant que mineur isolé. Il a été placé à l'aide sociale à l'enfance du Cantal par jugement en assistance éducative du 9 octobre 2020 du juge des enfants de B. Par un arrêté du 14 avril 2022, M. A a fait l'objet d'un arrêté portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français en réponse à une demande d'admission au séjour du 21 février 2022 au titre des dispositions des articles L. 423-22 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 7 juillet 2023, il a de nouveau sollicité son admission au séjour au titre de des dispositions de l'article L. 435-3 du même code. Par un arrêté du 6 décembre 2023 le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A relève appel du jugement du 28 mars 2024 par lequel le tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Il ressort des motifs du jugement attaqué que les premiers juges, qui n'étaient pas tenus de répondre à tous les arguments du requérant, ont indiqué les raisons pour lesquelles l'arrêté attaqué ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, ce jugement est suffisamment motivé au regard des dispositions de l'article L. 9 du code de justice administrative.

Sur la légalité de l'arrêté en litige :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard duquel le préfet a également fait porter son examen : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Au demeurant, lorsque le préfet recherche d'office si l'étranger peut bénéficier d'un titre de séjour sur un ou plusieurs autres fondements possibles, l'intéressé peut alors se prévaloir à l'encontre de la décision de rejet de sa demande de titre de séjour de la méconnaissance des dispositions au regard desquelles le préfet a également fait porter son examen.

6. M. A, dont les conditions d'entrée et de séjour sur le territoire ont été rappelées au point n°2, se prévaut d'une intégration réussie au sein de la société française dans le cadre d'une prise en charge " jeune majeur " par les services de l'aide sociale à l'enfance du conseil départemental du Cantal et de la poursuite d'une formation professionnelle par la voie de l'apprentissage afin d'obtenir un certificat d'aptitude professionnelle " métiers du plâtre et de l'isolation ". S'il fait valoir sa scolarisation de décembre 2020 à juin 2021 et de septembre 2021 à juin 2022, au lycée Monnet-Mermoz d'Aurillac (15), dans la section UPE2A puis de septembre 2022 à juin 2023, dans l'Établissement Régional d'Enseignement Adapté (EREA) Albert Monier d'Aurillac (15), en 1re année de certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " Peintre Applicateur de Revêtements ", ces éléments ne sauraient caractériser à eux-seuls un motif exceptionnel justifiant la régularisation de sa situation. En outre, il est célibataire sans enfant. Il n'établit ni même n'allègue entretenir en France des liens personnels et familiaux d'une particulière intensité. Il ne soutient pas davantage être dépourvu de toutes attaches dans son pays d'origine où résident ses parents et ne démontre pas qu'il ne pourrait poursuivre cette formation au Burkina Fasso. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier, ni que le préfet aurait méconnu son pouvoir de régularisation au regard de ces dispositions, ni que la situation de M. A, en dépit des circonstances invoquées, tenant à une ancienneté de séjour en France de quatre ans à la date de la décision attaquée, et à son insertion professionnelle, que ces éléments suffirait pour considérer qu'il relevait de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires qui justifiaient son admission exceptionnelle au séjour. Dès lors, le préfet n'a pas méconnu ces dispositions, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre à titre exceptionnel au séjour. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

7. En deuxième lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, M. A n'est pas fondé à soutenir que les décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi seraient dépourvues de base légale.

8. Enfin, M. A, reprend, dans des termes similaires et sans critique utile du jugement, ses autres moyens invoqués en première instance. Il n'apporte toutefois en appel aucun élément de droit ou de fait nouveau, ni aucune autre nouvelle pièce à l'appui de ces moyens auxquels le tribunal administratif de Limoges a suffisamment et pertinemment répondu. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par les premiers juges.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant au paiement des frais exposés et non compris dans les dépens ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A, est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A.

Une copie en sera adressée pour information au préfet de la Haute-Vienne.

Fait à Bordeaux, le 25 septembre 2024.

Fabienne Zuccarello

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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