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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-24BX01239

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-24BX01239

mardi 1 octobre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-24BX01239
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge des référés
Avocat requérantLEDEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B C A a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler l'arrêté du 29 février 2024 par lequel le préfet de la Charente-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 2400626 du 24 avril 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête, enregistrée le 23 mai 2024, Mme C A, représentée par Me Ledeux, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du magistrat désigné du tribunal administratif de Poitiers du 24 avril 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 février 2024 du préfet de la Charente-Maritime ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de sept jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, outre les entiers dépens, le versement, à son conseil, de la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles

L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de fait dès lors que, contrairement à ce qu'indique le préfet dans l'arrêté en litige, elle démontre avoir cherché à régulariser sa situation en déposant dans les délais légaux une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont elle remplit toutes les conditions et qui a ainsi été méconnu ; elle justifie notamment qu'elle ne peut effectivement bénéficier du traitement indispensable à son état de santé dans son pays d'origine, dans lequel on observe des pénuries de médicaments et où leur coût, quand ils sont disponibles, est exorbitant ;

- la mesure d'éloignement méconnaît les articles 2, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle dès lors que, même si elle réside depuis peu de temps en France, elle y dispose de liens forts notamment avec sa fille et le compagnon de sa fille, qu'elle y a établi le centre de ses intérêts privés et familiaux, et qu'elle a fui son pays d'origine en raison des violences policières dont la famille était victime ce qui a d'ailleurs conduit à accorder à sa fille la protection subsidiaire ;

- la décision fixant le pays de renvoi est privée de base légale compte tenu des illégalités affectant l'obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision méconnaît les articles 2, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle dès lors qu'elle nécessite un traitement médical dont elle ne peut effectivement bénéficier au Venezuela et dispose de liens forts en France en la personne de sa fille bénéficiaire de la protection subsidiaire et qui l'aide dans son parcours médical ; la renvoyer dans son pays d'origine revient à l'exposer à des traitements inhumains en raison des violences qu'elles ont subies de la part des autorités locales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est insuffisamment motivée dès lors que le préfet ne s'est pas prononcé sur l'ensemble des critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle méconnaît les 2, 3 et article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Mme C A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2024/001448 du 28 mai 2024 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bordeaux.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a désigné le

1er septembre 2024 Mme Fabienne Zuccarello, présidente, pour statuer en application des dispositions de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme C A, ressortissante du Venezuela née en 1969, est entrée en France en mai 2022. La demande d'asile qu'elle a déposée à son arrivée a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 23 mai 2023. Le préfet de la Charente-Maritime, par un arrêté du 29 février 2024, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Mme C A relève appel du jugement du

24 avril 2024 par lequel le magistrat désigné du tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, Mme C A reprend en appel son moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et produit en appel la copie d'un article d'un journal daté de 2019 faisant état de pénuries de médicaments récurrentes dans son pays d'origine. Toutefois, ce document, qui décrit, en des termes généraux, la situation sanitaire au Venezuela à cette date, n'apparaît pas de nature à lui seul à remettre en cause l'appréciation du premier juge qui a écarté ce moyen en relevant notamment, et en tout état de cause dès lors qu'elle ne pouvait être regardée comme ayant déposé dans les délais une demande de titre de séjour en raison de son état de santé, qu'elle n'établissait pas qu'elle ne pourrait pas effectivement bénéficier dans son pays d'origine, à la date de l'arrêté en litige, du traitement nécessaire à son état de santé qui lui est prescrit en France eu égard aux pénuries de médicaments ou au coût exorbitant de ceux disponibles. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

4. En second lieu, Mme C A reprend dans des termes similaires et sans critique utile du jugement ses autres moyens de première instance visés ci-dessus auxquels elle n'apporte aucun élément de droit ou de fait nouveau de nature à remettre en cause les réponses suffisantes et pertinentes qui ont été apportées par le tribunal à ces moyens. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le premier juge et par ceux énoncés ci-dessus.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris les conclusions tendant, d'une part, au paiement des entiers dépens de l'instance, laquelle n'en comprend au demeurant aucun, et d'autre part, à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme C A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C A.

Une copie sera adressée pour information au préfet de la Charente-Maritime.

Fait à Bordeaux, 1er octobre le 2024.

Fabienne Zuccarello

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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01/06/2026

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