mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-24BX01281 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge des référés |
Vu la procédure suivante :
Procédures contentieuses antérieures :
M. A E et Mme B D ont demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler les arrêtés du 7 mars 2023 par lesquels le préfet de la Charente-Maritime a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Par un jugement no 2301011, 2301012 du 18 avril 2024, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté leurs demandes.
Procédures devant la cour administrative d'appel :
I- Par une requête, enregistrée le 17 mai 2024 sous le n° 24BX01281, Mme D, représentée par Me Masson, demande à la cour :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Poitiers du 18 avril 2024 ;
3°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Charente-Maritime du 7 mars 2023 ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an dans un délai d'un mois à compter de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard jusqu'à ce que l'autorité administrative ait statué sur sa situation administrative et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'une incompétence de son signataire en ce que la délégation de signature consentie est extrêmement large ;
S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation qui révèle un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle présentait dans sa demande des motifs exceptionnels et des considérations humanitaires, que c'est en raison de l'état de santé de son époux que la famille s'est installée en France, que son conjoint vit en France depuis le 7 avril 2015 et elle l'a rejoint sur le territoire avec leurs deux enfants depuis décembre 2017, que son fils C a également souffert d'une tuberculose chronique et a lui aussi bénéficié de soins sur le territoire, qu'elle bénéficie d'une situation professionnelle stable et s'est beaucoup investie dans des activités bénévoles et ses enfants sont scolarisés depuis leur entrée sur le territoire ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle a multiplié les démarches d'intégration au sein de la société française, notamment par l'apprentissage du français, son investissement dans le bénévolat et par une activité professionnelle toujours d'actualité, qu'elle n'a plus de liens dans son pays d'origine qu'elle a quitté il y a près de sept années, que sa famille nucléaire est auprès d'elle à Poitiers et que la prise en charge médicale de son époux et de son fils continue sous la forme d'un suivi spécifique tous les deux ans ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfants dès lors que l'intérêt des enfants n'a pas été pris en compte ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle serait isolée en cas de retour en Arménie dans la mesure où elle n'y a plus aucune famille.
Par une décision n° 2024/001392 du 28 mai 2024, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bordeaux a accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à Mme D.
II- Par une requête, enregistrée le 17 mai 2024 sous le n° 24BX01284, M. E, représenté par Me Masson, conclut, pour ce qui le concerne, aux mêmes fins que la requête 24BX01281, par les mêmes moyens.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2024/001391 du 28 mai 2024 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bordeaux.
Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, par une décision du 1er septembre 2024, désigné Mme Fabienne Zuccarello, présidente, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
2. M. E et Mme D, ressortissants arméniens nés respectivement les 31 janvier 1975 et 3 novembre 1979, sont entrés en France les 7 avril 2015 et 7 décembre 2017. M. E a obtenu des titres de séjour en qualité d'étranger malade de décembre 2015 à septembre 2017 dont il a sollicité le renouvellement le 28 août 2017. Par un arrêté du 18 juin 2018, la préfète de la Vienne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi. Cet arrêté a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Poitiers du 26 mars 2019 en tant qu'il oblige M. E à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. La demande d'asile de Mme D a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 12 avril 2018, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile du 31 janvier 2019. Le 4 janvier 2021, Mme D a sollicité le renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour qui lui a été délivrée par le préfet de la Charente-Maritime, pour la période du 9 janvier 2020 au 8 janvier 2021, en qualité de parent accompagnant d'un étranger mineur malade ou, à défaut, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salariée. Par un arrêté du 12 juillet 2021, le préfet de la Charente-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. La légalité de cet arrêté a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Poitiers en date du 1er février 2022. Alors que Mme D s'est soustraite à cette première mesure d'éloignement, elle et son époux ont sollicité, respectivement les 28 septembre 2022 et 13 décembre 2021, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour. Par deux arrêtés du 7 mars 2023, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. E et Mme D relèvent appel du jugement du 18 avril 2024 par lequel le tribunal administratif de Poitiers a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.
Sur la jonction :
3. Les requêtes nos 24BX01281 et 24BX01284 concernent les membres d'une même famille et amènent à juger des mêmes questions. Il y a lieu, par suite, de joindre ces deux requêtes afin qu'il soit statué par une seule ordonnance.
Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
4. M. E et Mme D ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par les décisions nos 2024/001391 et 2024/001392 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bordeaux du 28 mai 2024. Par suite, leurs conclusions tendant à obtenir l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. D'une part, en appel, M. E et Mme D reprennent leur moyen de première instance tiré de l'incompétence du signataire de l'acte en soutenant que la délégation consentie est extrêmement large et ne permet pas de s'assurer que M. Emmanuel Cayron était compétent pour signer ce type de décisions. Toutefois, comme l'ont relevé les premiers juges, M. Emmanuel Cayron, secrétaire général de la préfecture de la Charente-Maritime, a reçu délégation de signature du préfet par un arrêté n° 17-2023-01-09-00004 du 9 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 17-2023-004 le 10 janvier 2023, à l'effet de signer tous actes et décisions relevant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il énumère ensuite et parmi lesquels figurent les décisions en litige. Contrairement à ce que les requérants soutiennent en appel, cette délégation n'est ni trop large ni trop imprécise. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté par adoption des motifs retenus par les premiers juges et par ceux qui viennent d'être exposés.
6. D'autre part, M. E et Mme D reprennent dans des termes similaires leurs autres moyens de première instance visés ci-dessus, sans critiques utiles du jugement. Ils n'apportent en appel aucun élément de fait ou de droit nouveau de nature à remettre en cause l'appréciation des premiers juges, qui ont pertinemment répondu aux moyens invoqués. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif de Poitiers.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel sont manifestement dépourvues de fondement et doivent être rejetées selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.
ORDONNE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les demandes d'aide juridictionnelle provisoire présentées par Mme D et M. E.
Article 2 : Les requêtes de Mme D et M. E sont rejetées pour le surplus.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B D et M. A E.
Une copie sera adressée pour information au préfet de la Charente-Maritime.
Fait à Bordeaux, le 1er octobre 2024.
Fabienne Zuccarello
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
2-24BX01284
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026