jeudi 27 mars 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-24BX02003 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Formation | Juge des référés |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme E D et M. C A ont demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler les arrêtés du 28 juillet 2023 par lesquels le préfet de la Vienne a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi.
Par un jugement No 2302222, 2302223 du 20 juin 2024, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté leurs demandes.
Procédure devant la cour administrative d'appel :
I. Par une requête, enregistrée le 19 août 2024 sous le numéro 24BX02003, Mme D, représentée par Me Durand-Louveau, demande à la cour :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Poitiers du 20 juin 2024 ;
3°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2023 du préfet de la Vienne pris à son encontre ;
4°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de cent cinquante euros par jours de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et L 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en ce qui concerne la régularité du jugement, le tribunal a omis de statuer sur le moyen qui n'est pas inopérant tiré de ce que le délit prévu par les dispositions de l'article L. 824-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'était pas caractérisé, ce qui démontre un défaut d'examen de sa situation ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit, dès lors qu'elle remplit les conditions des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par une décision n° 2024/002650 du 26 septembre 2024, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a admis Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
II. Par une requête, enregistrée le 19 août 2024, M. C A, représenté par Me Durand-Louveau, demande à la cour :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Poitiers du 20 juin 2024 ;
3°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2023 du préfet de la Vienne pris à son encontre ;
4°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de cent cinquante euros par jours de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et L 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- en ce qui concerne la régularité du jugement, le tribunal a omis de statuer sur le moyen qui n'est pas inopérant tiré de ce que le délit prévu par les dispositions de l'article L. 824-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'était pas caractérisé, ce qui démontre un défaut d'examen de sa situation ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit, dès lors qu'il remplit les conditions des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par une décision n° 2024/002607 du 26 septembre 2024, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. ()".
2. M. A et Mme D, ressortissants albanais nés respectivement les 22 août 1987 et 1er août 1995, sont entrés en France le 15 octobre 2016 selon leurs déclarations. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par deux décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 15 mars 2017, confirmées par deux arrêts de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 10 octobre 2017. Par des arrêtés du 29 décembre 2017, la préfète de la Vienne leur a refusé un titre de séjour et leur a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours en fixant le pays de renvoi. Après s'être soustraits à cette première mesure d'éloignement, les requérants ont sollicité, le 14 décembre 2022, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par des décisions du 28 juillet 2023, le préfet de la Vienne a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme D et M. A relèvent appel du jugement du 20 juin 2024 par lequel le tribunal administratif de Poitiers a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.
Sur la jonction :
3. Les requêtes enregistrées sous les n° 24BX02003 et 24BX02004 étant dirigées contre le même jugement, il y a lieu de les joindre afin qu'il y soit statué par une seule et même ordonnance.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
4. Par des décisions du 26 septembre 2024, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a accordé l'aide juridictionnelle totale à Mme D et M. A. Dans ces conditions, les conclusions des requérants tendant à leur admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.
Sur la régularité du jugement attaqué :
5. D'une part, contrairement à ce qui est soutenu, le premier juge, n'a pas omis de statuer sur un moyen en ne mentionnant pas, en réponse au moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées, les arguments des requérants selon lesquels ils n'avaient fait l'objet ni d'une rétention administrative, ni d'une assignation à résidence de sorte que le délit prévu par les dispositions de l'article L. 824-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'était pas caractérisé, contrairement à la mention dans la décision attaquée, et le préfet se bornait à se référer au casier judiciaire de M. A sans en tirer de conséquence.
6. D'autre part, hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative attaquée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Mme D et M. A ne peuvent donc utilement soutenir, pour contester la régularité du jugement entrepris, que le jugement serait entaché d'un défaut d'examen particulier de leur situation personnelle.
7. Par suite le moyen tiré de l'irrégularité du jugement doit être écarté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
8. En premier lieu, aux termes aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
9. Mme D et M. A reprennent en appel leurs moyens tirés de la méconnaissance, par l'arrêté attaqué, des stipulations et dispositions précitées. Ils font valoir qu'ils résident en France depuis 7 ans, où leur fille B est née le 9 juillet 2017, ainsi que le frère et la sœur de M. A, et qu'ils ont multiplié les efforts d'intégration depuis leur arrivée sur le territoire français. Ils produisent nouvellement en appel une attestation d'hébergement en date du 19 juin 2024, un avis d'imposition 2023 et 2024, un certificat de scolarité de B pour l'année 2022-2023 et l'année 2023-2024, une attestation de la Banque alimentaire en date du 13 juin 2024, et font valoir que Mme F en outre, bénévole au sein de l'association CIF-SP Solidaires entre les âges depuis juin 2023 et que M. A a obtenu une promesse d'embauche en CDI le 10 juillet 2024 auprès de la société SASU DURMUS en qualité de maçon, moyennant un revenu mensuel brut de l'ordre de 2.275,05 euros. Toutefois, ces éléments, tous postérieurs à la date des décisions attaquées, ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation du premier juge qui, pour estimer que les arrêtés attaqués n'ont pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A et de Mme D et à l'intérêt supérieur de leur enfant une atteinte disproportionnée, a relevé qu'ils n'établissent pas qu'ils disposent de liens personnels et familiaux particulièrement intenses, stables et anciens sur le territoire national, sur lequel ils n'ont été admis à séjourner que pour l'examen de leur demande d'asile et se sont maintenus irrégulièrement en dépit d'une mesure d'éloignement, ni que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer dans leur pays d'origine. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs pertinemment retenus par le premier juge.
10. En dernier lieu, le moyen nouvellement soulevé en appel, tiré de ce que les décisions contestées sont contraires à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant à l'encontre des décisions fixant le pays de renvoi et, s'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français, est dépourvu des précisions nécessaires permettant d'en apprécier le bien-fondé.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel de Mme D et de M. A sont manifestement dépourvues de fondement et doivent être rejetées selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreintes ainsi que celles tendant au paiement des frais exposés et non compris dans les dépens doivent, par voie de conséquence, être également rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les demandes d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentées par M. A et Mme D.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. A et Mme D est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D et de M. A.
Une copie sera adressée pour information au préfet de la Vienne.
Fait à Bordeaux, le 27 mars 2025.
La présidente de la 1ère chambre
Evelyne Balzamo
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°S 24BX02003, 24BX02004
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026