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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-24BX02356

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-24BX02356

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-24BX02356
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler l'arrêté du 2 août 2024 par lequel le préfet de la Vienne lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Par un jugement n° 2402197 du 4 septembre 2024, la magistrate désignée du tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 1er octobre 2024, M. B, représenté par Me Robiliard, demande à la cour :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler le jugement de la magistrate désignée du tribunal administratif de Poitiers du 4 septembre 2024 ;

3°) d'annuler l'arrêté du 2 août 2024 du préfet de la Vienne ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous la même astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocate d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est entachée d'une incompétence de son auteur dès lors que la délégation de signature du préfet au secrétaire général est extrêmement large ;

- cet arrêté n'est pas suffisamment motivé dans son ensemble, et notamment pour ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce qui révèle un défaut d'examen circonstancié de sa situation ;

- le préfet a méconnu l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors, d'une part, que sa mise en examen dans une affaire pénale ne saurait-elle seule démontrer une menace pour l'ordre public et d'autre part, qu'il souffre de troubles psychologiques ;

- cette décision contrevient à l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que l'instruction pénale est toujours en cours ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que son épouse est en France ainsi que son frère et sa belle-sœur, tous deux sous couvert de cartes de résident ;

- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire a méconnu les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et compte tenu de la durée de sa présence sur le territoire français ;

- la décision fixant le pays de renvoi est dépourvue de base légale en raison des illégalités affectant la mesure d'éloignement ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est contraire à l'article L. 612-6 du code précité dès lors qu'elle fait notamment obstacle à ce qu'il puisse suivre la procédure judiciaire le concernant et qu'il justifie ainsi de circonstances exceptionnelles.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2024/002750 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux du 17 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant tunisien né en 1981, est entré régulièrement en France en mai 2017 sous couvert d'un visa de long séjour en sa qualité de conjoint de français. Il a bénéficié d'une carte de résident pour la période du 26 mai 2018 au 6 mai 2028. Toutefois, ce titre de séjour lui a été retiré par une décision du préfet de la Vienne du 23 mai 2023 et il est placé en détention provisoire depuis le 13 octobre 2023. Le préfet de la Vienne, par un arrêté du 2 août 2024, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. M. B relève appel du jugement du 4 septembre 2024 par lequel la magistrate désignée du tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 2 août 2024 rejetant ces demandes.

Sur les conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Par une décision du 17 octobre 2024, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dès lors, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ont perdu leur objet.

Sur les autres conclusions :

4. En premier lieu, la mesure d'éloignement contestée ne fait pas obstacle à ce que M. B puisse assurer sa défense dans le cadre de la procédure pénale engagée à son encontre pour les faits de tentative d'homicide sur la personne de son épouse et pour laquelle il a été placé en détention provisoire. Par suite, le moyen nouveau en appel tiré de la méconnaissance des droits de la défense garantis par les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en tout état de cause, être écarté.

5. En deuxième lieu, M. B reprend, dans des termes similaires et sans critique utile du jugement, les autres moyens visés ci-dessus invoqués en première instance. Il n'apporte ainsi aucun élément de droit ou de fait nouveau, ni aucune pièce nouvelle à l'appui de ces moyens auxquels le tribunal a suffisamment et pertinemment répondu. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par la première juge.

6. E troisième et dernier, le moyen invoqué nouvellement en appel tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale par voie d'exception d'illégalité de la mesure d'éloignement ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Une copie sera adressée pour information au préfet de la Vienne.

Fait à Bordeaux, le 2025

La présidente de la 4ème chambre

Frédérique Munoz-Pauziès

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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