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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-25BX00155

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-25BX00155

mercredi 18 juin 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-25BX00155
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler l'arrêté du 8 juin 2023 par lequel le préfet de la Charente-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2301869 du 17 octobre 2024, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête, enregistrée le 21 janvier 2025, Mme A, représentée par Me Schryve, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Poitiers du 17 octobre 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2023 du préfet de la Charente-Maritime ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'une semaine, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de l'admettre provisoirement au séjour avec autorisation de travail, dans un délai d'une semaine suivant la décision à intervenir, et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement au profit de son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant en violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant en violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2024/003148 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux du 21 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours, () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme B A, ressortissante guinéenne née le 11 novembre 1988, est entrée irrégulièrement sur le territoire français le 5 novembre 2017 et y a sollicité l'asile. Après l'échec de la procédure de transfert aux autorités espagnoles responsables de sa demande d'asile, sa demande d'asile a été enregistrée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 décembre 2019 et rejetée par une décision du 17 décembre 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 9 juillet 2021. Le 25 février 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour fondé sur son état de santé. Elle a ensuite transmis aux services de la préfecture le certificat de nationalité française de son fils né 12 février 2019, établi le 12 octobre 2022 par le tribunal judiciaire de Saintes, à la suite de la reconnaissance de paternité effectuée le 11 août 2022 par un ressortissant français. Par un arrêté du 8 juin 2023, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme A relève appel du jugement du 17 octobre 2024 par lequel le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, au soutien de son moyen tiré de ce que le refus de titre de séjour du 8 juin 2023 méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L.423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle réitère en appel dans des termes similaires, Mme A se prévaut de sa qualité de mère d'un enfant français né le 12 février 2019. Toutefois, si elle justifie de la nationalité française de l'enfant, consécutive à une reconnaissance de paternité effectuée plus de trois ans après sa naissance par un ressortissant de nationalité française avec lequel elle ne vivait pas à la date de la décision attaquée, et a produit devant le tribunal un jugement du 23 janvier 2024 du juge aux affaires familiales homologuant une convention sur l'organisation des droits parentaux signée entre les parties le 29 novembre 2023, Mme A n'établit pas davantage en appel qu'en première instance, en se bornant à produire quelques photos de l'enfant avec son père biologique, que ce dernier contribuerait effectivement à son entretien et à son éducation depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 423-7 et L.423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable, doit également être écarté.

4. En deuxième lieu, au soutien de son moyen tiré de ce que le refus de titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'elle réitère également en appel dans des termes similaires, Mme A fait valoir qu'elle travaillait à la date de l'arrêté attaqué et qu'elle a également travaillé durant l'été 2021, ce qui lui permet de disposer de ressources et d'être intégrée professionnellement. Toutefois, l'intéressée, qui est entrée irrégulièrement sur le territoire français, n'établit pas par les pièces produites, ainsi que l'ont relevé à juste titre les premiers juges, exercer une activité professionnelle régulière et disposer de ressources propres autres que celles qu'elle perçoit au titre de l'action sociale. Elle ne démontre pas être dépourvue de liens dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie. Si elle fait valoir que sa tante qui l'y a recueillie, l'a excisée de force avant de la contraindre à épouser un homme de 60 ans alors qu'elle était âgée de 19 ans, qu'elle a fui son mari en raison des violences conjugales qu'il lui infligeait et que son frère est porté disparu, elle ne produit aucun élément pour justifier ses dires alors qu'ils n'ont pas été estimés crédibles par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile. Elle n'établit pas qu'elle aurait noué en France des liens particulièrement intenses, stables et anciens avec d'autres personnes que son fils mineur et le père de ce dernier qui, à la date de la décision attaquée, résidait dans le nord de la France alors qu'elle-même vivait en Charente-Maritime. En outre, Mme A, qui n'a au demeurant pas sollicité la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'établit pas que l'état de santé de son enfant nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni, en tout état de cause, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé prévalant en Guinée, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement ou d'un suivi approprié aux difficultés de santé le concernant qu'elle invoque. A cet égard, ni les documents d'ordre médical produits, notamment des certificats médicaux établis le 15 juin 2023 par un pédopsychiatre du centre hospitalier de Jonzac et le 20 juin 2023 par un oto-rhino-laryngologue, ni le témoignage du 18 juin 2023 de la directrice de l'école où est scolarisé l'enfant, ne sauraient suffire à démontrer qu'il ne pourrait pas faire l'objet d'une prise en charge médicale adaptée et effective en Guinée et y poursuivre sa scolarité. La circonstance que, postérieurement à l'arrêté attaqué, Mme A et son fils se seraient installés dans le nord de la France pour vivre à proximité du père de l'enfant est sans incidence sur sa légalité, qui s'apprécie à la date de son édiction. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de ce que les décisions contenues dans l'arrêté en litige portent atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant en violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Une copie sera adressée pour information au préfet de la Charente-Maritime.

Fait à Bordeaux, le 18 juin 2025.

La présidente de la 6ème chambre

Karine Butéri

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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