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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-24NC00144

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-24NC00144

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-24NC00144
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantMOUHEB AMINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler les arrêtés du 23 novembre 2023 par lesquels la préfète du Bas-Rhin, d'une part, aurait refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département du Bas-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement n° 2308423 du 18 décembre 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 18 janvier 2024, M. B, représenté par Me Mouheb, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 18 décembre 2023 ;

2°) d'annuler les arrêtés du 23 novembre 2023 ;

3°) d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les arrêtés attaqués ont été signés par une autorité incompétente ;

- la décision d'éloignement été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- ils sont insuffisamment motivés

- la préfète aurait dû saisir la commission du titre de séjour ;

- il peut bénéficier d'un titre de séjour en application de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- l'arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire lui porte préjudice dès lors qu'elle l'empêche de préparer sereinement son départ ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée dès lors qu'elle porte atteinte à son droit de circulation sur le territoire européen et français, ainsi qu'à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- la décision portant assignation à résidence est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle n'est pas nécessaire.

Le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B par une décision du 26 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, est entré sur le territoire français selon ses déclarations en 2019. Le 23 novembre 2023, il a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de vol aggravé. Par deux arrêtés du 23 novembre 2023, la préfète du Bas-Rhin, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département du Bas-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours. M. B fait appel du jugement du 18 décembre 2023 par lequel la magistrate désignée par le président tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " ()les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans et ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; / () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. En premier lieu, si M. B demande l'annulation de la décision par laquelle la préfète du Bas-Rhin lui a refusé le séjour, l'arrêté du 23 novembre 2023 en litige ne comporte aucune décision de refus de titre de séjour. Par suite, les conclusions, réitérées en appel et tendant à l'annulation d'une telle décision, qui est inexistante, sont irrecevables.

4. En deuxième lieu, si M. B soutient que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie dès lors qu'il appartenait à l'autorité administrative de vérifier s'il pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit, il n'est pas contesté qu'il n'a pas demandé la délivrance d'un titre de séjour et la préfète n'a pas refusé de faire droit à une telle demande. Dans ces conditions, et alors que la commission du titre de séjour ne doit être saisie que lorsque l'autorité administrative envisage de refuser de délivrer un titre de séjour, le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu M. B reprend en appel, sans apporter d'élément nouveau ni critiquer utilement les motifs de rejet qui lui ont été opposés en première instance, les moyens tirés de l'incompétence du signataire des arrêtés contestés et de la méconnaissance du droit d'être entendu. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par la magistrate désignée aux points 4 et 6 de son jugement.

6. En quatrième lieu, il ressort des mentions de l'arrêté contesté que la préfète du Bas-Rhin, a constaté l'entrée irrégulière de M. B sur le territoire et son maintien sans être titulaire d'un titre de séjour. Elle a également considéré que son comportement constituait une menace pour l'ordre public. Elle a ensuite examiné l'ensemble de sa situation personnelle et familiale et a vérifié au vu des éléments dont elle avait connaissance, qu'aucune circonstance ne faisait obstacle à une mesure d'éloignement fondée sur les dispositions des 1°, 2° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. S'agissant plus particulièrement de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, cet arrêté vise notamment les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne le maintien irrégulier de l'intéressé sur le territoire et l'absence de présentation d'un justificatif de domicile. S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, l'arrêté contesté vise notamment l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les éléments dont il a été tenu compte pour fixer la durée de cette interdiction, relatifs à la durée et aux conditions de sa présence en France, à ses liens sur le territoire et à la menace que représente son comportement pour l'ordre public. S'agissant enfin de la décision portant assignation à résidence, la préfète du Bas-Rhin, après avoir visé l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a indiqué que le requérant faisait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et que son éloignement demeurait une perspective raisonnable. Dans ces conditions, et alors que l'autorité administrative n'est pas tenue de mentionner tous les éléments relatifs à la situation d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement sans délai et d'une assignation à résidence, cet arrêté comporte ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivé. Dans la mesure où cet arrêté ne prononce pas de refus de titre de séjour à l'encontre de M. B, l'accord franco-algérien ne devait pas être explicitement visé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des arrêtés en litige doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, le préfet ne peut légalement obliger un étranger à quitter le territoire français si celui-ci réunit les conditions d'attribution d'un titre de séjour. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".

8. M. B se prévaut de sa durée de présence, de ses liens familiaux et personnels en France, ainsi que de son activité professionnelle. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il n'était présent sur le territoire français que depuis un peu plus de quatre ans à la date de la décision en litige et il ne produit aucun élément au soutien de ses allégations relatives à sa relation avec une ressortissante française, à la présence de son frère et à son intégration professionnelle. Dans ces conditions, et alors qu'il ne démontre pas avoir en France des liens d'une ancienneté ou intensité particulières, la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige ne peut être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce qu'il pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en application de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien doivent être écartés.

9. En sixième lieu, les moyens tirés de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination, portant interdiction de retour sur le territoire français et portant assignation à résidence sont illégales en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour sont inopérants en raison de l'absence d'une telle décision, et doivent donc être écartés.

10. En septième lieu, si M. B soutient que la décision portant refus de délai de départ volontaire lui porte préjudice, cette seule circonstance est sans incidence sur la légalité de cette décision.

11. En huitième lieu, si M. B soutient, d'une part, que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée dès lors qu'elle porte atteinte à son droit de circulation sur le territoire européen et français, ainsi qu'à son droit au respect de sa vie privée et familiale et, d'autre part, que la décision portant assignation à résidence n'est pas nécessaire, il n'assortit pas ces moyens des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. B est irrecevable en ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour et manifestement dépourvue de fondement pour le surplus. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Mouheb.

Copie en sera adressée au préfet du Bas-Rhin.

Fait à Nancy, le 18 octobre 2024.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

A. Bailly

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