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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-24NC00379

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-24NC00379

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-24NC00379
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantMOUHEB AMINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler l'arrêté du 8 janvier 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2400070 du 15 janvier 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nancy a renvoyé les conclusions dirigées contre la décision de refus d'admission au séjour à une formation collégiale et rejeté le surplus de sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 19 février 2024, M. B, représenté par Me Mouheb, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 15 janvier 2024 ;

2°) d'annuler les décisions du 8 janvier 2024 par lesquelles la préfète du Bas-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;

- il n'est pas justifié que les personnes ayant consulté le fichier TAJ avaient été habilitées pour ce faire ;

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise sans consultation de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnait l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'article 8 de la convention européenne de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnait l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'article 8 de la convention européenne de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il peut bénéficier d'un titre de séjour de plein droit en raison de ses liens privés et familiaux sur le territoire et notamment dès lors qu'il est père d'un enfant de nationalité européenne ;

- la mesure d'éloignement est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire lui porte préjudice ;

- la décision portant interdiction de retour est disproportionnée ;

- elle porte atteinte à son droit à la vie privée et familiale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, est entré sur le territoire français selon ses déclarations en août 2015. Le 8 janvier 2024, il a été placé en garde-à-vue pour des faits d'introduction dans un domicile par manœuvre. Par un arrêté du même jour, la préfète du Bas-Rhin Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. B fait appel du jugement du 15 janvier 2024 par lequel le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. En premier lieu, si M. B demande l'annulation de la décision par laquelle la préfète du Bas-Rhin lui a refusé le séjour, l'arrêté du 8 janvier 2024 en litige ne comporte aucune décision de refus de titre de séjour. Par suite, les conclusions, réitérées en appel et tendant à l'annulation d'une telle décision, qui est inexistante, sont irrecevables.

4. En second lieu, M. B reprend en appel, sans apporter d'élément nouveau ni critiquer utilement les motifs de rejet qui lui ont été opposés en première instance, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige, du défaut de base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour, de l'absence de menace à l'ordre public en présence d'éléments obtenus illégalement et de ce qu'il pouvait bénéficier d'un titre de séjour de plein droit en sa qualité de parent d'un citoyen de l'Union européenne. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le magistrat désigné aux points 6, 9, 10 et 12 de son jugement.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, le préfet ne peut légalement obliger un étranger à quitter le territoire français si celui-ci réunit les conditions d'attribution d'un titre de séjour. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Enfin, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

6. M. B se prévaut de sa durée de présence en France et de la présence de son enfant mineur ressortissant de l'Union européenne. Il ressort toutefois des pièces du dossier que si l'intéressé résidait en France depuis neuf ans à la date de la décision contestée, il ne démontre pas y avoir, outre sa fille, des liens d'une ancienneté ou intensité particulières. S'il justifie être le père d'une enfant hongroise âgée de six ans pour lequel l'autorité judiciaire lui avait accordé un droit de visite médiatisé en vertu d'une ordonnance du 17 décembre 2019 et s'il établit avoir exercé ce droit de visite, il ne produit aucun autre élément de nature à établir l'intensité de sa relation avec sa fille et son implication dans son éducation. Par ailleurs, M. B, qui s'est maintenu sur le territoire malgré deux précédentes mesures d'éloignement, ne justifie d'aucune intégration sociale et économique dans la société française. Dans ces conditions, la mesure d'éloignement en litige ne peut être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors que l'intéressé ne justifie par aucun élément de ses liens effectifs avec son enfant, cette décision ne peut pas non plus être regardée comme ayant été prises en méconnaissance de l'intérêt supérieur de sa fille mineur. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste qu'aurait commise la préfète dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale doit également être écarté.

7. En quatrième lieu, si M. B soutient que la décision portant refus de délai de départ volontaire lui porte préjudice, cette seule circonstance est sans incidence sur sa légalité.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assorti, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

9. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B soutient être entré en France en 2015, sans toutefois en justifier, qu'il a fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées, qu'il a fait l'objet d'une condamnation pénale et, hormis la présence de sa fille mineure prise en charge par l'aide sociale à l'enfance avec laquelle il n'établit pas entretenir des liens, il ne justifie pas de liens intenses et stables en France. Dans ces conditions, la préfète du Bas-Rhin pouvait légalement prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

10. D'autre part, eu égard à ce qui a été dit au point 6 de la présente ordonnance, et alors que cette interdiction de retour d'une durée de deux ans pourra être abrogée dans les conditions prévues à l'article L. 613-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette décision ne peut être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée pour information à la préfète du Bas-Rhin.

Fait à Nancy, le 26 septembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

M. C

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