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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-24NC00639

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-24NC00639

vendredi 2 août 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-24NC00639
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Par un jugement n° 2303392 du 30 novembre 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 14 mars 2024, Mme A, représentée par Me Goudemez, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 30 novembre 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2023 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une autorisation d'admission au séjour ou " tout autre titre juridique lui permettant de bénéficier d'un titre de séjour ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros HT à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le jugement attaqué est insuffisamment motivé ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de libertés fondamentales ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire méconnaît les articles L.612-2 et L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2024 modifiée le 4 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante chinoise, est entrée sur le territoire français le 2 janvier 2019 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 19 mars 2019, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 28 juin 2019. Après une première mesure d'éloignement, prononcée le 25 juin 2020, qui n'a pas été exécutée, elle a été interpellée et placée en retenue pour vérification de son droit au séjour le 22 novembre 2023. Par un arrêté du 23 novembre 2023, le préfet de la Côte-d'Or l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'an an. Mme A fait appel du jugement du 30 novembre 2023 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".

4. Il ressort des termes mêmes du jugement que le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nancy a répondu, avec une motivation suffisamment adaptée aux arguments qui étaient invoqués devant lui, à l'ensemble des moyens soulevés par Mme A et notamment au moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté en litige. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation du jugement attaqué doit être écarté.

Sur la légalité de l'arrêté du 23 novembre 2023 :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Mme A soutient qu'elle est venue en France pour y travailler afin d'aider financièrement sa famille restée en Chine et invoque son activité dans un salon de massage. Toutefois, il ressort des pièces des dossiers qu'elle ne résidait sur le territoire français que depuis moins de cinq ans à la date de la décision en litige et elle ne démontre pas y avoir des liens d'une ancienneté ou intensité particulières. Elle ne produit aucun élément de nature à établir qu'elle y aurait une activité professionnelle. Enfin, il ressort des pièces du dossier que Mme A n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où résident son époux, ses deux enfants mineurs ainsi que ses parents. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme portant au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L.612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () "

8. Pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet de la Côte-d'Or s'est fondé sur le fait qu'il existe un risque que Mme A se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors qu'elle s'est soustraite à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, qu'elle est démunie de document d'identité et de voyage et qu'elle ne justifie pas bénéficier d'un domicile fixe et stable en France et qu'ainsi, elle ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. En se bornant à soutenir qu'elle présente des garanties de représentation suffisantes dont notamment une adresse sans toutefois la justifier, sans contester les autres motifs ainsi retenus, Mme A n'établit pas que le préfet ne pouvait légalement refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Mme A soutient qu'elle risque d'être exposée à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine en raison notamment de la politique répressive du gouvernement chinois. Les documents qu'elle produit, notamment un rapport d'Amnesty International sur la situation des droits humains en Chine et un article de presse portant sur le refus de la Suède d'extrader vers la Chine eu égard aux circonstances humanitaires, ne suffisent toutefois pas à établir la réalité et le caractère personnel des risques ainsi invoqués. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

12. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France en janvier 2019, qu'elle a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement en juin 2020 qui n'a pas été exécutée, qu'elle ne démontre pas avoir en France des liens particulier et que son époux et leurs deux enfants résident en Chine. Dans ces conditions, en se bornant à invoquer la durée de son séjour en France et son activité professionnelle, dont il n'est pas justifié, Mme A n'établit pas que le préfet ne pouvait légalement prononcer une interdiction de retour d'une durée d'un an à son encontre.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par Mme A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à Me Goudemez.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Côte-d'Or.

Fait à Nancy, le 2 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

A. Bailly

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