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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-24NC01087

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-24NC01087

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-24NC01087
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantBOULANGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. E et Mme A C ont demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler les arrêtés du 29 janvier 2024 par lesquels la préfète des Vosges les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement nos 2400541, 2400542 du 26 mars 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

I. Par une requête enregistrée le 26 avril 2024 sous le n° 24NC01087, M. D, représenté par Me Boulanger demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 26 mars 2024 en ce qui le concerne ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2024 pris à son encontre ;

3°) à titre subsidiaire, de prononcer la suspension de l'arrêté du 26 janvier 2024 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la délivrance d'une attestation de demande d'asile valable jusqu'au 9 février 2024, à la suite de l'introduction de sa demande de réexamen de sa demande d'asile faisait obstacle à ce qu'il fasse l'objet d'une obligation de quitter le territoire français fondée sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée, ce qui révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- des éléments sérieux justifient la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande de réexamen de sa demande d'asile.

II. Par une requête enregistrée le 26 avril 2024 sous le n° 24NC01090, Mme C, représentée par Me Boulanger demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 26 mars 2024 en ce qui la concerne ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2024 pris à son encontre ;

3°) à titre subsidiaire, de prononcer la suspension de l'arrêté du 26 janvier 2024 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soulève les mêmes moyens que son époux dans la requête n° 24NC01087.

M. D et Mme C ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 30 mai 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D et Mme C, ressortissants congolais, sont entrés sur le territoire français selon leurs déclarations le 12 mars 2022 en ce qui concerne Mme C et le 8 avril 2022 pour M D, accompagnés de leurs enfants mineurs, afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 29 juillet 2022, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 21 décembre 2023. Par des arrêtés du 29 janvier 2024, la préfète des Vosges les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits à l'expiration de ce délai. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. D et Mme C font appel du jugement du 26 mars 2024 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, () ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code, dans sa rédaction applicable : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 541-3 du même code : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 753-1 à L. 753-4 et L. 754-1 à L. 754-8, lorsque l'étranger sollicitant l'enregistrement d'une demande d'asile a fait l'objet, préalablement à la présentation de sa demande, d'une décision d'éloignement prise en application du livre VI, cette dernière ne peut être mise à exécution tant que l'étranger bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ".

4. Il ressort des pièces des dossiers que M. D et Mme C se sont vu délivrer des attestations de demande d'asile en procédure accélérée le 9 février 2024, soit postérieurement aux décisions portant obligation de quitter le territoire français en litige. Cette circonstance, qui n'a pas eu pour effet d'abroger ces décisions mais fait seulement obstacle, en application des dispositions précitées de l'article L. 541-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à leur exécution, est sans incidence sur leur légalité et les requérants ne peuvent utilement invoquer la méconnaissance des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

6. M. D et Mme C se prévalent de l'absence d'attaches dans leur pays d'origine qu'ils indiquent avoir dû fuir en raison du contexte de guerre dans ce pays et soutiennent que leur droit au respect de leur vie privée et familiale faisait obstacle à des mesures d'éloignement. Il ressort des pièces des dossiers que les intéressés sont entrés en France en 2022 soit depuis moins de deux ans à la date des arrêtés contestés et ils ne démontrent pas y avoir des liens d'une ancienneté ou intensité particulières. Par ailleurs, les arrêtés en litige n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer les requérants de leurs enfants mineurs qui ont vocation à les suivre en cas de retour dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, les mesures d'éloignement en litige ne peuvent être regardées comme portant au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises, ni comme ayant été prononcées en méconnaissance de l'intérêt supérieur de leurs enfants mineurs. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent, par suite, être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

7. En troisième lieu, faute d'établir l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, M. D et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que les décisions fixant le pays de destination devraient être annulées par voie de conséquence de l'annulation de ces décisions.

8. En quatrième lieu, les décisions fixant le pays de destination visent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionnent la nationalité des requérants et indiquent qu'ils n'établissent pas encourir des risques de traitements prohibés par ces stipulations en cas de retour dans leur pays d'origine. Ces décisions comportent l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et sont ainsi suffisamment motivées. Cette motivation révèle également que la préfète a procédé à un examen particulier de la situation de M. D et Mme C. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions fixant le pays de destination en litige et du défaut d'examen particulier de la situation des intéressés doivent, en conséquence, être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

10. M. D et Mme C soutiennent qu'en cas de retour en République démocratique du Congo, ils seraient exposés à des traitements contraires à ces stipulations en raison du contexte de guerre qui s'intensifie entre les groupes armés. Les éléments qu'ils produisent, qui reprennent leurs propres récits, ne permettent toutefois pas d'établir la réalité des risques ainsi invoqués. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur les conclusions à fin de suspension :

11. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

12. Ainsi qu'il a été dit au point 4 de la présente ordonnance, la délivrance à M. D et Mme C d'attestations de demande d'asile fait obstacle à l'exécution des décisions en litige jusqu'à la décision de l'OFPRA sur leurs demandes de réexamen. Dans ces conditions, et alors, au demeurant, que les intéressés n'apportent aucun élément à l'appui de leurs demandes de suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français en litige, leurs demandes ne peuvent qu'être rejetées.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel présentées par M. D et Mme C sont manifestement dépourvues de fondement. Il y a lieu, dès lors, de les rejeter en toutes leurs conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de M. D et Mme C sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E, à Mme A C et à Me Boulanger.

Copie en sera adressée pour information à la préfète des Vosges.

Fait à Nancy, le 20 septembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

M. B

Nos 24NC01087, 24NC01090

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