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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-24NC01116

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-24NC01116

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-24NC01116
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantKILINC UMIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2309205 du 9 avril 2024, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 2 mai 2024, M. B, représenté par Me Kilinç, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 9 avril 2024 en tant qu'il rejette sa demande tendant à l'annulation de la décision du 24 novembre 2023 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'annuler cette décision de refus de titre de séjour du 24 novembre 2024 ;

3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- son comportement ne représente pas une menace à l'ordre public ;

- la décision en litige méconnait l'article 6 de l'accord franco-algérien, l'article L. 423-23 et l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les articles 3-1 et 9 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision n'est plus susceptible d'être exécutée compte tenu de la naissance de son enfant de nationalité française postérieurement à l'arrêté en litige ;

- elle méconnait l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, est entré sur le territoire français selon ses déclarations le 5 septembre 2019. Le 3 mars 2023, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 24 novembre 2023, le préfet du Haut-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. M. B fait appel du jugement du 9 avril 2024 en tant que par ce jugement, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 24 novembre 2023 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté du 24 novembre 2023, que le préfet ne s'est pas fondé sur la menace représentée par le comportement de M. B pour l'ordre public pour refuser de l'admettre au séjour. Dans ces conditions, M. B ne peut utilement contester l'appréciation portée sur ce point par le préfet.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () ".

5. M. B ne conteste pas être entré irrégulièrement en France. Dans ces conditions, il ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un certificat de résidence sur le fondement de ces stipulations et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

6. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d'un accord international, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code ou d'une autre stipulation de cet accord, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait formulé une demande de titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit en conséquence être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. B se prévaut de la durée de son séjour en France, de son mariage avec une ressortissante française, de ce qu'il s'occupe de la première fille de cette dernière et de la naissance de leur enfant en commun le 30 décembre 2023. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé déclare être entré en France en septembre 2019, soit depuis moins de cinq ans à la date de la décision en litige. Par ailleurs, son mariage avec une ressortissante française, contracté le 8 janvier 2022, présentait un caractère récent à la date de la décision litigieuse et les éléments produits au dossier, notamment le seul justificatif de domicile au nom des deux époux, ne permettent d'établir une vie commune qu'à partir du mois de novembre 2023. En outre, M. B n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il entretient des liens particuliers avec la fille de son épouse ni qu'il contribue à son éducation et son entretien ni que la mère de l'enfant ne serait pas en capacité de s'occuper d'elle. Enfin, la naissance de leur enfant, le 30 décembre 2023, est postérieure à la décision en litige et M. B ne démontre pas être dans l'impossibilité de solliciter et de bénéficier d'un certificat de résidence en sa nouvelle qualité de parent d'enfant français. Dans ces conditions, alors que M. B ne justifie pas d'autres liens d'une ancienneté ou intensité particulières sur le territoire français, la décision de refus de titre de séjour en litige ne peut être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

10. Les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France.

11. D'une part, les dispositions de l'article L. 423-23 est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national.

12. D'autre part, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles elles renvoient, est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. De la même manière, dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national.

13. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

14. Compte-tenu des éléments mentionnés au point 8 de la présente ordonnance, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Haut-Rhin a considéré que M. B ne justifiait pas de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires justifiant sa régularisation à titre exceptionnel.

15. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article 9 de la même convention : " L'enfant a le droit de vivre avec ses parents à moins que cela ne soit jugé incompatible avec son intérêt supérieur ; il a également le droit de maintenir des contacts avec ses deux parents s'il est séparé de l'un d'entre eux ou des deux ".

16. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 8 de la présente ordonnance, M. B n'établit ni entretenir des liens particuliers avec la fille de son épouse ni contribuer à son entretien et son éducation ni que la mère de l'enfant ne serait pas en capacité de s'occuper d'elle, D'autre part, la naissance de l'enfant né de leur union est postérieure à la décision en litige. Dans ces conditions, et alors que le seul refus de titre de séjour contesté par M. B dans sa requête d'appel n'a pas pour objet de l'éloigner du territoire, la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Enfin, M. B ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 9 de cette convention qui créent seulement des obligations entre Etat membres, sans ouvrir de droits à leurs ressortissants.

17. En dernier lieu, M. B reprend en appel, sans apporter d'éléments nouveaux ni critiquer utilement les motifs de rejet qui lui ont été opposés en première instance, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 20 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par le tribunal au point 15 de son jugement.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Kilinç.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Haut-Rhin.

Fait à Nancy, le 20 septembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

M. C

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