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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-24NC01130

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-24NC01130

vendredi 2 août 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-24NC01130
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantBEKPOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme D A née B a demandé au tribunal administratif de Besançon d'une part d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Doubs a refusé de lui délivrer un titre de séjour et d'autre part, d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2024 par lequel le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement nos 2400016, 2400146 du 11 avril 2024, le tribunal administratif de Besançon a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 5 mai 2024, Mme A, représentée par Me Bekpoli, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 11 avril 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2024 ;

3°) d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " conjoint de français " dans un délai de sept jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne, est entrée en France le 3 avril 2023 sous couvert d'un visa C valable du 23 mars au 27 septembre 2023. Le 1er août 2023, elle a sollicité son admission au séjour en qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 23 janvier 2024, le préfet du Doubs a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai. Mme A fait appel du jugement du 11 avril 2024 par lequel le tribunal administratif de Besançon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet du Doubs a examiné la demande de titre de séjour présentée par Mme A sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a notamment constaté que son mariage s'est déroulé à l'étranger. Il a également envisagé la possibilité de faire usage de son pouvoir de régularisation au regard de la situation personnelle et familiale de l'intéressée. Les termes mêmes de l'arrêté en litige, qui contrairement à ce que soutient la requérante n'indiquent pas qu'elle aurait vécu séparée de son époux pendant les quatre premières années de leur mariage, établissent ainsi que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de Mme A.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

5. Il est constant que le mariage de la requérante a eu lieu en Côte-d'Ivoire et non en France. Or, comme l'ont relevé les premiers juges, les dispositions de l'article L. 423-2 permettent à un étranger, conjoint d'un ressortissant français, d'obtenir un titre de séjour seulement lorsque le mariage a été célébré en France. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Mme A se prévaut uniquement de la communauté de vie avec son époux. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'elle ne résidait en France que depuis moins d'un an à la date de la décision en litige alors qu'elle a vécu en Côte d'Ivoire jusqu'en 2023 avec son époux, bénéficiant d'une carte de résident ivoirien. Dès lors, rien ne fait obstacle à ce que leur communauté de vie se poursuive en Côte d'Ivoire ou qu'elle obtienne un visa de long séjour en application des dispositions des articles L. 312-2 et L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, elle ne démontre pas avoir en France d'autres liens d'une ancienneté ou intensité particulières. Dans ces conditions, la décision portant refus de titre de séjour en litige ne peut être regardée comme portant au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par Mme A est, compte tenu des moyens invoqués, manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A née B et à Me Bekpoli.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Doubs.

Fait à Nancy, le 2 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, SC

La greffière,

M. C

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