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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-24NC01248

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-24NC01248

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-24NC01248
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler d'une part, la décision implicite du 23 mars 2024 portant retrait de son titre de séjour, et d'autre part, les arrêtés du 23 mars 2024 par lesquels le préfet de la Moselle a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit en exécution de l'interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de cinq ans prononcée par le tribunal correctionnel de Metz le 10 janvier 2018 et confirmée par la cour d'appel de Metz le 15 octobre 2020 et l'a assigné à résidence dans le département de la Moselle.

Par un jugement n° 2402121 du 16 avril 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 16 mai 2024, M. A, représenté par Me Gharzouli, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 16 avril 2024 ;

2°) d'annuler les arrêtés du 23 mars 2024 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de réexaminer sa situation administrative dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros TTC en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale en ce qu'elle se fonde sur la décision d'interdiction judiciaire du territoire français qui est prescrite ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant assignation à résidence est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien, a été condamné à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis, assortie d'une peine complémentaire d'interdiction du territoire français d'une durée de cinq ans par un jugement du 10 janvier 2018 du tribunal correctionnel de Metz, confirmé par la cour d'appel de Metz le 15 octobre 2020. Par des arrêtés du 23 mars 2024 le préfet de la Moselle, d'une part, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit en exécution de cette interdiction judiciaire et, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département de la Moselle. M. A fait appel du jugement du 16 avril 2024 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. Aux termes de l'article 131-30 du code pénal, auquel renvoie l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit./ L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion./ Lorsque l'interdiction du territoire accompagne une peine privative de liberté sans sursis, son application est suspendue pendant le délai d'exécution de la peine. Elle reprend, pour la durée fixée par la décision de condamnation, à compter du jour où la privation de liberté a pris fin. /() ". L'article 708 du code de procédure pénale dispose : " L'exécution de la ou des peines prononcées à la requête du ministère public a lieu lorsque la décision est devenue définitive. / Toutefois, le délai d'appel accordé au procureur général par les articles 505 et 548 ne fait point obstacle à l'exécution de la peine, quelle que soit sa nature. / () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en édictant à son encontre une décision motivée fixant son pays de destination, sous réserve qu'une telle décision n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée, ou d'un pays où il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En premier lieu, il ressort des mentions de la décision fixant le pays de destination après avoir visé l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, constate l'interdiction judiciaire du territoire français pour une durée de cinq ans prononcée à l'encontre de M. A par un arrêt de la cour d'appel de Metz du 15 octobre 2020, mentionne la nationalité de l'intéressé et indique qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ainsi, la décision fixant le pays de renvoi comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée sans qu'ait d'incidence l'absence de mention de la décision lui retirant son titre de séjour, circonstance qui ne saurait affecter la légalité de la décision en litige prise en exécution d'une décision d'interdiction judiciaire du territoire.

6. En deuxième lieu, il résulte des dispositions citées au point 3 que, sauf lorsqu'elle accompagne une peine privative de liberté sans sursis, une peine complémentaire d'interdiction temporaire du territoire s'exécute à compter du jour où le jugement la prononçant devient définitif ou à compter de son prononcé s'il est assorti de l'exécution provisoire.

7. En l'espèce, M. A a été condamné par un jugement du 10 janvier 2018 du tribunal correctionnel de Metz à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis, non assortie de l'exécution provisoire mais assortie d'une peine complémentaire d'interdiction du territoire français d'une durée de cinq ans. Il ressort des pièces du dossier qu'il a formé appel suspensif de ce jugement et que les peines prononcées ont été confirmées par un arrêt de la cour d'appel de Metz le 15 octobre 2020, rendant le jugement définitif. Dans ces conditions, l'interdiction judiciaire du territoire prononcée à l'encontre de M. A, dont il n'établit ni même n'allègue avoir obtenu le relèvement, était toujours exécutoire à la date de l'arrêté attaqué et le préfet était tenu de fixer le pays à destination duquel l'intéressé serait reconduit.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si M. A soutient que le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale en France, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'atteinte à ce droit découle, en tout état de cause, non de la décision en litige qui se borne à prévoir le renvoi de l'intéressé dans son pays d'origine, mais du prononcé par le juge pénal de la peine d'interdiction du territoire, qui fait obstacle à sa libre circulation sur le territoire de la République française et lui interdit d'y revenir.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

11. Il ressort des termes de la décision d'assignation à résidence en litige qu'elle vise l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne l'interdiction judiciaire du territoire français de cinq ans, ainsi que la décision fixant le pays de destination dont M. A a fait l'objet le 23 mars 2024. Elle comporte ainsi l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite suffisamment motivée.

12. En cinquième lieu, en se bornant à indiquer qu'il ne présente aucun risque de fuite, alors qu'il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'il fait l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire et que son éloignement demeure ainsi une perspective raisonnable, M. A n'établit pas que le préfet ne pouvait légalement ordonner son assignation à résidence.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Moselle.

Fait à Nancy, le 3 octobre 2024.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier,

A. Betti

2

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