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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-24NC01391

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-24NC01391

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-24NC01391
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantSNOECKX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler l'arrêté du 21 mars 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a rejeté sa demande de regroupement familial présentée au profit de son épouse.

Par un jugement n° 2306176 du 20 février 2024, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 24 mai 2024, M. A, représenté par Me Snoeckx, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 20 février 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2023 ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de faire droit à sa demande de regroupement familial et d'autoriser l'entrée sur le territoire de son épouse dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros TTC à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les articles L. 434-7 et L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- le préfet s'est estimé à tort lié par la condition de ressources et n'a pas examiné l'ensemble des circonstances de l'espèce ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc, est entré sur le territoire français selon ses déclarations en 1997. Il a formulé une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse le 8 février 2023. Par un arrêté du 21 mars 2023, la préfète du Bas-Rhin a rejeté sa demande. M. A fait appel du jugement du 20 février 2024 par lequel le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ".

4. En se bornant à invoquer l'isolement de son épouse dans leur pays d'origine et leur volonté de passer leur retraite ensemble, M. A n'établit ni que l'arrêté en litige méconnaît l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ". Aux termes de l'article L. 434-8 du même code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. / Les dispositions du présent article ne sont pas applicables lorsque la personne qui demande le regroupement familial est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée aux articles L. 821-1 ou L. 821-2 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code ou lorsqu'une personne âgée de plus de soixante-cinq ans et résidant régulièrement en France depuis au moins vingt-cinq ans demande le regroupement familial pour son conjoint et justifie d'une durée de mariage d'au moins dix ans ".

6. D'une part, si M. A se prévaut des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'apporte aucun élément de nature à justifier qu'il résiderait régulièrement en France depuis au moins vingt-cinq ans alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il n'a bénéficié d'un titre de séjour qu'à compter de 2003.

7. D'autre part, la seule ressource dont l'intéressé dispose est l'allocation de solidarité aux personnes âgées qui, en vertu de l'article L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être prise en compte dans l'appréciation de ses ressources. Dans ces conditions, et alors que la situation de retraité de l'intéressé est sans incidence sur l'appréciation de ses ressources, en estimant que la condition de ressources n'était pas remplie, la préfète, qui a procédé à un examen complet de la situation du couple, n'a ni méconnu les dispositions des articles L. 434-7 et L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. A fait valoir que son épouse se trouve isolée en Turquie puisque leurs quatre enfants majeurs, qui ne résident pas tous dans ce pays, ont créé leurs propres cellules familiales, qu'ils sont tous deux retraités et aspirent à vivre ensemble, alors qu'ils sont remariés depuis 2013. M. A, qui dispose d'une carte de résident permanent valable jusqu'en 2027, ne fait toutefois valoir aucun élément de nature à faire obstacle à ce qu'il effectue des visites régulières à sa femme en Turquie. Dans ces conditions, la décision en litige ne peut être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Snoeckx.

Copie en sera adressée pour information à la préfète du Bas-Rhin.

Fait à Nancy, le 11 octobre 2024

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier,

A. Betti

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