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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-24NC01432

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-24NC01432

vendredi 6 septembre 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-24NC01432
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Par un jugement n° 2400446 du 20 mars 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a annulé l'arrêté du 29 décembre 2023 en ce qu'il porte refus de titre de séjour et a rejeté le surplus de sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 29 mai 2024, M. A, représenté par Me Berry, demande à la cour :

1°) enjoindre à l'Office français de de l'immigration et de l'intégration ou à défaut à la préfète du Bas-Rhin de produire les éléments sur lesquels l'office s'est fondé pour considérer qu'il pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Géorgie ;

2°) d'annuler le jugement du 20 mars 2024 en tant qu'il rejette le surplus de sa demande d'annulation ;

3°) d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2023 ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin d'une part, de faire procéder à l'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen et, d'autre part, de lui délivrer un titre de séjour un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros TTC à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'injonction de réexamen prononcée par le jugement attaqué est incompatible avec le rejet des conclusions tendant à l'annulation de la mesure d'éloignement ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnait l'article L. 425-9 et le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait le 2ème alinéa de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- sa situation personnelle justifiait que cette décision ne soit pas prononcée à son encontre ;

- la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant géorgien, est entré sur le territoire français le 17 janvier 2023 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 26 septembre 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides statuant en procédure accélérée sur le fondement du 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 décembre 2023, la préfète du Bas-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit à l'expiration de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un jugement du 20 mars 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a annulé cet arrêté en tant qu'il porte refus de titre de séjour et a rejeté le surplus de la demande de M. A tendant à l'annulation de cet arrêté. M. A fait appel de ce jugement en tant qu'il rejette le surplus de sa demande.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. En premier lieu, l'annulation, par le jugement attaqué, du refus de titre de séjour opposé à M. A impliquait nécessairement, eu égard au motif de cette annulation tiré de l'incompétence de l'auteur de cette décision, le réexamen de la situation de l'intéressé. Contrairement à ce que soutient le requérant, cette injonction de réexamen, qui n'implique aucun droit au séjour de l'intéressé en France, n'est pas incompatible avec le rejet des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

5. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de de l'immigration et de l'intégration (OFII). Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

6. Il ressort des pièces du dossier que par un avis du 23 août 2023, le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Géorgie, M. A peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort également des pièces du dossier que M. A est atteint d'une cirrhose post virale C de stade CHILD A5 MELD à 12, d'une insuffisance hépatique avec encéphalopathie et d'un diabète insulino-dépendant. Toutefois, les pièces produites par l'intéressé, notamment un certificat médical du 19 décembre 2023 et un compte rendu d'échographie du 4 décembre 2023, ne comportement aucune précision quant aux traitements nécessaires. Les rapport et articles relatifs au système de soins en Géorgie, qui se présentent en des termes généraux ne suffisent pas à établir qu'un traitement approprié à son état de santé, qui n'est pas nécessairement équivalent à celui reçu en France, ne serait pas disponible dans son pays d'origine. Par ailleurs, si le requérant fait valoir qu'il n'a pas les ressources nécessaires pour financer des soins dans son pays d'origine, dont le coût, qui n'est pas pris en charge en Géorgie, est onéreux par rapport à ses revenus, il n'apport aucun élément de nature à établir la disproportion entre le montant allégué de ces soins et sa capacité financière. Dans ces conditions, les éléments produits par M. A ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation portée sur son état de santé et le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 et de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté, sans qu'il soit besoin d'ordonner la communication des éléments sur lesquels le collège de médecins de l'OFII s'est fondé pour rendre son avis.

7. En troisième lieu, faute d'établir l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, M. A n'est pas fondé à soutenir que les décisions fixant le pays destination et portant interdiction de retour seraient illégales en raison d'une telle illégalité.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. "

9. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que si la mesure d'interdiction de retour est exécutoire dès la notification de l'arrêté, sa durée ne commencera à courir qu'à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A ne résidait en France que depuis moins d'un an à la date de l'arrêté en litige et il ne démontre pas y avoir des liens d'une ancienneté ou intensité particulières. Dans ces conditions et quand bien même l'intéressé aurait exercé un recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides devant la Cour nationale du droit d'asile, la préfète pouvait légalement prononcer une interdiction de retour d'une durée d'un an à son encontre.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 6 de la présente ordonnance, M. A n'établit pas qu'il ne pourra pas bénéficier des soins appropriés à son état de santé en cas de retour dans son pays d'origine. D'autre part, si l'intéressé invoque des risques de traitement contraire aux stipulations précitées en raison d'une vendetta dont il serait la cible, son seul récit d'asile ne suffit pas à établir la réalité des risques ainsi invoqués. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Berry.

Copie en sera adressée pour information à la préfète du Bas-Rhin.

Fait à Nancy, le 6 septembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

A. Bailly

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