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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-24NC01612

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-24NC01612

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-24NC01612
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantSELARL RICHARD & LEHMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B E D a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer une carte de résident, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.

Par un jugement n° 2400315 du 9 février 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 18 juin 2024, M. D, représenté par Me Richard, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 9 février 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2024 ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- des circonstances humanitaires justifiaient qu'une interdiction de retour ne soit pas prononcée ;

- la durée de cette interdiction est disproportionnée ;

- cette décision méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant tunisien, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 3 octobre 2011. Après avoir obtenu une carte de séjour temporaire valable du 9 octobre 2012 au 8 octobre 2013, il a bénéficié d'une carte de résident en qualité de conjoint de français valable du 9 octobre 2013 au 8 octobre 2023. Le 20 novembre 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 12 janvier 2024, la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer une carte de résident, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois. M. D fait appel du jugement du 9 février 2024 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la liste des documents de séjour qui lui ont été délivrés, que M. D est présent en France depuis au moins 2012. Si l'intéressé a été marié à une ressortissante française, il ressort des pièces du dossier que le divorce a été prononcé le 11 novembre 2018 alors qu'une ordonnance de non-conciliation avait déjà pris acte de la séparation des époux le 18 août 2015. En outre, comme en première instance, M. D n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il entretient encore des liens particuliers avec leur fille, âgée de 12 ans, sur laquelle il n'exerce plus l'autorité parentale. Par ailleurs, en se bornant à soutenir qu'il est le père d'un autre enfant présent sur le territoire français, sans produire aucune pièce permettant d'en justifier, l'intéressé n'établit pas avoir en France, en dépit de la durée de son séjour, d'autres liens d'une ancienneté ou intensité particulières. La seule circonstance qu'il soit titulaire d'un contrat d'engagement réciproque conclu le 18 janvier 2023 pour une durée de trois mois avec la collectivité européenne d'Alsace ne permet pas d'établir qu'il aurait fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Enfin, il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté par l'intéressé, que M. D a fait l'objet de plusieurs condamnations à des peines d'emprisonnement depuis 2021, principalement pour des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, de rébellion et de recel de bien, de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint et de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et de vol avec destruction ou dégradation. L'intéressé ne conteste pas davantage avoir été mis en cause pour de multiples infractions depuis 2014, notamment pour plusieurs faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, de menace de mort réitérée commise par une personne étant ou ayant été conjoint de vol, d'arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire suivi d'une libération avant le septième jour et viol commis par une personne étant ou ayant été conjoint, de vol à la roulotte et d'usage illicite de stupéfiants. Dans ces conditions, compte tenu, d'une part, de l'absence d'intégration de M. D sur le territoire français et, d'autre part, de l'absence de démonstration de l'intensité des liens que le requérant entretient avec son enfant, la mesure d'éloignement en litige ne peut être regardée comme portant au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. En deuxième lieu, faute d'établir l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, M. D n'est pas fondé à soutenir que les décisions portant refus de délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français seraient illégales en raison d'une telle illégalité.

6. En troisième lieu, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que la préfète du Bas-Rhin, après avoir visé notamment l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne la nationalité du requérant et indique qu'il ne soutient pas être exposé à des peines ou traitements contraires à ces stipulations en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, la décision fixant le pays de destination comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code: " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

8. D'une part, eu égard à ce qui a été dit au point 4 de la présente ordonnance, M. D ne peut être regardé comme justifiant de circonstances humanitaires de nature à faire obstacle à ce qu'une interdiction de retour soit prononcée à son encontre.

9. D'autre part, en se bornant à invoquer son intégration professionnelle et la présence de sa fille, dont il a été dit ci-dessus qu'il n'établissait pas entretenir des liens avec elle, et d'un autre enfant dont aucune pièce du dossier ne permet d'établir l'existence et alors que malgré une présence en France de près de dix ans il ne justifie pas y avoir des liens d'une intensité particulière et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, M. D n'établit pas que la préfète ne pouvait légalement prononcer une interdiction de retour d'une durée de trente-six mois à son encontre.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

11. Eu égard à ce qui a été dit au point 4 de la présente ordonnance, M. D n'établit pas avoir en France des liens d'une ancienneté et d'une intensité particulières ni entretenir des liens particuliers avec sa fille mineure. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnait les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale aux droits de l'enfant doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. D est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D et à Me Richard.

Copie en sera adressée pour information à la préfète du Bas-Rhin.

Fait à Nancy, le 26 septembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

M. A

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