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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-24NC02173

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-24NC02173

vendredi 15 novembre 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-24NC02173
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D C et Mme B C née A ont demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler les arrêtés du 6 mars 2024 par lesquels le préfet du Haut-Rhin a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement nos 2402113, 2402114 du 16 juillet 2024, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

I. Par une requête enregistrée le 15 août 2024 sous le n° 24NC02173, Mme C, représentée par Me Muré, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 16 juillet 2024 en ce qui la concerne ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2024 pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de réexaminer sa situation et celle de sa famille et de leur délivrer un titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- son plus jeune fils remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

II. Par une requête enregistrée le 15 août 2024 sous le n° 24NC02175, M. C, représenté par Me Muré, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 16 juillet 2024 en ce qui le concerne ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2024 pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de réexaminer sa situation et celle de sa famille et de leur délivrer un titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soulève les mêmes moyens que son épouse dans la requête n° 24NC02173.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C, ressortissants macédoniens, sont entrés sur le territoire français le 6 février 2018, accompagnés de leurs trois enfants alors mineurs. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 28 septembre 2018, confirmées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 4 décembre 2018. Après une première mesure d'éloignement prononcée à leur encontre en 2019, ils ont, le 29 novembre 2023, sollicité leur admission exceptionnelle au séjour. Par des arrêtés du 6 mars 2024, le préfet du Haut-Rhin a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. et Mme C font appel du jugement du 16 juillet 2024 par lequel le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. et Mme C font valoir la durée de leur séjour en France, la présence de leurs trois fils majeurs et leurs efforts d'insertion dans la société française. Il ressort toutefois des pièces des dossiers que si les intéressés étaient présents en France depuis six ans à la date des arrêtés attaqués, ils ne démontrent pas y avoir des liens d'une ancienneté ou intensité particulières en dehors de leurs enfants, et n'établissent pas, malgré leurs allégations, être dépourvus d'attaches privées et familiales en Macédoine du Nord, leur pays d'origine où ils ont vécu la majeure partie de leur vie. Par ailleurs, leurs trois fils, qui résident également en France de manière irrégulière, sont aujourd'hui majeurs et ainsi en âge de créer leurs propres cellules familiales. Enfin, si M. C a occupé un emploi en tant que plaquiste entre mai 2022 et décembre 2022, et a produit en première instance une promesse d'embauche en qualité de maçon, ces éléments ne sont pas suffisants pour justifier d'une insertion professionnelle. Dans ces conditions, les arrêtés en litige ne peuvent être regardés comme portant au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels ils ont été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. Pour l'application du premier alinéa, la filiation s'entend de la filiation légalement établie, y compris en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger ".

6. Si les requérants soutiennent que leur plus jeune fils, aujourd'hui majeur, remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette circonstance, à la supposer établie, serait sans incidence sur leur propre droit au séjour.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel présentées par M. et Mme C sont manifestement dépourvues de fondement. Il y a lieu, dès lors, de les rejeter en toutes leurs conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme C sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C et à Mme B C née A.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Haut-Rhin.

Fait à Nancy, le 15 novembre 2024

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier,

A. Betti

Nos 24NC02173, 24NC02175

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