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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-24NC02656

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-24NC02656

vendredi 7 février 2025

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-24NC02656
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantREICH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler l'arrêté du 13 août 2024 par lequel la préfète de l'Aube a prolongé, pour une durée de deux ans, l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre le 7 mars 2022.

Par un jugement no 2402451 du 21 août 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 26 octobre 2024, M. A, représenté par Me Reich, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 21 août 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 août 2024.

Il soutient que :

- la décision en litige est insuffisamment motivée et ne prend pas en compte l'ensemble des critères prévus par la loi ;

- elle est disproportionnée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant comorien, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, au cours de l'année 2001 à l'âge de sept mois. Il a bénéficié d'un titre de séjour pluriannuel en raison de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 7 mars 2022, le préfet de Mayotte lui a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Il a été incarcéré du 22 septembre 2022 au 13 août 2024. Par un arrêté du 13 août 2024, la préfète de l'Aube a prolongé l'interdiction de retour prononcée à son encontre pour une durée de deux ans. M. A fait appel du jugement du 21 août 2024 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ce dernier arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. Aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai () Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

4. Il ressort de la combinaison de ces dispositions qu'une décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

5. En premier lieu, en l'espèce, pour prolonger l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. A, la préfète mentionne, au visa de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'absence d'exécution d'une précédente mesure d'éloignement et rappelle ses antécédents judiciaires. Dans ces conditions, la décision portant prolongation de l'interdiction de retour comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée. Cette motivation révèle également que la préfète a pris en compte l'ensemble des critères prévus par la loi. A cet égard, la seule circonstance que la décision en litige ne mentionne pas la durée de la présence en France de M. A ne suffit pas à établir que l'autorité administrative n'en aurait pas tenu compte. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de cette décision et de l'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pas exécuté la mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 7 mars 2022. Par ailleurs, il a été condamné le 4 juin 2021 par le tribunal correctionnel de Mamoudzou à deux ans d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans, notamment pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité totale de travail supérieure à huit jours et de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, puis le 5 septembre 2022 par le tribunal judiciaire de Mamoudzou à douze mois d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé par deux circonstances, et enfin le 23 septembre 2022 par ce même tribunal à deux ans d'emprisonnement notamment pour des faits de port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D et de vol avec violence n'ayant pas entrainé d'incapacité totale de travail. En outre, il est connu défavorablement des services de police pour des faits de menace de crime contre les personnes matérialisée par écrit, image ou autre objet. Si M. A se prévaut de la durée de son séjour, de sa scolarité, de ses efforts de réinsertion en particulier par l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnel dans le domaine de la pâtisserie, ainsi que de la présence en France des membres sa famille, ces seuls éléments, au regard de la menace pour l'ordre public que représente sa présence et alors qu'il ne justifie pas des liens de parenté qui l'uniraient aux personnes présentées comme membres de sa famille, ne suffisent pas à établir que la préfète de l'Aube ne pouvait légalement prolonger l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre pour une durée de deux ans.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Eu égard à ce qui a été dit au point 6 de la présente ordonnance, et alors que M. A est célibataire et sans enfant, la décision en litige ne peut être regardée comme portant au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée pour information au préfet de l'Aube.

Fait à Nancy, le 7 février 2025.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

A. Bailly

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