vendredi 16 mai 2025
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-24NC02674 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | AIRIAU |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A D a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Par un jugement n° 2405058 du 26 septembre 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 28 octobre 2024, M. D, représenté par Me Airiau, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 26 septembre 2024 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2024 ;
3°) d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à lui-même, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle ne pouvait être fondée sur les dispositions des 1° et 2° de l'article L. 611-1 dès lors qu'il a fait l'objet d'un refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- les décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée, ce qui révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La demande d'aide juridictionnelle de M. D a été rejetée par une décision du 9 janvier 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant marocain, est entré sur le territoire français en 2017 selon ses déclarations. Après une première mesure d'éloignement, il a, le 13 juillet 2024, été interpellé et placé en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du même jour, la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. D fait appel du jugement du 26 septembre 2024 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. C B, sous-préfet de permanence, auquel la préfète du Bas-Rhin a, par un arrêté du 26 juin 2024 2024, publié le 28 juin 2024 au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin, délégué sa signature à l'effet de signer, dans le cadre des permanences, notamment les décisions en matière d'éloignement des étrangers. Si M. D soutient qu'il n'est pas établi que M. B était effectivement de permanence à la date de l'arrêté en litige, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations alors qu'il appartient aux parties contestant la qualité de délégataire pour signer une décision, d'établir que les conditions de cette délégation n'étaient pas réunies. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit, en conséquence, être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des mentions de l'arrêté contesté que la préfète du Bas-Rhin, après avoir constaté l'irrégularité de l'entrée et du maintien sur le territoire français de M. D, a examiné l'ensemble de sa situation personnelle et a vérifié, au vu des éléments dont elle avait connaissance, son droit au séjour et qu'aucune circonstance ne faisait obstacle à une mesure d'éloignement fondée sur les dispositions des 1° et 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les termes mêmes de cet arrêté, quand bien même ils ne mentionnent pas les éléments relatifs à l'activité professionnelle de l'intéressé, établissent ainsi que la préfète a procédé à un examen particulier de la situation de M. D. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que la dernière demande d'admission au séjour en raison de ses études, présentée par M. D le 19 novembre 2021, a été rejetée par le préfet du Val-d'Oise le 3 décembre 2021 et que l'intéressé n'a pas déféré à la mesure d'éloignement dont a été assorti ce refus. S'il était loisible à l'autorité administrative, sans toutefois y être tenue, de fonder la décision en litige sur les dispositions du 3° du premier alinéa de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est constant que le requérant, jusqu'à son interpellation le 13 juillet 2024, s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français, sans avoir cherché à régulariser sa situation. Dans ces conditions, alors qu'il n'est pas contesté que M. D est entré irrégulièrement en France en 2017, la préfète du Bas-Rhin pouvait également, sur le fondement des dispositions des 1° et 2° du premier alinéa de l'article L. 611-1, prononcer à l'encontre de l'intéressé la mesure d'éloignement litigieuse. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d'une erreur de droit pour défaut de base légale ne peut qu'être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. M. D se prévaut de la durée de son séjour en France, de la présence de ses sœurs, ainsi que de sa réussite scolaire et professionnelle. S'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé était présent sur le territoire depuis sept ans à la date de la décision en litige, il ne démontre pas, par la seule production des documents de séjour de ses sœurs, entretenir avec elles des liens particuliers. Par ailleurs, il n'établit pas avoir en France d'autres liens d'une ancienneté ou intensité particulières. En outre, s'il justifie de l'obtention de son baccalauréat professionnel et d'un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de " Leader Expéditions " depuis le 12 septembre 2022, ce seul élément ne permet pas d'établir qu'il aurait fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, la mesure d'éloignement en litige ne peut être regardée comme portant au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.
9. En quatrième lieu, faute d'établir l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, M. D n'est pas fondé à soutenir que les décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français seraient illégales en raison d'une telle illégalité.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.
11. L'arrêté en litige, qui rappelle la date et les conditions d'entrée de M. D en France, vise notamment les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les éléments dont il a été tenu compte pour fixer la durée de cette interdiction, relatifs à la durée de sa présence en France, à ses liens sur le territoire alors que l'arrêté rappelle par ailleurs la précédente mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français en litige comporte ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée. En l'absence de menace pour l'ordre public, cette motivation révèle également que la préfète a tenu compte de l'ensemble des critères prévus par la loi. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français et du défaut d'examen doivent être écartés.
12. En dernier lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 8 de la présente ordonnance et en l'absence de liens particuliers en France, les moyens tirés de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. D est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D et à Me Airiau.
Copie en sera adressée pour information au préfet du Bas-Rhin.
Fait à Nancy, le 16 mai 2025.
La magistrate désignée,
Signé : J. Kohler
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, SC
La greffière,
A. Bailly
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026