vendredi 14 février 2025
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-24NC03144 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | ANNIE LEVI-CYFERMAN - LAURENT CYFERMAN |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. F B et Mme E D ont demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler les arrêtés du 12 septembre 2024 par lequel le préfet de la Meuse les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai, a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et les a assignés à résidence dans le département de la Meuse pour une durée de trente jours.
Par un jugement nos 2402898, 2402899 du 10 octobre 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
I. Par une requête enregistrée le 26 décembre 2024 sous le n°24NC03144, M. B, représenté par Me Lévi-Cyferman, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 10 octobre 2024 en ce qui le concerne ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2024 pris à son encontre ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Meuse de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé, ce qui révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour d'une durée d'un an n'est pas justifiée ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale.
II. Par une requête enregistrée le 26 décembre 2024 sous le n°24NC03145, Mme D, représentée par Me Lévi-Cyferman, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 10 octobre 2024 en ce qui la concerne ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2024 pris à son encontre ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Meuse de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soulève les mêmes moyens que son époux dans la requête n° 24NC03144.
M. B et Mme D ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 21 novembre 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B et Mme D, ressortissants géorgiens, sont entrés sur le territoire français, selon leurs déclarations, le 27 février 2024 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Leur demande d'asile a été rejetée par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 4 juillet 2024 statuant en procédure accélérée sur le fondement du 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés du 12 septembre 2024, le préfet de la Meuse les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits à l'expiration de ce délai, a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et les a assignés à résidence dans le département de la Meuse pour une durée de trente jours. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. B et Mme D font appel du jugement du 10 octobre 2024 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours, () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".
3. En premier lieu, il ressort des mentions des arrêtés en litige que le préfet de la Meuse, après avoir constaté le rejet des demandes d'asile présentées par M. B et Mme D par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides statuant en procédure accélérée et la fin de leur droit au maintien sur le territoire, a examiné l'ensemble de leur situation personnelle et familiale et a vérifié, au vu des éléments dont il avait connaissance, qu'aucune circonstance ne faisait obstacle à des mesures d'éloignement fondées sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. S'agissant des décisions fixant le pays de destination, ces arrêtés visent notamment les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne la nationalité des requérants et indiquent qu'ils n'établissent pas encourir des risques de traitement prohibé par ces stipulations en cas de retour dans leur pays d'origine. Par suite, et alors que le préfet n'est pas tenu de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger, ces arrêtés comportent ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constitue le fondement. En particulier, la seule circonstance que ces arrêtés ne mentionnent pas les éléments relatifs à la scolarisation de leurs enfants et à l'état de santé de l'un de ces derniers, alors qu'aucune pièce du dossier ne permet d'établir que le préfet en aurait été spécifiquement informé, n'est pas de nature à établir que ces arrêtés seraient insuffisamment motivés ou que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation des intéressés. Cette motivation révèle également que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de M. B et Mme D, en particulier pour fixer le pays de destination au regard des risques invoqués en cas de retour dans leur pays d'origine. Les moyens tirés de l'insuffisante motivation des arrêtés en litige et du défaut d'examen particulier de la situation des intéressés doivent, en conséquence, être écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
5. M. B et Mme D se prévalent de la durée de leur séjour en France, de la scolarisation de leurs enfants, du suivi médical dont bénéficie l'un de ces derniers et des liens qu'ils ont tissés sur le territoire français. Il ressort toutefois des pièces des dossiers qu'ils n'étaient présents en France que depuis moins d'un an à la date des arrêtés en litige. Par ailleurs, ils ne produisent aucun élément de nature à démontrer qu'ils auraient en France des liens d'une ancienneté ou intensité particulière et ne justifient d'aucune intégration sociale et économique dans la société française. En outre, les décisions en litige n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer les requérants de leurs enfants mineurs qui ont vocation à les suivre en cas de retour dans leur pays d'origine, où la cellule familiale a vocation à se reconstituer et où il n'est pas établi qu'ils ne pourraient pas poursuivre leur scolarité et bénéficier d'un suivi médical approprié. Dans ces conditions, les décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peuvent être regardées comme portant au droit de M. B et Mme D au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises, ni comme ayant été prises en méconnaissance de l'intérêt supérieur de leurs enfants mineurs. Par suite, les moyens tirés de ce que les arrêtés contestés méconnaissent les article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
7. M. B et Mme D soutiennent qu'ils seraient exposés à des risques de traitements contraires aux stipulations précitées en cas de retour en Géorgie. Toutefois, ils n'apportent aucune précision quant à la nature des risques allégués ni aucun élément de nature à en établir la réalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
9. Il ressort des pièces des dossiers que M. B et Mme D ne résidaient en France que depuis moins d'un an à la date des décisions en litige et ils ne démontrent pas y avoir des liens d'une intensité ou d'une ancienneté particulière. Dans ces conditions, en se bornant à se prévaloir de l'état de santé de leur enfant mineur, à soutenir que leur comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'ils n'ont jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement, les requérants n'établissent pas que le préfet de la Meuse en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à leur encontre aurait inexactement appliqué les dispositions précitées
10. En dernier lieu, lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, M. B et Mme D ne sont pas fondés à soutenir que les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français, qui n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer la cellule familiale, portent une atteinte disproportionnée au respect de leur vie privée et familiale.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel présentées par M. B et Mme D sont manifestement dépourvues de fondement. Il y a lieu, dès lors, de les rejeter en toutes leurs conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : Les requêtes de M. B et Mme D sont rejetées.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F B, à Mme E D et à Me Lévi-Cyferman.
Copie en sera adressée pour information au préfet de la Meuse.
Fait à Nancy, le 14 février 2025.
La présidente de la 4ème chambre,
Signé : V. Ghisu-Deparis
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
M. A
Nos 24NC03144, 24NC03145
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026