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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-25NC00012

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-25NC00012

jeudi 10 avril 2025

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-25NC00012
TypeOrdonnance
FormationJuge des référés
Avocat requérantAOUIDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, d'une part, d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2024 par lequel le préfet des Ardennes l'a assigné à résidence dans le département des Ardennes pour une durée de quarante-cinq jours et, d'autre part, d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Par un jugement nos 2402470, 2402471 du 18 octobre 2024, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 6 janvier 2025, M. B, représenté par Me Aouidet, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 18 octobre 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, au titre des frais exposés en première instance, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à lui-même, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros à verser à son conseil, au titre des frais exposés à hauteur d'appel, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à lui-même, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé, ce qui révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle constitue une mesure discriminatoire.

Le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B par une décision du 27 mars 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Guidi, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, est entré sur le territoire français à la fin de l'année 2019 selon ses déclarations. Il a été incarcéré du 24 août 2023 au 27 septembre 2024 pour infraction à la législation des stupéfiants. Par deux arrêtés du 26 septembre 2024, le préfet des Ardennes, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département des Ardennes pour une durée de quarante-cinq jours. M. B fait appel du jugement du 18 octobre 2024 en tant que, par ce jugement, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. En premier lieu, il ressort des mentions de l'arrêté du 26 septembre 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et interdisant le retour sur le territoire français que le préfet des Ardennes, après avoir rappelé l'entrée et le maintien irréguliers de M. B sur le territoire français, ainsi que les faits pour lesquels il a été condamné et incarcéré et ceux pour lesquels il est défavorablement connu des services de police, a examiné l'ensemble de sa situation personnelle et familiale et a vérifié, au vu des éléments dont il avait connaissance, que l'intéressé ne justifiait pas d'un droit au séjour et qu'aucune circonstance ne faisait obstacle à une mesure d'éloignement fondée sur les dispositions des 1° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Alors que l'autorité administrative n'est pas tenue de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger auquel elle fait obligation de quitter le territoire français, l'arrêté en litige comporte ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, dès lors, suffisamment motivé. Cette motivation révèle également que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de M. B. En particulier, la circonstance que l'arrêté indique à tort que l'intéressé est pacsé alors qu'il est marié et qu'il est sans enfant à charge, alors que son enfant est né le 18 décembre 2024, soit postérieurement à la mesure d'éloignement, ne suffit pas à établir que le préfet des Ardennes n'aurait pas procédé à l'examen qui lui incombait au regard des informations portées à sa connaissance. Les moyens tirés de l'insuffisante motivation et du défaut d'examen de l'arrêté du 26 septembre 2024 doivent, en conséquence, être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. B se prévaut de son mariage avec une ressortissante française et de la naissance de leur fille le 18 décembre 2024, de la présence en France de sa tante et de ses cousins, ainsi que de son activité professionnelle. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B n'était présent sur le territoire que depuis quatre ans à la date de l'arrêté en litige. Par ailleurs, s'il se prévaut de son mariage avec une ressortissante française le 6 janvier 2024, celui-ci revêtait un caractère récent à la date de la décision en litige et leur communauté de vie, à la supposer établie, n'aurait débuté que depuis le 1er juillet 2023, de sorte que M. B ne démontre pas l'ancienneté de sa relation avec son épouse. S'il se prévaut de la naissance de sa fille française au mois de décembre 2024, cet élément, postérieur à l'arrêté en litige est sans incidence sur sa légalité. En outre, en se bornant à produire le certificat de séjour de sa tante, M. B ne démontre pas qu'il entretiendrait avec elle des liens particuliers. Enfin, si M. B justifie d'une activité professionnelle en qualité de technicien de raccordement, ce seul élément ne suffit pas à établir qu'il aurait en France d'autres liens d'une ancienneté ou d'une intensité particulières, ni qu'il y aurait fixé le centre de ses intérêts personnels alors, au demeurant, qu'il ne conteste pas avoir été incarcéré du 24 août 2023 au 27 septembre 2024 pour des faits d'infraction à la législation des stupéfiants et être défavorablement connu des services de police pour délit de fuite après un accident par conducteur de véhicule terrestre, conduite de véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiantes, port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitant de catégorie D et infraction à la législation des stupéfiants. Dans ces conditions, la mesure d'éloignement en litige ne peut être regardée comme portant au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations ne peuvent toutefois être utilement invoquées dans le cas d'un enfant à naître.

7. La naissance de l'enfant de M. B, le 18 décembre 2024, est postérieure à l'arrêté en litige. Dans ces conditions, il ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

8. En dernier lieu, en se bornant à soutenir que la mesure d'éloignement en litige constitue une mesure discriminatoire pour sa fille française en raison de son origine et de la nationalité de son père, M. B n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Le moyen ne peut par conséquent qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Aouidet.

Copie en sera adressée pour information au préfet des Ardennes.

Fait à Nancy, le 10 avril 2025.

La magistrate désignée,

Signé : L. Guidi

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,SC

Le greffier,

A. Betti

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