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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-25NC00310

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-25NC00310

vendredi 18 avril 2025

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-25NC00310
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantGABON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C A née B a demandé au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne d'annuler l'arrêté du 28 avril 2023 par lequel le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Par un jugement nos 2300937, 2300938 du 10 mai 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a renvoyé les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour et les conclusions accessoires correspondantes à une formation collégiale et a rejeté sa demande tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination, portant interdiction de retour sur le territoire français et ordonnant l'assignation à résidence de Mme A.

Par un jugement no 2300937 du 24 octobre 2024, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté ses conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 10 février 2025, Mme A, représentée par Me Gabon, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 24 octobre 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2023 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Marne de produire l'entier dossier médical sur la base duquel l'avis du collège de médecins du 13 décembre 2022 a été émis ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé, ce qui révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il a été pris en méconnaissance de son droit d'être entendue ;

- elle n'a pas pu être assistée d'une personne de son choix lors de sa convocation devant le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, en méconnaissance de l'article 11 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;

- il n'est pas établi que le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été saisi, ni que le collège de médecins était régulièrement composé, que la signature des médecins était lisible et que la procédure a été régulièrement suivie ;

- l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est incomplet et imprécis ;

- le préfet s'est considéré, à tort, comme étant en situation de compétence liée ;

- elle pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'obligation de quitter le territoire français méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du même code ;

- l'arrêté en litige méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante albanaise, est entrée sur le territoire français, selon ses déclarations, le 29 juillet 2018 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Après le rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, elle a fait l'objet de deux mesures d'éloignement en 2019 et en 2020. Le 13 avril 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en invoquant son état de santé. Par un arrêté du 28 avril 2023, le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai. Mme A fait appel du jugement du 24 octobre 2024 par lequel le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté en tant qu'il refuse de l'admettre au séjour.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " ()les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans et ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens () les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur l'étendue du litige :

3. Par le jugement attaqué du 24 octobre 2024, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne ne s'est prononcé que sur les conclusions de Mme A dirigées contre la décision du 28 avril 2023 par laquelle le préfet de la Marne a refusé de l'admettre au séjour et n'a ainsi pas examiné la légalité des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français qui ont fait l'objet du jugement du 10 mai 2023, dont il n'a pas été fait appel. Par suite, les conclusions de Mme A présentées en appel et dirigées contre ces décisions sont dépourvues d'objet et, par suite, irrecevables.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, il ressort des mentions de l'arrêté en litige que le préfet de la Marne, après avoir rappelé le parcours administratif antérieur de Mme A, a examiné sa demande d'admission au séjour au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en mentionnant l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 13 décembre 2022. Alors que l'autorité administrative n'est pas tenue de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger auquel elle refuse le séjour, cette décision comporte ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Cette motivation révèle également que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de Mme A. Les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision de refus de titre de séjour litige et du défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressée doivent, en conséquence, être écartés.

5. En deuxième lieu, Mme A reprend en appel, sans apporter d'élément nouveau ni critiquer utilement les motifs du jugement de première instance, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 11 de l'arrêté du 27 décembre 2016, de l'absence de saisine du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de l'irrégularité de sa composition et de l'absence de signature de l'avis rendu, de ce que le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par les premiers juges aux points 6 à 13 de leur jugement.

6. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur un autre fondement que l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni que le préfet aurait examiné d'office son droit au séjour au regard d'autres dispositions. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée ".

8. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi.

9. Pour refuser à Mme A la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de la Marne s'est fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 13 décembre 2022 selon lequel si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine, dans lequel elle peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort des pièces du dossier, notamment d'une attestation d'un médecin généraliste du 2 mai 2023, que la requérante souffre d'affections de diabète insuliné, de cardiopathie hypertrophique, de dysthyroïdie, d'hypertension artérielle sévère et de rétinopathie diabétique, et que ces affections nécessitent un traitement de fond et des soins pluri-quotidiens. Toutefois, les pièces médicales produites, qui concernent principalement ses rendez-vous médicaux en France, des comptes-rendus d'examens médicaux et des ordonnances de médicaments, ne comportent aucune indication sur les soins disponibles dans son pays d'origine et ne permettent pas d'établir qu'elle ne pourrait y bénéficier effectivement des traitements nécessaires à son état de santé. A cet égard, si l'attestation d'un médecin généraliste en Albanie du 29 août 2023 indique qu'elle souffre de diabète aggravé par une hypertension artérielle de stade II, d'ostéoporose des vertèbres du rachis lombaire et d'un dérèglement hormonal de la glande thyroïde, qu'elle bénéficie d'un traitement thérapeutique ambulatoire en France et que son éloignement en Albanie serait défavorable à sa santé dans la mesure où il est impossible d'offrir un service ambulatoire selon le même plan thérapeutique dans sa zone de résidence, ce seul certificat, qui n'évoque que la zone de résidence de Mme A, ne permet pas d'établir qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement effectif en Albanie. Enfin, si Mme A produit un document de l'Organisation mondiale de la santé datant de 2016 relatif au diabète en Albanie et un article de presse de 2023 sur le phénomène d'exode des médecins albanais vers l'étranger, ces éléments, de portée générale, ne permettent pas d'établir qu'aucun traitement approprié ne serait disponible en Albanie ni que, compte tenu de sa situation personnelle, elle ne pourrait pas y avoir effectivement accès. Dans ces conditions, les éléments produits ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation portée par le préfet sur l'état de santé de la requérante et sur la possibilité de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, en conséquence, être écarté, sans qu'il soit besoin d'ordonner la communication des éléments sur lesquels le collège de médecins de l'OFII s'est fondé pour rendre son avis.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Mme A se prévaut de la présence de son époux, de ses enfants et petits-enfants en France. S'il ressort des pièces du dossier qu'elle résidait en France depuis près de cinq ans à la date de l'arrêté contesté, il n'est pas contesté que son époux et ses enfants majeurs étaient également en situation irrégulière sur le territoire, de sorte que la cellule familiale a vocation à se reconstituer dans leur pays d'origine, où la requérante a vécu jusqu'à l'âge de quarante-cinq ans. Dans ces conditions, alors qu'elle ne démontre pas avoir en France d'autres liens d'une ancienneté ou intensité particulières, la décision de refus de titre de séjour en litige ne peut être regardée comme portant au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par Mme A est manifestement dépourvue de fondement en ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour et irrecevable pour le surplus. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A née B et à Me Gabon.

Copie en sera adressée pour information au préfet de l'Aube.

Fait à Nancy, le 18 avril 2025.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

A. Bailly

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