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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-25NC00431

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-25NC00431

vendredi 28 février 2025

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-25NC00431
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 février 2025, M. B A, représenté par Me Elsaesser, demande à la cour :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 11 décembre 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans ainsi que celle de l'arrêté du 11 décembre 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros HT en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'arrêté en litige lui fait obligation de quitter le territoire alors qu'il est en droit d'y séjourner jusqu'à une éventuelle décision de retrait de sa carte de résident, qu'il risque d'être éloigné du territoire à bref délai et que l'absence de droit au séjour fait obstacle à l'exercice d'une activité professionnelle et à sa participation aux charges du domicile de ses parents qui l'hébergent ou de suivre une formation professionnelle ou de réaliser un stage et enfin qu'il risque d'être éloigné vers son pays d'origine alors qu'il a conservé la qualité de réfugié ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté :

- une carte de résident lui a été accordée par le préfet de l'Oise qui n'a pu lui être délivrée du fait de son incarcération et le préfet ne pouvait donc refuser de lui délivrer un titre de séjour ;

- la décision de refus de titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- elle est fondée sur des faits matériellement inexacts ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- il ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'une carte de résident lui a été accordée ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas été précédée de la vérification de son droit au séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est fondée sur des faits matériellement inexacts ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la décision de refus de délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée et n'a pas examiné l'intégralité de sa situation avant de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire ;

- elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la décision portant interdiction de retour est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est disproportionnée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la décision portant assignation à résidence est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est insuffisamment motivée.

Vu :

- la requête n° 25NC00313 par laquelle M. A fait appel du jugement n° 2409431 du 14 janvier 2025 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation des arrêtés du 11 décembre 2024 par lesquels le préfet du Haut-Rhin, d'une part, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans et, d'autre part, l'a assigné à résidence ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, comme juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sri-lankais, est entré en France en 2010 avec ses parents alors qu'il était âgé de quatorze ans. A sa majorité, il s'est vu délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " puis s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 29 juillet 2016. Un récépissé constatant la reconnaissance d'une protection internationale valable du 27 mai 2016 au 26 août 2016 lui a alors été délivré. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a toutefois mis fin à sa protection par une décision du 31 janvier 2020, confirmée le 1er février 2021 de la Cour nationale du droit d'asile, en considération de la menace pour l'ordre public représentée par son comportement. Par deux arrêtés du 11 décembre 2024, le préfet du Haut-Rhin, d'une part, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans et, d'autre part, l'a assigné à résidence. Par un jugement n° 2409431 du 14 janvier 2025, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces arrêtés. Un appel contre ce jugement, enregistré sous le n° 25NC00313, est actuellement pendant devant la cour. M. A demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de ces arrêtés.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 614-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 614-1, lorsque l'étranger est assigné à résidence en application de l'article L. 731-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. / Lorsque l'étranger est placé en rétention administrative, ces décisions peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-2 ". Aux termes de l'article L. 921-2 du même code : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la décision. Sous réserve de l'article L. 921-3, il statue dans un délai de quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours ". Enfin, aux termes de l'article L. 722-7 du même code : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi ".

4. Par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions permettant à l'autorité administrative de signifier à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Eu égard aux caractéristiques particulières de la procédure ainsi définie, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est justiciable de la procédure instituée par les dispositions de l'article L. 521-1 ni devant le juge des référés du tribunal administratif ni devant celui de la cour administrative d'appel. Il en va autrement dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une telle mesure relative à l'éloignement forcé d'un étranger emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge a statué, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution.

5. A l'appui de sa demande, M. A ne fait valoir aucun élément nouveau dans sa situation personnelle, ni aucun changement de circonstances de fait ou de droit de nature à démontrer que l'exécution de la décision d'éloignement emporterait des effets excédants ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution. M. A n'est ainsi pas recevable à demander, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution des décisions du 11 décembre 2024 par lesquelles le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé une interdiction de retour et l'a assigné à résidence.

6. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du code de justice administrative : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

7. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait de titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

8. Pour justifier de l'urgence, M. A soutient tout d'abord que l'arrêté en litige a pour effet de mettre fin à la régularité de son séjour sur le territoire. Il ne produit toutefois aucun élément au soutien de ses allégations selon lesquelles le préfet de l'Oise aurait accepté de lui délivrer une carte de résident qui serait en cours de validité. De la même manière, s'il invoque ensuite que l'arrêté en litige pourrait être exécuté de manière imminente à destination de son pays d'origine alors qu'il conserve la qualité de réfugié, il n'apporte aucun élément de nature à établir l'imminence de son éloignement du territoire. Enfin, s'il soutient que l'absence de droit au séjour fait obstacle à l'exercice d'une activité professionnelle et à sa participation aux charges du domicile de ses parents qui l'hébergent ou de suivre une formation professionnelle ou de réaliser un stage, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il serait en mesure d'exercer une activité professionnelle à laquelle l'arrêté en litige aurait pour effet de mettre fin, ni qu'il serait engagé dans une formation professionnelle ou dans un stage. Dans ces conditions, il ne peut être regardé comme justifiant d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A, à qui il est loisible de demander le sursis à exécution du jugement du 14 janvier 2025 dans les conditions énoncées notamment par l'article R. 811-17 du code de justice administrative, doit être rejetée, en toutes ses conclusions en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Haut-Rhin.

Fait à Nancy, le 28 février 2025.

La juge des référés,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

A. Betti

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