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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-25NC00478

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-25NC00478

vendredi 28 mars 2025

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-25NC00478
TypeOrdonnance
FormationJuge des référés
Avocat requérantMARTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2024 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Par un jugement n° 2403126 du 23 octobre 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy a annulé la décision portant interdiction de retour sur le territoire français du 15 octobre 2024 et a rejeté le surplus de sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 27 février 2025, M. B, représenté par Me Martin, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 23 octobre 2024 en tant qu'il a rejeté les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination ;

2°) d'annuler les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination du 15 octobre 2024 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il reprend ses moyens de première instance.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, est entré sur le territoire français selon ses déclarations en janvier 2017. Après une première mesure d'éloignement prononcée à son encontre en octobre 2020, il a, le 15 octobre 2024, été placé en garde à vue par les services de police de Forbach, pour des faits de mise en cause dans la procédure de recel de vol. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. M. B fait appel du jugement du 23 octobre 2024 en tant que, par ce jugement, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. B se prévaut de la durée de son séjour en France, de son mariage avec une ressortissante française le 4 novembre 2022 avec laquelle il vit chez sa mère, de son intégration scolaire et professionnelle, de sa volonté de régularisation de sa situation, ainsi que la présence en France de membres de sa famille. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé déclare être entré en France en janvier 2017, soit depuis plus de sept ans à la date de l'arrêté en litige. Il ne produit toutefois aucun élément de nature à établir qu'il y aurait des liens d'une ancienneté ou intensité particulière. En particulier, l'acte de mariage, la déclaration sur l'honneur de vie commune, ainsi que les attestations d'hébergement rédigées par la mère de l'intéressé démontrant que le couple vit chez elle, ne suffisent pas à établir l'ancienneté, l'intensité et la stabilité de la relation avec son épouse. De la même manière, la seule circonstance qu'il soit hébergé avec son épouse, par sa mère et que son frère soit titulaire d'un certificat de résidence ne suffit pas à établir l'intensité des liens qu'ils entretiennent. Par ailleurs, s'il soutient qu'il a été scolarisé et a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle d'agent polyvalent de restauration et qu'il a travaillé dans les secteurs du bâtiment et des travaux publics, il ne produit toutefois, qu'un seul bulletin de paie en qualité de manutentionnaire et un certificat de scolarité pour l'année scolaire 2018/2019 attestant de son inscription en première année du certificat d'aptitude professionnelle mentionné précédemment. L'ensemble des éléments invoqués ne démontre pas qu'il aurait en France d'autres liens d'une ancienneté ou intensité particulières et ne justifie pas d'une intégration particulière dans la société française, alors qu'il est défavorablement connu des services de police, notamment pour des fait de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et de menace de mort commise par personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et qu'il ne conteste pas que son comportement représente une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme portant au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. En second lieu, si M. B indique reprendre ses moyens de première instance, il n'apporte aucune précision nécessaire à l'appréciation du bien-fondé des moyens invoqués en première instance et non expressément repris en appel, ni ne joint copie de son mémoire de première instance contenant ces précisions.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Martin.

Copie en sera adressée au préfet de la Moselle.

Fait à Nancy, le 28 mars 2025.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

A. Bailly

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