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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-23DA02082

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-23DA02082

jeudi 1 août 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-23DA02082
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantVOISIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler la décision du 15 juillet 2023 par laquelle le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, à titre subsidiaire, d'annuler les décisions du 15 juillet 2023 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Par un jugement n° 2306488 du 5 octobre 2023, la magistrate désignée par le tribunal administratif de Lille a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 6 novembre 2023, et un mémoire, enregistré le 22 avril 2024, M. A, représenté par Me Voisin, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler la décision du 15 juillet 2023 portant obligation de quitter le territoire français ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler les décisions du 15 juillet 2023 portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement méconnaissent l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Douai.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement () des cours () peuvent, par ordonnance : / () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 () ". Aux termes du dernier alinéa du même article : " () les présidents des formations de jugement () des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter (), les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° à 5° du présent article ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. Ils peuvent, de même, annuler une ordonnance prise en application des 1° à 5°et 7° du présent article à condition de régler l'affaire au fond par application de l'une des dispositions des 1° à 7° ".

2. M. A, ressortissant tunisien né le 18 février 1990, déclare être entré sur le territoire français en 2019 et soutient y résider continuellement depuis. Il relève appel du jugement du 5 octobre 2023 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 15 juillet 2023 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. A fait valoir qu'il est entré en France en 2019 où il a rejoint une ressortissante algérienne en situation régulière, devenue son épouse le 13 août 2022. Toutefois, M. A séjourne depuis quatre ans en situation irrégulière sur le territoire français, et n'a, à aucun moment, tenté de régulariser sa situation administrative. S'il se prévaut de l'engagement de son couple dans un parcours de procréation médicalement assistée, il ressort seulement des pièces du dossier que M. A a passé des examens de biologie médicale en juin 2023 qui n'ont relevé aucune anomalie. Il ne justifie pas avoir entamé d'autres démarches par la suite. En outre, l'appelant fait état du décès de ses parents et soutient que son frère réside à Rouen. Cependant, il ne produit aucun élément permettant d'établir qu'il entretiendrait des liens d'une particulière intensité avec ce dernier. Il ne démontre pas davantage qu'il serait dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-huit ans. Par ailleurs, M. A ne justifie ni de ressources, ni d'une intégration sociale ou professionnelle d'une particulière intensité en France. Dans ces circonstances, le préfet n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs des décisions contestées et n'a pas entaché ces mêmes décisions d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

6. L'arrêté en cause a été pris au visa de l'article L. 612-2 et des 1° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si M. A explique avoir attendu de satisfaire aux critères de régularisation pour déposer une demande de titre de séjour, il est constant qu'il ne l'avait pas fait à la date de l'arrêté. Il entrait donc dans le champ du 1° de l'article L 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il a déclaré lors de son audition par les services de police être démuni de documents de voyage en cours de validité et a indiqué ne pas être en mesure de présenter son passeport, il entrait donc dans le champ du 8° du même article. Le préfet pouvait ainsi lui refuser un délai de départ volontaire et fixer le pays de destination de la mesure d'éloignement. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Voisin.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet du Nord.

Fait à Douai, le 1er août 2024.

La présidente de la 1ère chambre,

Signé : G. Borot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Par délégation,

La greffière,

Suzanne Pinto Carvalho

N°23DA0208

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