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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-24DA00519

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-24DA00519

mardi 27 août 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-24DA00519
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantMESTRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B C épouse A a demandé au tribunal administratif d'Amiens d'annuler l'arrêté du 3 octobre 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ainsi que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée maximale de deux ans et d'enjoindre à la préfète de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Par un jugement n° 2303835 du 15 février 2024, le tribunal administratif d'Amiens a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 13 mars 2024, Mme C épouse A, représentée par Me Mestre, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'annuler la décision par laquelle la préfète de l'Oise l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

4°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour mention " état de santé " dans le délai d'un mois suivant la décision à intervenir, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le jugement est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions du paragraphe 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Mme C épouse A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, complété par un protocole, deux échanges de lettres et une annexe, modifié, signé à Alger le 27 décembre 1968 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement () des cours () peuvent, par ordonnance : / () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 () ". Aux termes du dernier alinéa du même article : " () les présidents des formations de jugement () des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° à 5° du présent article ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. Ils peuvent, de même, annuler une ordonnance prise en application des 1° à 5°et 7° du présent article à condition de régler l'affaire au fond par application de l'une des dispositions des 1° à 7° ".

2. Mme C épouse A, ressortissante algérienne née le 5 janvier 1958, est entrée en dernier lieu sur le territoire français le 16 avril 2019 munie d'un visa de court séjour valable du 15 janvier 2019 au 13 juillet 2019. Le 9 novembre 2022, elle a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions du paragraphe 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 3 octobre 2023, la préfète de l'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Algérie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure. L'arrêté l'informe que si elle se maintient sur le territoire français, elle pourra faire l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans. Mme C épouse A relève appel du jugement du 15 février 2024 par lequel le tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Il ressort des énonciations du jugement attaqué que les premiers juges ont répondu, par une motivation qui rappelle tant les textes applicables que les faits de l'espèce, à l'ensemble des conclusions et des moyens opérants qui ont été soulevés en première instance. Ils n'étaient pas tenus de faire référence à l'ensemble des arguments que Mme C épouse A avait développés devant eux. Ils ont suffisamment motivé leur jugement au regard des exigences posées par les dispositions rappelées plus haut. Par suite, le moyen tiré de ce que le jugement attaqué serait insuffisamment motivé ne saurait être accueilli.

4. Hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative attaquée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Mme C épouse A ne peut donc utilement soutenir, pour contester la régularité du jugement entrepris, que les premiers juges ont entaché leur décision d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne la portée de l'arrêté en cause :

5. Comme indiqué au point 2, l'arrêté en cause se borne à informer l'intéressée que si elle se maintient sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire de trente jours elle pourra faire l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux mais il ne porte pas, par lui-même, une telle décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite les conclusions tendant à l'annulation d'une telle décision sont irrecevables et doivent être rejetées.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'arrêté :

6. En premier lieu, par arrêté du 14 septembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation de signature à M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, pour signer chacune des décisions comprises dans l'arrêté en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit donc être écarté.

7. En deuxième lieu, l'arrêté en cause vise les textes dont il fait application et comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement. Il n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle et familiale de Mme C épouse A, mais en mentionne les éléments pertinents. La décision portant obligation de quitter le territoire français, celle refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et celle fixant le pays de destination sont suffisamment motivées en fait et en droit au regard de l'ensemble des éléments figurant dans l'arrêté. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des motifs de l'arrêté en litige que la préfète n'aurait pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation de Mme C épouse A avant de prendre les décisions en cause. Ce moyen doit également être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. / () ".

9. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6, paragraphe 7, de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, Mme C épouse A fait état de pathologies diagnostiquées en 2021 consistant en une tumeur du sein droit, un diabète de type 2 et une hypertension artérielle. Les éléments médicaux versés au dossier font état en 2022 d'une mastectomie et d'une surveillance médicale. Par son avis du 31 mars 2023, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de l'intéressée nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'elle pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Algérie eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans ce pays et que son état de santé lui permettait de voyager sans risque. Pour infirmer cette appréciation, Mme C épouse A fait valoir qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié en Algérie eu égard aux circonstances particulières de sa situation, notamment son âge, de la présence de membres de sa famille en France, de son isolement allégué en Algérie et de l'état des structures de santé dans ce même pays. Toutefois, ni la présence de membres de sa famille en France, ni un bref extrait d'un article de presse qu'elle verse au dossier ne sont de nature à remettre en cause l'appréciation portée par la préfète de l'Oise au regard notamment de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du paragraphe 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié doit être écarté.

10. En quatrième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dispose que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

11. Mme C épouse A déclare résider en France depuis le 16 avril 2019 et être veuve. Elle se prévaut de la présence en France de trois de ses fils, dont un de nationalité française qui assure son hébergement et sa prise en charge matérielle, et de l'état de santé de son petit-fils. Toutefois, Mme C épouse A n'établit pas être isolée en cas de retour en Algérie où résident notamment deux de ses fils. Dans ces conditions, et au regard de ce qui a été dit au point 9, l'arrêté du 3 octobre 2023 ne méconnaît pas son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'emporte pas de conséquences disproportionnées, eu égard aux objectifs que cette décision poursuit par ailleurs. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C épouse A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme C épouse A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C épouse A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Guillaume Mestre.

Copie en sera transmise, pour information, à la préfète de l'Oise.

Fait à Douai, le 27 août 2024

La présidente de la 1ère chambre,

Signé : G. Borot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Par délégation,

La greffière,

Nathalie Romero

N°24DA00519

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