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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-24DA00690

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-24DA00690

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-24DA00690
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantCabinet KOSZCZANSKI & BERDUGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A C a demandé au tribunal administratif d'Amiens d'annuler l'arrêté du 1er septembre 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2303529 du 29 décembre 2023, le tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 8 avril 2024, Mme C, représentée par Me Patrick Berdugo, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre à titre principal à la préfète de l'Oise de délivrer à la requérante une carte de séjour " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation de séjour et de réexaminer sa situation administrative dans le délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard sur le fondement des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en raison de l'absence de saisine du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, alors qu'elle avait demandé un titre de séjour en raison de son état de santé en novembre 2019 ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il y est relevé à tort qu'elle est célibataire et sans enfant ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son état de santé nécessite un suivi médical non disponible en République démocratique du Congo ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle méconnaît l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de son état de santé ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Douai.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme A C, ressortissante congolaise, née le 6 avril 1974 à Kinshasa (République démocratique du Congo), déclare être entrée irrégulièrement en France le 27 décembre 2016 pour demander l'asile. Elle a présenté une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle relève appel du jugement du 29 décembre 2023 par lequel le tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 1er septembre 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, si devant la cour, Mme C réitère le moyen, déjà soulevé devant les premiers juges, tiré de ce que l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que Mme C produise en appel des éléments de fait ou de droit de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le tribunal administratif d'Amiens sur ce moyen. Par suite, il y a lieu de l'écarter par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges au point 3 du jugement attaqué.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Selon l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

5. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'occasion de la première demande de titre de séjour de Mme C, déposée le 12 novembre 2019 en raison de son état de santé, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a bien été saisi et a considéré que, si l'état de santé de Mme C nécessite une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge n'est pas de nature à entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. En outre, si Mme C verse des pièces médicales dont il ressort qu'elle souffre d'une dépression sévère et d'anxiété, ces pièces ne suffisent toutefois pas à établir une détérioration de son état de santé telle qu'elle encourt des risques d'une exceptionnelle gravité en cas de défaut de soins, ni que ceux-ci ne seraient indisponibles dans son pays d'origine. Ainsi, alors qu'elle n'a pas demandé le renouvellement de son titre délivré en tant qu'étranger malade et dès lors que Mme C ne prouve pas la détérioration de son état de santé, celle-ci n'est pas fondée à soutenir que la décision lui refusant le droit au séjour en raison de son état de santé serait intervenue en méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité.

6. En troisième lieu, si la décision litigieuse relève à tort que l'intéressée déclare ne pas avoir d'enfant ni d'attache familiale en France, et qu'elle a vécu dans son pays jusqu'à l'âge de quarante-deux ans, il ressort des termes de l'arrêté du 1er septembre 2023 que la préfète de l'Oise y a également indiqué que Mme C était accompagnée en France par deux de ses cinq enfants et rappelé sa date de naissance. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, l'autorité préfectorale n'aurait pas pris une décision différente en ne retenant pas ces faits entachés d'une erreur matérielle.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

8. Dès lors que l'intéressée ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, elle ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de ces dispositions, des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète aurait méconnu son pouvoir de régularisation au regard de ces dispositions, ni que la situation de l'intéressée, en dépit des circonstances invoquées, tenant à une ancienneté de séjour en France de près de sept ans à la date de la décision attaquée, à la présence en France de ses enfants scolarisés, dont l'une est majeure et en situation régulière et le second mineur, ainsi que de son frère et sa sœur, qui n'ont néanmoins aucunement besoin de sa présence sur le territoire, suffirait pour considérer qu'elle relevait de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires qui justifiaient son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale.

9. En cinquième lieu, il est constant que Mme C n'a pas présenté de demande titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de la violation par la préfète de l'Oise de ces dispositions doit être écarté.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, et alors que l'intéressée ne démontre pas être dépourvue d'attaches personnelles ou familiales dans son pays d'origine où elle a résidé jusqu'à l'âge de quarante-deux ans, Mme A C, n'est pas fondée à soutenir que le refus lui délivrer un titre de séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, ni que ces décisions méconnaîtraient les stipulations précitées.

Sur la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, s'agissant de son état de santé, il ressort de ce qui a été dit au point 5 que l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que la préfète de l'Oise a méconnu les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

13. En deuxième lieu, Mme C déclare être arrivée illégalement en France le 27 décembre 2016. Elle a demandé l'asile à quatre reprises, en février et mars 2017, puis en janvier et en juillet 2018, et a formulé une demande de titre de séjour en raison de son état de santé en novembre 2019, qui a donné lieu à une décision implicite de rejet. Si elle se prévaut de son ancienneté de séjour sur le territoire français, elle ne justifie toutefois pas de la régularité de sa situation, et la circonstance que ses enfants, dont l'aînée est désormais majeure, soient scolarisés en France ne s'oppose pas à ce que son enfant mineur l'accompagne en cas de retour dans son pays d'origine. Mme C ne justifie par ailleurs d'aucune activité salariée et bénéficie de dispositifs d'hébergement d'urgence. Enfin, alors qu'elle se prévaut de la présence régulière en France de sa sœur et de son frère, elle ne justifie pas de la nécessité de rester auprès de l'un d'eux, ni de la particulière intensité de leurs liens. Dès lors, Mme C ne justifie ni de considérations humanitaires, ni de motifs exceptionnels, et n'est par suite pas fondée à soutenir que la préfète aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

14. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

15. Ainsi qu'il résulte des motifs figurant aux points 8 et 13, il n'est pas démontré que l'enfant mineur de Mme C ne puisse l'accompagner en République démocratique du Congo pour y poursuivre sa scolarité. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en prenant l'arrêté attaqué, la préfète de l'Oise aurait fait une inexacte application des stipulations citées au point précédent.

16. Pour les mêmes motifs que ceux figurant aux points 8 et 13, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, ni que ces décisions méconnaîtraient l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, et à Me Patrick Berdugo.

Copie en sera transmise, pour information, à la préfète de l'Oise.

Fait à Douai, le 31 juillet 2024.

Le président assesseur

de la 2ème chambre,

Signé : M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Par délégation,

la greffière,

N°24DA00690

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