jeudi 14 novembre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-24DA00865 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | ZAIRI |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler pour excès de pouvoir d'une part, l'arrêté du 8 février 2024 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé l'Algérie comme pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an et d'enjoindre au préfet de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour et, d'autre part, l'arrêté du même jour par lequel le préfet du Nord l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Par un jugement n° 2401417-2401418 du 2 avril 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté ses demandes.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 3 mai et 27 juillet 2024, M. B, représenté par Me Zaïri, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de l'arrêt à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans cette attente ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- il est entaché d'une erreur manifeste sur l'appréciation de sa situation ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation et d'une erreur de fait ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale car elle a été prise sur le fondement d'une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale ;
- la décision refusant un délai de départ volontaire est illégale car elle a été prise sur le fondement d'une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale ;
- il justifie bien d'une entrée régulière et l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne pouvait servir de fondement à l'arrêté ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée et insuffisamment motivée ;
- la décision l'assignant à résidence est illégale car elle a été prise sur le fondement d'une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale ;
- elle est disproportionnée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, complété par un protocole, deux échanges de lettres et une annexe, modifié, signé à Alger le 27 décembre 1968 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement () des cours () peuvent, par ordonnance : / () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 () ". Aux termes du dernier alinéa du même article : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° à 5° du présent article ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. Ils peuvent, de même, annuler une ordonnance prise en application des 1° à 5°et 7° du présent article à condition de régler l'affaire au fond par application de l'une des dispositions des 1° à 7° ".
2. M. B, de nationalité algérienne, déclare être entré sur le territoire français en 2017, accompagné de son épouse, sous couvert d'un visa de court séjour valable jusqu'au 15 juillet 2017. Par un arrêté du 8 février 2024 dont il demande l'annulation, le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son rencontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un jugement du 2 avril 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif, après avoir opéré une substitution de base légale de l'obligation de quitter le territoire français à la demande du préfet du Nord, a rejeté ses demandes. M. B relève appel de ce jugement.
Sur les décisions d'obligation de quitter sans délai le territoire français et fixant le pays de destination :
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en cause vise les textes dont il fait application et comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Il n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle et professionnelle de M. B, mais en mentionne les éléments pertinents. Il comporte des considérations de fait suffisamment détaillées pour mettre l'intéressé à même de comprendre les motifs des décisions qui lui sont opposées. La décision portant obligation de quitter le territoire français, celle refusant un délai de départ volontaire et celle fixant le pays de destination sont suffisamment motivées au regard de l'ensemble des éléments figurant dans l'arrêté. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté indique à tort que M. B serait entré irrégulièrement en France alors qu'il justifie d'une entrée régulière le 6 mai 2017 sous couvert d'un visa de court séjour. La magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lille a procédé à une substitution de base légale en estimant que la décision du préfet du Nord trouvait son fondement légal dans les dispositions précitées du 2° de l'article L. 611-1, qui pouvaient être substituées à celles du 1° qu'a retenues le préfet. A le supposer soulevé, un moyen tiré d'une erreur de base légale doit être écarté par adoption des motifs retenus par la première juge. Par ailleurs, le préfet aurait pris les mêmes décisions s'il n'avait pas commis cette erreur de fait. Enfin, cette erreur ne suffit pas à établir, eu égard aux pièces du dossier et aux motifs de l'arrêté en cause que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation de l'appelant avant de prendre les décisions en cause. Par suite, ces moyens doivent également être écartés.
5. En troisième lieu, M. B se prévaut notamment de la présence en France d'un frère et d'une sœur et de son épouse. Néanmoins, il est constant que le couple, au demeurant sans enfant, se maintient sur le territoire français de manière irrégulière depuis plus de six années à la date d'adoption de l'arrêté attaqué. Rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale formée par l'intéressé et son épouse se reconstitue dans leur pays d'origine où M. B a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans et où demeure une partie de sa famille. Dans ces conditions, le préfet du Nord a pu, sans méconnaître le droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale et sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé, prendre les décisions contestées. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
6. En quatrième lieu, compte-tenu de ce qui a été précédemment exposé, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français au soutien des conclusions dirigées contre le refus de délai de départ volontaire. Il n'est pas plus fondé à se prévaloir de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et absence de délai de départ volontaire au soutien des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, () ".
8. L'arrêté refuse un délai de départ volontaire au visa des 1° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B a produit son passeport revêtu d'un visa de court séjour. Mais la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lille a également procédé à une substitution de base légale en estimant que la décision du préfet du Nord trouvait son fondement légal dans les dispositions précitées du 2° de l'article L. 612-3 qui pouvaient être substituées à celles qu'avait retenues le préfet. A le supposer soulevé, un moyen tiré d'une erreur de base légale doit également être écarté par adoption des motifs retenus par la première juge.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre les décisions d'obligation de quitter le territoire français, de refus de délai de départ volontaire et fixant le pays de destination doivent être rejetées.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable en l'espèce : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
11. Il ressort des pièces du dossier que pour faire interdiction à M. B de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet du Nord a pris en compte la durée de son séjour en France, l'absence de précédente mesure d'éloignement et l'absence de menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté.
12. Alors que M. B s'est maintenu irrégulièrement en France et qu'il n'a jamais accompli de démarches pour obtenir un titre de séjour, le préfet du Nord, qui aurait pris la même décision s'il avait retenu que l'intéressé était entré régulièrement en France, n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en fixant la durée de l'interdiction de retour de M. B à une durée d'un an.
Sur la décision portant assignation à résidence :
13. L'arrêté en cause indique que M. B doit être assigné à résidence en vue de prévoir l'organisation matérielle de son départ. Il précise que M. B devra se présenter les lundi, mercredi et vendredi à 10 heures sauf week-end et jours fériés dans les locaux du commissariat de Maubeuge.
14. Eu égard à ce qui a été précédemment exposé, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français au soutien des conclusions dirigées contre l'assignation à résidence. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une telle assignation à résidence serait entachée d'une erreur d'appréciation ou aurait porté une atteinte illégale et disproportionnée à la liberté d'aller et venir de l'intéressé.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et à Me Zaïri.
Copie en sera transmise, pour information, au préfet du Nord.
Fait à Douai, le 14 novembre 2024.
La présidente de la 1ère chambre,
Signé : G. Borot
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Par délégation,
La greffière,
Nathalie Romero
N°24DA00865
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026