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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-24DA01016

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-24DA01016

mardi 23 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-24DA01016
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantLEROY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Rouen d'annuler les arrêtés du préfet de la Seine-Maritime des 30 mars 2023 et 19 janvier 2024 portant d'une part refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans les trente jours et fixation du pays de renvoi et d'autre part interdiction de retour en France pendant un an.

Par un jugement n° 2302792 du 11 janvier 2024, le tribunal administratif de Rouen a rejeté les conclusions dirigées contre l'arrêté du 30 mars 2023.

Par un jugement n° 2400447 du 6 mars 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a rejeté les conclusions dirigées contre l'arrêté du 19 janvier 2024.

Procédure devant la cour :

I - Par une requête enregistrée le 27 mai 2024 sous le numéro 24DA01016, M. A, représenté par Me Magali Leroy, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 11 janvier 2024 ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 30 mars 2023 ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour ou réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Douai du 18 avril 2024, l'aide juridictionnelle a été accordée au requérant.

II - Par une requête enregistrée le 27 mai 2024 sous le numéro 24DA01017, M. A, représenté par Me Magali Leroy, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 6 mars 2024 ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 19 janvier 2024 ;

3°) d'enjoindre au préfet de supprimer son signalement dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Douai du 7 mai 2024, l'aide juridictionnelle a été accordée au requérant.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 relatif aux modalités de vérification d'un acte de l'état civil étranger ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. L'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose que les présidents de formation de jugement des cours peuvent, par ordonnance, rejeter " les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".

2. Il y a lieu de joindre les requêtes susvisées pour y statuer par une seule décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

3. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile constituent des dispositions spéciales régissant le traitement par l'administration des demandes de titres de séjour, en particulier les demandes incomplètes. Par suite, la procédure prévue à l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration n'est pas applicable à ces demandes. Le moyen tiré de la violation de cette disposition est donc inopérant.

4. La procédure des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ne s'applique pas s'il a été statué sur une demande, ni avant un éloignement, les articles L. 613-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ayant déterminé l'ensemble des règles de procédure afférentes, ni avant une décision associée fixant le délai de départ et le pays de renvoi ou interdisant le retour en France que l'étranger a pu contester par un recours suspensif en même temps que l'éloignement.

5. Lorsqu'il demande un titre de séjour, l'étranger peut fournir à la préfecture tous motifs, précisions et justifications utiles, peut ensuite compléter sa demande et ne saurait ignorer qu'il peut être éloigné en cas de refus. Le droit d'être entendu, principe repris par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, était ainsi déjà satisfait avant le refus de titre de séjour et n'impliquait pas de mettre l'intéressé à même de présenter des observations spécifiques sur son éloignement.

6. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A, qui a été mis en mesure de justifier son identité devant le tribunal et la cour, ait été privé de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

7. M. A n'entrait pas, ainsi qu'il sera dit, dans le champ de l'article L. 423-22 auquel renvoie l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La commission du titre de séjour prévue à cet article ne devait donc pas être consultée.

8. Conformément aux articles L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et L. 613-1 et L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les arrêtés ont énoncé dans leurs considérants ou leurs dispositifs les motifs de droit et de fait qui ont fondé leurs différentes décisions.

En ce qui concerne la légalité interne :

9. Il ressort de la motivation des arrêtés que le préfet a procédé à un examen sérieux des éléments relatifs à la situation de l'intéressé alors portés à sa connaissance.

10. M. A a été confié à l'aide sociale à l'enfance en mars 2019 et a demandé un titre de séjour en mars 2022.

11. M. A s'est présenté comme né au Mali le 3 octobre 2003. Pour en justifier, il a produit une " copie littérale " d'un jugement supplétif d'acte de naissance du 3 juin 2020, délivrée le 21 juillet 2020, le " duplicata " d'un " extrait conforme " de ce jugement délivré le 21 juillet 2020, un acte de naissance et un extrait d'acte de naissance délivrés le 15 juin 2020, et un passeport et une carte consulaire délivrés en 2021.

12. Toutefois, le jugement supplétif d'acte de naissance ne comporte ni l'indication du nom du représentant du ministère public, qui selon le document " déclare s'en rapporter à la justice " et a donc assisté aux débats, ni la signature du président, ni la formule introductive, ni la formule exécutoire en violation des articles 462, 464 et 507 du code malien de procédure civile, commerciale et sociale. La requête a été déposée par une personne à laquelle le tribunal a reconnu la qualité de " père " de M. A et le jugement a " ouï " le requérant, alors pourtant que l'appelant expose à la cour que son père est décédé " en 2010 ".

13. L'acte de naissance a été établi sur la base du jugement susmentionné et avant l'expiration du délai d'un mois prévu aux articles 554 et 555 du code malien de procédure civile, commerciale et sociale. Il porte la mention " offier " au lieu de " officier " de l'état civil. Il comporte des abréviations en violation de l'article 124 du code malien des personnes et de la famille. Il ne comporte pas de numéro d'identification nationale en violation de l'article 7 de la loi malienne du 11 août 2006.

14. L'extrait d'acte de naissance porte les mentions " prénorn " au lieu de " prénom " et " officicer " au lieu de " officier " de l'état civil. La date d'établissement de l'acte est en chiffres en violation de l'article 126 du code malien des personnes et de la famille. L'acte a été signé dans un centre principal par un adjoint au maire en violation de l'article 93 du même code. Si l'article 59 de la loi malienne du 12 avril 1995 portant code des collectivités territoriales dispose que les adjoints au maire " sont chargés " par le maire " des questions suivantes () état-civil () Les attributions spécifiques des adjoints sont déterminées par arrêté du maire ", l'édiction d'un tel arrêté ne ressort pas des pièces du dossier. En tout état de cause, cette loi a été abrogée par l'article 298 de la loi malienne du 7 février 2012 portant code des collectivités territoriales. Est aussi absent le numéro d'identification nationale.

15. Les autres justificatifs présentés par M. A ont été établis sur la base des documents analysés ci-dessus.

16. Compte tenu de la nature, de la gravité et du nombre des anomalies ainsi constatées, aucun des documents invoqués par M. A ne peut être regardé comme probant.

17. Même s'il n'a pas interrogé les autorités maliennes, le préfet n'a ainsi pas commis une erreur de droit ou fait une inexacte application des articles 47 du code civil et L. 811-2 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant, comme la police aux frontières, que l'intéressé n'avait pas justifié son état civil.

18. M. A a vécu la majeure partie de sa vie au Mali. Il a déclaré être entré en France en février 2019. Il n'avait pas de visa. Il est célibataire sans enfant. Il a conservé des liens avec son père si l'on en croit le jugement supplétif d'acte de naissance qu'il invoque. Le " rapport éducatif " établi par la structure d'accueil en mai 2019 relève que l'intéressé a déclaré qu'il avait " une grande sœur () [qui] vivrait dans une autre ville " du Mali.

19. Si M. A s'est inscrit dans une formation menant au CAP " couvreur " et a obtenu un contrat d'apprentissage en septembre 2021, sa moyenne s'est chiffrée à 7,29/20 au premier semestre de 2021/2022, à 7,23/20 avec 12 heures d'absences injustifiées au deuxième semestre et à 6,54/20 avec 8 heures d'absences injustifiées au premier semestre de 2022/2023.

20. Dans ces conditions, alors qu'il résulte de ce qui précède que l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut utilement être invoqué et alors que c'est seulement en octobre 2023, après le premier arrêté, que M. A a obtenu un CDI dans la restauration rapide, les arrêtés n'étaient pas entachés d'erreur manifeste d'appréciation, n'ont pas violé les articles L. 612-7 et L. 612-10 du même code et n'ont pas porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale garantie par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

21. Il résulte de ce qui précède que tous les moyens ci-dessus invoqués, par voie d'action ou d'exception, doivent être écartés.

22. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif puis le magistrat désigné du tribunal administratif ont rejeté ses demandes.

Sur l'application des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative :

23. La présente décision n'implique aucune mesure d'exécution.

Sur l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

24. La demande présentée par le requérant et son conseil, partie perdante, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doit être rejetée.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Magali Leroy.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Maritime.

Fait à Douai, le 23 juillet 2024.

Le président de la 4ème chambre,

Signé : Marc Heinis

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Par délégation,

La greffière,

Elisabeth Héléniak

N°24DA01016, 24DA01017

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