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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-24DA01518

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-24DA01518

mardi 27 août 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-24DA01518
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantWEINBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler les décisions du 11 avril 2023 par lesquelles le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un certificat de résidence sur le fondement du 2° ou du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ou un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard, ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour .

Par un jugement n° 2303992 du 28 juin 2024, le tribunal administratif de Lille a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2024, M. B, représenté par Me Weinberg, demande à la cour :

1°) d'enjoindre au préfet de produire le compte-rendu de l'enquête de police menée à son domicile le 15 novembre 2022 ;

2°) d'annuler ce jugement ;

3°) d'annuler ces décisions ;

4°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un certificat de résidence sur le fondement du 2° ou du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ou un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard, ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'acte est entaché d'erreur de fait, de défaut de motivation et d'examen particulier de sa situation personnelle car le préfet a omis d'examiner sa situation sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté est entaché d'erreur de droit pour défaut d'examen des fondements de sa demande ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les articles 6-5 et 6-2 de l'accord franco-algérien et l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de destination seront annulées du fait de l'illégalité des décisions qui les fondent.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, complété par un protocole, deux échanges de lettres et une annexe, modifié, signé à Alger le 27 décembre 1968 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement () des cours () peuvent, par ordonnance : / () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 () ". Aux termes du dernier alinéa du même article : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° à 5° du présent article ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. Ils peuvent, de même, annuler une ordonnance prise en application des 1° à 5°et 7° du présent article à condition de régler l'affaire au fond par application de l'une des dispositions des 1° à 7° ".

2. M. B, ressortissant algérien né le 5 octobre 1992, déclare être entré en France le 1er mai 2019. Il relève appel du jugement du 28 juin 2024 par lequel le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 11 avril 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.

3. En premier lieu, l'arrêté mentionne que M. B ne peut " se prévaloir d'autres liens personnels et familiaux d'une ancienneté, d'une intensité ou d'une stabilité telles qu'un refus de séjour y porterait une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". La circonstance que l'intéressé se prévaut de la présence en France de ses frères, neveux et nièces ne saurait caractériser une erreur de fait mais, le cas échéant, une erreur d'appréciation. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de fait doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ". Aux termes de l'article 9 de ce même accord : " () les ressortissants algériens venant en France pour un séjour inférieur à trois mois doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa délivré par les autorités françaises. / () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a rempli le formulaire de demande de titre de séjour en mentionnant demander un titre de séjour en tant que conjoint de ressortissant français et en raison de ses liens personnels et familiaux en France. L'arrêté en cause lui oppose une entrée irrégulière en France pour lui refuser un titre en tant que conjoint de français. Le préfet a également examiné la situation personnelle et familiale de M. B en concluant que le refus de lui délivrer un titre de séjour ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie familiale. Si M. B avait adressé au préfet un courrier faisant état de son souhait d'obtenir son " admission exceptionnelle en tant que conjoint de français " cette phrase ne saurait être interprétée comme sollicitant son admission au séjour sur le fondement de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui d'ailleurs ne s'applique pas aux ressortissants algériens, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissant d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation, sous le contrôle du juge. Il s'ensuit que le moyen tiré d'une erreur de droit doit être écarté.

6. En troisième lieu, l'arrêté en cause vise les textes dont il fait application et notamment l'accord franco-algérien et comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement. Il n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle et familiale de M. B, mais en mentionne les éléments pertinents. Il comporte des considérations de fait suffisamment détaillées pour mettre l'intéressé à même de comprendre les motifs des décisions qui lui sont opposées. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision portant refus d'un titre de séjour, dès lors que cette dernière est régulièrement motivée. La décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée au regard de l'ensemble des éléments figurant dans l'arrêté. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des motifs de l'arrêté en litige que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation de l'appelant avant de prendre les décisions en cause. Ce moyen doit également être écarté.

7. En quatrième lieu, M. B est entré en France muni d'un visa délivré par les autorités turques. Le préfet était donc fondé à lui opposer son absence de visa délivré par les autorités françaises pour lui refuser la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

8. En cinquième lieu, M. B met en avant sa relation avec une ressortissante française avec qui il mène une vie commune depuis août 2020 et qu'il a épousée le 27 février 2021. Il explique être hébergé par ses beaux-parents qui sont handicapés et ont besoin d'assistance. Il ajoute que de ce fait son épouse ne pourrait le suivre s'il devait retourner en Algérie pour régulariser sa situation et que d'ailleurs celle-ci travaille. Lui-même indique avoir travaillé comme technicien en électricité dès qu'il a disposé d'un récépissé. Il souligne qu'il a quitté l'Algérie pour se rapprocher de ses frères dont il est très proche, comme de ses neveux et nièces, que ses frères disposent de certificats de résidence en France et qu'ils sont mariés à des ressortissantes françaises et belges. Il souligne avoir noué de nombreuses relations amicales en France. Il précise qu'il est suivi médicalement pour dépression mais également pour des problèmes urologiques et des coliques néphrétiques. Toutefois, la vie commune du couple, qui s'est constituée en toute connaissance de la situation administrative de M. B, reste relativement récente à la date de l'arrêté puisqu'au mieux elle remontait à deux ans et demi. Le couple est sans enfant même si M. B se déclare avoir le projet d'entamer une procédure de procréation médicalement assistée ou d'adoption. Il n'a pas demandé de titre à raison de son état de santé dont la gravité n'est aucunement établie par les ordonnances et résultats d'examen médicaux versés au dossier sans plus de précisions. M. B peut retourner dans son pays d'origine, où résident encore ses deux sœurs et l'un de ses frères, en vue de solliciter un visa comme conjoint de français. Dans les circonstances de l'espèce, s'agissant de l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté, le préfet n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs des décisions. Les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté, tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et d'une erreur manifeste d'appréciation à ne pas avoir régularisé sa situation doivent être écartés.

9. En sixième lieu, compte-tenu de ce qui a été précédemment exposé, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision de refus de séjour au soutien des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français. Il n'est pas plus fondé à se prévaloir de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français au soutien des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, et sans qu'il soit besoin d'enjoindre au préfet de produire le compte-rendu de l'enquête de police menée au domicile de M. B le 15 novembre 2022, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Weinberg.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet du Nord.

Fait à Douai, le 27 août 2024.

La présidente de la 1ère chambre,

Signé : G. Borot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Par délégation,

La greffière,

Nathalie Romero

1

N°24DA01518

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