lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-22LY02914 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. B A a demandé au tribunal administratif de Clermont-Ferrand d'annuler les décisions du préfet du Puy-de-Dôme du 14 juin 2022, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, désignant le pays à destination duquel il serait reconduit d'office, lui interdisant le retour sur le territoire français durant dix-huit mois et l'assignant à résidence durant six mois.
Par un jugement n° 2201340-2201341 du 1er août 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête enregistrée le 30 septembre 2022, M. A, représenté par Me Kwemo, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Clermont-Ferrand du 1er août 2022 ;
2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;
3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur de fait concernant la régularité de son entrée sur le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 et L. 612-3 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision d'assignation à résidence :
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les droits de la défense.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. A, ressortissant algérien né le 30 mars 1988, déclare être entré en France en 2019. Le 13 juin 2022, il a été interpellé par la police aux frontières du Puy-de-Dôme pour usage de faux documents administratifs. Par deux arrêtés du 14 juin 2022, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de renvoi, l'a interdit de retour sur le territoire français durant dix-huit mois et l'a assigné à résidence. M. A fait appel du jugement par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, M. A soutient que le préfet a commis une erreur de fait dès lors qu'il est entré régulièrement en France sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles. Si les pièces produites attestent de son entrée en Espagne par l'aéroport de Barcelone le 28 octobre 2019, l'intéressé n'établit pas être entré sur le territoire français durant la période de validité de son visa, soit pour un séjour de quatre-vingt-dix jours entre le 31 août 2019 et le 29 août 2020, dans un contexte de rétablissement des contrôles aux frontières intérieures depuis 2015, notamment entre la France et l'Espagne. Par conséquent, le moyen doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des mentions de l'arrêté contesté que le préfet du Puy-de-Dôme a procédé à un examen préalable de la situation de l'intéressé et a pris en compte l'ensemble des éléments de sa situation personnelle dont il avait connaissance à la date de sa décision. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen de la situation personnelle de M. A doit être écarté.
5. En dernier lieu, l'intéressé fait valoir, pour la première fois en appel, qu'étant présent sur le territoire français depuis 2019, il est indéniable qu'il dispose d'attaches personnelles en France qui doivent être prises en compte. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant, célibataire et sans enfant, ne produit aucun élément qui attesterait de l'existence d'attache familiale ou personnelle, récente ou ancienne, et ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans. En outre, la seule production de diverses factures relatives à un logement à Clermont-Ferrand, ainsi que divers bulletins de salaire en tant que manutentionnaire et préparateur de commande, est insuffisante pour justifier d'une insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en particulier de la durée et des conditions d'entrée et de séjour du requérant en France, la décision l'obligeant à quitter le territoire français contestée ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
6. M. A reprend en appel le moyen tiré de l'illégalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire, déjà invoqué devant le premier juge, qui l'a écarté à bon droit. Dès lors, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif de Clermont-Ferrand aux points 7 à 9 de son jugement, à l'encontre desquels le requérant ne formule d'ailleurs aucune critique utile ou pertinente.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
7. Il résulte de l'examen de la légalité de la mesure d'éloignement contestée que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour le territoire français prise à son encontre.
8. M. A fait valoir que cette décision est disproportionnée au regard de sa situation personnelle et qu'il justifie de circonstances humanitaires. Toutefois, en se prévalant de la durée de son séjour en France, qui est au demeurant irrégulière depuis son entrée sur le territoire, et de son expérience professionnelle en tant que manutentionnaire obtenue par la production d'une carte d'identité belge falsifiée à son employeur, l'intéressé ne fait valoir aucune circonstance humanitaire au sens des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui aurait pu justifier que l'autorité administrative ne prononçât pas d'interdiction de retour sur le territoire français. Par conséquent, le moyen doit être écarté.
Sur la décision d'assignation à résidence :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-7 du même code : " Il est remis aux étrangers assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 une information sur les modalités d'exercice de leurs droits, les obligations qui leur incombent et, le cas échéant, la possibilité de bénéficier d'une aide au retour. () ". Aux termes de l'article R. 732-5 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une assignation à résidence en application de l'article L. 731-1, est informé de ses droits et obligations par la remise d'un formulaire à l'occasion de la notification de la décision par l'autorité administrative ou, au plus tard, lors de sa première présentation aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ".
10. M. A soutient, pour la première fois en appel, que l'information prévue par les dispositions précitées ne lui a pas été remise et qu'ainsi, le préfet a porté atteinte à ses droits, notamment au droit de la défense, et a méconnu une garantie procédurale. Cependant, il ressort des pièces du dossier de première instance que, par un courrier du greffe du 28 juin 2022, les pièces produites par le préfet du Puy-de-Dôme, au nombre desquelles figure l'information prévue par l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dûment signée par le requérant le 14 juin 2022 à 11 h 45, ont été adressées à son conseil, Me Mouret, qui en a pris connaissance le 28 juin 2022 à 17 h 17 selon l'accusé de réception généré automatiquement par l'application Télérecours. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 732-7 du même code doit être écarté.
11. En second lieu, M. A, qui a fait l'objet d'une décision l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il ne pourrait le quitter immédiatement. Il n'apporte pas davantage d'élément permettant d'établir que son assignation à résidence dans le département du Puy-de-Dôme pour une durée maximale de six mois et que les obligations qui lui sont faites de rester à son domicile chaque jour de 6 heures à 8 heures et de se présenter à l'hôtel de police de Clermont-Ferrand chaque lundi, mercredi et vendredi, y compris les jours fériés, seraient disproportionnées. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, la décision en litige ne présente pas un caractère disproportionné et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Puy-de-Dôme.
Fait à Lyon, le 21 octobre 2024.
Le président,
Gilles Hermitte
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026