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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-23LY00424

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-23LY00424

mardi 12 novembre 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-23LY00424
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler les décisions du préfet de la Savoie du 15 septembre 2022, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, désignant le pays à destination duquel elle serait reconduite d'office à l'expiration de ce délai et lui interdisant le retour sur le territoire français durant deux ans.

Par un jugement n° 2206543 du 10 novembre 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 4 février 2023, Mme A, représentée par Me Randi, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble du 10 novembre 2022 ;

2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer une attestation de demande d'asile ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 800 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que l'arrêté contesté :

- méconnaît son droit au maintien sur le territoire français dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

- est entaché d'une erreur de fait ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme A, ressortissante géorgienne née le 2 décembre 1990, déclare être entrée en France le 10 mars 2018. Sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 21 juin 2019. Le préfet de la Haute-Savoie l'a obligée à quitter le territoire français le 1er août 2019, cette dernière a exécuté cette décision le 17 septembre 2019. Mme A est entrée en France une seconde fois le 4 février 2022 selon ses propos et a sollicité le réexamen de sa demande d'asile auprès de l'Office français pour les réfugiés et apatrides. Le 2 mai 2022, l'Office français pour les réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Par arrêté du 15 septembre 2022, le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit le retour sur le territoire français durant deux ans. Mme A fait appel du jugement par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

3. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ". Aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : () 2° Le demandeur a présenté une demande de réexamen qui n'est pas irrecevable ; () ". Aux termes de l'article L. 542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ".

4. D'une part, la directive n° 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale a été entièrement transposée en droit interne par la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 relative à la réforme de l'asile, codifiée dans le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, l'intéressée ne saurait se prévaloir des dispositions de cette directive à l'appui de sa contestation de la décision l'obligeant à quitter le territoire.

5. D'autre part, Mme A soutient qu'elle a introduit un recours devant la Cour nationale du droit d'asile et que le préfet de la Savoie ne pouvait lui refuser le renouvellement de son attestation de demande d'asile ni l'obliger à quitter le territoire français. Toutefois, il résulte des dispositions des articles L. 531-24 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées que Mme A ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français à compter de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rejetant sa demande de réexamen selon la procédure accélérée mise en œuvre pour les personnes ayant présenté une demande de réexamen qui n'est pas irrecevable en application des dispositions du 2° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Savoie a commis une erreur de droit en prenant la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

6. En deuxième lieu, si Mme A soutient que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de fait, dès lors qu'il ne mentionne pas la naissance de sa fille le 5 juin 2022, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'elle en aurait informé les services de la préfecture. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

7. En dernier lieu, Mme A reprend en appel le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il y a lieu d'adopter les motifs retenus au point 5 du jugement du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble pour écarter ce moyen, à l'encontre desquels la requérante ne formule d'ailleurs aucune critique utile ou pertinente.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Savoie.

Fait à Lyon, le 12 novembre 2024.

Le président,

signé

Gilles Hermitte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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