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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-23LY00430

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-23LY00430

lundi 9 décembre 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-23LY00430
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. B A a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler les décisions du préfet de la Savoie du 29 novembre 2022, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, désignant le pays à destination duquel il serait reconduit d'office et lui interdisant le retour sur le territoire français durant deux ans.

Par un jugement n° 2207904 du 6 janvier 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 3 février 2023, M. A, représenté par Me Ndoye, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble du 6 janvier 2023 ;

2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de réexaminer sa situation, en application des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de la justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant du jugement attaqué :

- il est entaché d'une omission à statuer en ce qui concerne l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi ;

- il est entaché d'irrégularité au regard de la composition de la formation de jugement ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble :

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- il aurait dû bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A, ressortissant albanais né le 20 septembre 1969, déclare être entré en France en 2018. Il a présenté une demande d'asile le 18 septembre 2018, rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 13 juin 2019. Par arrêté du 4 mai 2020, le préfet de la Savoie a pris une première mesure d'éloignement à son encontre. Puis, par arrêté du 29 novembre 2022, le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour deux ans. M. A fait appel du jugement par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur le jugement attaqué :

3. En premier lieu, si M. A soutient que le jugement serait entaché d'une omission à statuer en ce qu'il n'a pas répondu à sa demande d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi, il ressort de la requête de première instance qu'aucun moyen n'a été soulevé spécifiquement contre la décision fixant le pays de renvoi. Dès lors, le tribunal administratif de Grenoble n'a entaché son jugement d'aucune omission à statuer.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 () ". Aux termes de l'article L. 614-6 de ce code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. / Il est statué sur ce recours selon la procédure et dans les délais prévus, selon le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, aux articles L. 614-4 ou L. 614-5. ".

5. Aux termes de l'article L. 614-5 de ce code : " () Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction ou parmi les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative statue dans un délai de six semaines à compter de sa saisine. / L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. / L'audience est publique. Elle se déroule sans conclusions du rapporteur public, en présence de l'intéressé, sauf si celui-ci, dûment convoqué, ne se présente pas. L'étranger est assisté de son conseil s'il en a un. Il peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin qu'il lui en soit désigné un d'office. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite du rejet définitif de la demande d'asile de M. A par la Cour nationale du droit d'asile, le 13 juin 2019, ce dernier a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée. Puis, sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai. Dès lors, le requérant entre dans les cas énoncés par les dispositions susmentionnées. Ainsi, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif pouvait en l'espèce statuer seul sans que le jugement rendu soit entaché d'irrégularité. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la formation du jugement qui a statué sur la requête de M. A doit être écarté.

7. En dernier lieu, si le requérant soutient que le jugement est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation, un tel moyen, qui concerne le bien-fondé de la décision juridictionnelle, est sans incidence sur sa régularité et ne peut donc qu'être écarté pour ce motif.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

8. En premier lieu, si le requérant fait valoir qu'il aurait dû bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne produit, aussi bien en première instance qu'en appel, qu'une demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", qui n'est ni datée, ni signée, dont il ne prouve pas que la préfecture de la Savoie en a bien eu connaissance. Ainsi, le requérant ne peut pas se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions, sur le fondement desquelles le préfet ne s'est pas fondé. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

9. En deuxième lieu, M. A se prévaut de sa durée de présence en France depuis près de cinq ans, de la résidence de sa fille majeure sur le territoire français ainsi que de ses compétences dans les métiers du bâtiment. De surcroit, il précise qu'après avoir fui son pays d'origine, le centre de ses intérêts se situe en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est maintenu sur le territoire français en situation irrégulière, dès lors qu'il ne s'est pas conformé, après le rejet de sa demande d'asile, à la précédente décision portant obligation de quitter le territoire français datant du 4 mai 2020. Si le requérant fait valoir que sa fille est son unique famille, la reprise de ses relations avec cette dernière n'est pourtant que récente. Par ailleurs, M. A a vécu la majorité de sa vie en Albanie et il n'établit pas y encourir des risques qu'il l'empêcherait d'y mener une vie privée et familiale normale. Enfin, si le requérant produit plusieurs fiches de paie, ces dernières ne sauraient suffire pour justifier une intégration sociale et professionnelle en France telle, qu'un droit au séjour doive lui être reconnu. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9, le préfet de la Savoie n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans son appréciation de la situation de M. A.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Savoie.

Fait à Lyon, le 9 décembre 2024.

Le président,

Gilles Hermitte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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