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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-23LY00913

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-23LY00913

lundi 9 décembre 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-23LY00913
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. B A a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions du préfet du Rhône du 21 juin 2022, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et désignant le pays à destination duquel il serait reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2208723 du 17 février 2023, le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 14 mars 2023, M. A, représenté par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier avocats associés, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Lyon du 17 février 2023 ;

2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors que le préfet a considéré que les membres de sa famille résidaient en Algérie ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet n'a pas fait usage de son pouvoir de régularisation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas recueilli l'avis du collège des médecins de l'OFII ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des dispositions du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité des décisions portant refus de renouvellement de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité des décisions portant refus de renouvellement de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A, ressortissant algérien né le 13 août 1981, est entré en France le 11 octobre 2017. Le 19 février 2018, il lui a été délivré un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6-2) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 valable jusqu'au 18 février 2019. Il a sollicité le renouvellement de ce dernier le 21 mai 2019 au regard des stipulations de l'article 7 bis a) de l'accord franco-algérien en invoquant une communauté de vie toujours effective entre les époux. Après une enquête diligentée par le service de lutte contre les fraudes de la CPAM confirmant la séparation, le préfet du Rhône, par arrêté du 21 juin 2022, lui a opposé un refus, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi. M. A fait appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur la décision de refus de délivrance de titre de séjour :

3. En premier lieu, il ne ressort pas de la décision contestée que le préfet ait entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la situation de M. A.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, lors de sa demande de renouvellement de titre de séjour, M. A a déclaré le 21 août 2019 la présence de trois de ses sœurs et de ses trois frères dans son pays d'origine, l'Algérie. Si le requérant produit les récépissés de demande de titre de séjour de ses trois frères en France, il n'établit pas pour autant être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

5. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation, en considérant que la situation de M. A ne relève d'aucune considération exceptionnelle ou motif humanitaire de nature à justifier une dérogation. Le requérant n'est pas d'avantage fondé à soutenir que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces conséquences.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il résulte de l'examen de la légalité de la décision de refus de délivrance de titre de séjour, que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.

7. En deuxième lieu, si le requérant fait valoir que le préfet du Rhône aurait dû demander l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration compte tenu de son état de santé, ce dernier n'a sollicité aucun titre de séjour en qualité d'étranger malade, sa demande concernant une carte de résidence de dix ans au titre de conjoint de Français. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

9. Aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

10. M. A soutient qu'il remplit l'ensemble des conditions pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour en qualité d'étranger malade et qu'il ne pouvait pas légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Toutefois, si ce dernier produit plusieurs documents attestant de son handicap moteur, aucune des pièces transmises permet de démontrer qu'un défaut de prise en charge médicale aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ou qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement adapté à son état de santé eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé algérien. Par suite, le préfet du Rhône n'a pas entaché la décision portant obligation de quitter le territoire d'une erreur de droit au regard des dispositions du 9° l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point précédent et au regard de sa séparation avec son épouse, confirmée par l'enquête diligentée par le service de lutte contre les fraudes de la CPAM le 4 juin 2020, le moyen tiré de l'erreur de droit au regard des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

12. En dernier lieu, M. A fait notamment valoir qu'il réside sur le territoire français depuis quatre ans et se prévaut de la présence de ses frères et sœurs qui le soutiennent et l'aident dans son quotidien au regard de son handicap moteur. Cependant, ce dernier est séparé de son épouse, n'a pas d'enfant et n'établit pas disposer sur le territoire français d'attaches personnelles intenses, anciennes et stables. Par ailleurs, il n'établit pas être dépourvu d'attaches privées et familiales en Algérie, où il a vécu la majorité de sa vie et où résident ses parents et trois de ses sœurs. Enfin, il ne démontre pas qu'un défaut de prise en charge médicale aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ou qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dès lors, le préfet du Rhône n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

13. Il résulte de l'examen de la légalité de la décision de refus de délivrance de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français, que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de ces décisions à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire.

Sur la décision désignant le pays de destination :

14. Il résulte de l'examen de la légalité de la décision de refus de délivrance de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français, que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de ces décisions à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.

15. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.

Fait à Lyon, le 9 décembre 2024.

Le président,

Gilles Hermitte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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