jeudi 28 novembre 2024
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-23LY03311 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. B A a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les arrêtés du 12 juillet 2023 par lesquels la préfète du Rhône, d'une part, lui a ordonné de quitter sans délai le territoire français, a désigné le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, lui a interdit de revenir en France pendant un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département du Rhône.
Par un jugement n° 2305916 du 19 juillet 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête enregistrée le 24 octobre 2023, M. A, représenté par Me Sonko, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du 19 juillet 2023 ;
2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, les décisions de la préfète du Rhône en date du 12 juillet 2023 portant obligation de quitter le territoire français, interdiction de retour sur le territoire français pendant un an et assignation à résidence ;
3°) d'enjoindre à la préfète de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros, à son profit, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant du refus de titre de séjour :
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est contraire aux stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français :
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées de vice de forme, dès lors que son droit d'être entendu a été méconnu ;
- elles n'ont pas été précédées d'un examen réel de sa situation particulière ;
- elles sont dépourvues de base légale, du fait de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;
- elles ont été prises en violation des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont illégales, dès lors qu'il est aussi en droit d'obtenir un titre de séjour sur la base des articles L. 313-10 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, étant bénéficiaire d'une promesse d'embauche pour un emploi d'aide-maçon ;
- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il remplit les conditions d'admission exceptionnelle pour motif familial ou professionnel prévues aux articles L. 435-1 et L. 313-14, ainsi que par la circulaire Valls du " 12 novembre 2012 " ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
- elle méconnaît les dispositions du III du " nouvel l'article L. 511-1 " du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 2 du protocole additionnel n° 4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est contraire aux stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- elle est illégale, compte tenu de la gravité de ses conséquences, dès lors qu'il " a rejoint le groupe des homosexuels " et craint d'être persécuté au Nigéria ;
S'agissant de l'assignation à résidence :
- elle fait, à tort, application des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en violation des stipulations des articles 3, 5 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 2 du protocole additionnel n° 4 de cette convention ;
- elle méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. A, ressortissant nigérian né le 16 avril 1991, est entré en France en novembre 2018, selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée, en dernier lieu, par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 25 février 2022. Le 31 mai 2022, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français de six mois, qu'il n'a pas exécutée. Il a été interpellé le 11 juillet 2023 alors qu'il circulait en bus sans titre de transport. Par un arrêté du 12 juillet 2023, la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de revenir en France pendant un an. Par un arrêté du même jour, elle l'a assigné à résidence. M. A fait appel du jugement par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande tendant à l'annulation des décisions contestées.
Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :
3. Il ressort du dossier que l'arrêté contesté n'a pas été pris en réponse à une demande de titre de séjour, mais en raison de la perte, par M. A, du droit de se maintenir sur le territoire français, consécutive au rejet définitif de sa demande d'asile et qu'il ne comporte aucune décision refusant la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors, les conclusions dirigées contre cette décision inexistante sont irrecevables.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, l'arrêté contesté vise le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique, par ailleurs, que M. A s'est vu refuser l'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 15 juin 2021, décision confirmée par la CNDA le 25 février 2022 et qu'il n'établit pas relever d'une des catégories d'étrangers ne pouvant faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision serait insuffisamment motivée manque en fait.
5. En deuxième lieu, M. A soutient que la préfète du Rhône a méconnu les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Si ces dispositions n'ont pas elles-mêmes vocation à s'appliquer à l'intéressé, dès lors qu'elles régissent seulement les relations entre les organes de l'Union et leurs interlocuteurs, et non pas entre les États membres et leurs administrés, elles formalisent cependant l'un des aspects du principe de bonne administration, composante des droits de la défense, que l'intéressé est fondé à invoquer. En l'espèce, toutefois, le requérant, qui avait perdu le droit de se maintenir sur le territoire français à la suite du rejet définitif de sa demande d'asile notifié le 11 mars 2022, a reconnu, le 12 juillet 2023, avoir eu connaissance que l'autorité préfectorale, après analyse de ses déclarations recueillies lors de son audition concernant ses conditions d'entrée et de séjour en France et une évaluation individuelle prenant en compte un éventuel état de vulnérabilité, était susceptible de prendre une mesure d'éloignement et de la mettre à exécution. Il ressort également du procès-verbal, qu'à l'issue de cette audition, M. A a été invité à présenter des observations. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pu être entendu avant que ne soit prise une décision administrative défavorable ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, il ne ressort pas de l'arrêté contesté que la décision l'obligeant à quitter le territoire français aurait été prise sans que la préfète du Rhône ait procédé, au préalable, à l'examen de la situation particulière du requérant.
7. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été dit, l'arrêté en litige ne comporte pas de décision portant refus de titre de séjour. Dès lors, M. A ne peut utilement exciper de l'illégalité de cette décision inexistante à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
9. M. A soutient qu'il ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement, dès lors qu'il remplit les conditions pour l'obtention de plein droit d'un titre de séjour sur la base des dispositions précitées. Toutefois, s'il fait valoir qu'il est entré sur le territoire français en novembre 2018, il a déclaré aux services de police avoir vécu en Allemagne de 2015 à 2019, la dernière année étant celle au cours de laquelle il est entré en France de façon irrégulière. Il ne produit aucun élément établissant la continuité de sa résidence en France. M. A, qui n'a été autorisé à s'y maintenir que le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile et de son recours devant la CNDA, n'a pas exécuté la mesure d'éloignement prise à son égard le 31 mai 2022, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français, et a admis travailler de façon illégale. Ainsi, il ne manifeste pas d'adhésion aux valeurs de la République, dont le respect des lois est une des composantes. En tout état de cause, il ne saurait se prévaloir de la durée de sa présence irrégulière dans ce pays comme la marque d'une intégration particulière. Le requérant, qui ne comprend pas le français, a déclaré n'avoir aucune attache familiale en France, autre que sa concubine déclarée, Mme C, également nigériane, et leur fille née en août 2023. Cependant, il n'établit pas être dépourvu de telles attaches hors de France, notamment au Nigéria, où réside l'ensemble de sa famille, selon ses propres déclarations, et en Allemagne, où est né en 2018 son fils mentionné dans la décision de la CNDA du 25 février 2022, consultable par le juge administratif. Par la production d'une attestation d'hébergement de Mme C, d'une déclaration de vie commune et de factures, il ne justifie pas de l'ancienneté de sa communauté de vie alléguée avec cette dernière, qui, dans sa demande de titre de séjour de mars 2022, a choisi de se déclarer célibataire et non pas concubine. En tout état de cause, Mme C, qui ne détenait plus de titre de séjour valide à la date de l'arrêté contesté, et M. A ne pouvaient ignorer la précarité de leur installation commune en France, où ce dernier faisait l'objet d'une mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour d'une durée de six mois. À supposer même que cette communauté de vie soit avérée, il n'est pas établi que le requérant serait dans l'impossibilité de reconstituer sa cellule familiale hors de France. Par ailleurs, la facture qu'il produit, relative à un achat de mobilier pour enfant, quatorze mois avant la naissance de sa fille, et la simple fiche de calcul de la participation horaire à ses frais de crèche, dressée à son nom et à celui de la mère de l'enfant, ne sont pas de nature à démontrer de façon probante qu'il contribuait, effectivement et régulièrement, à l'entretien et à l'éducation de cette enfant à la date de la décision contestée. Il ne ressort pas davantage du dossier que M. A, qui ne justifie pas de moyens d'existence suffisants pour subvenir à ses besoins, bénéficie d'une insertion professionnelle susceptible de faire obstacle à son éloignement. Dès lors, le moyen tiré de ce que la préfète du Rhône aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L.411-1 ". Aux termes de l'article L. 421-1 du même code, alors en vigueur : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ".
11. Il ressort du dossier qu'à la date de la décision en litige, M. A n'était pas en possession du visa de long séjour, de l'autorisation de travail et du contrat de travail prévus par les dispositions précitées. Dès lors, contrairement à ce qu'il soutient, le requérant ne satisfaisait pas aux conditions pour l'obtention de plein droit d'un titre de séjour " salarié " et il pouvait, ainsi, faire l'objet d'une mesure d'éloignement.
12. En septième lieu, si M. A soutient qu'il est susceptible de se voir accorder l'admission au séjour à titre exceptionnel, tant au regard de sa vie privée et familiale que de son activité professionnelle en France, le moyen soulevé, tiré de la violation des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui s'est substitué à l'article L. 313-14 du code, abrogé le 1er mai 2021, et de la " circulaire Valls " du 28 novembre 2012 est inopérant à l'encontre d'une mesure d'éloignement.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Enfin, en application de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Les décisions () d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
14. En premier lieu, la décision contestée est motivée en droit par la mention des articles L. 612-6 et L. 612-10 précités. Elle est également motivée en fait par l'indication, en particulier, que rien ne s'oppose à ce que l'intéressé soit obligé de quitter le territoire français sans se voir accorder de délai de départ volontaire, qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, qu'il déclare vivre en concubinage avec une Nigériane dont la régularité de la situation n'est pas établie et qu'il ne justifie pas qu'il pourvoit aux besoins de l'enfant qu'il déclare être à sa charge en France. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation affectant la décision lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant un an doit être écarté.
15. En deuxième lieu, il ne ressort pas du dossier que la préfète du Rhône se serait abstenue d'examiner la situation particulière de M. A avant de prendre la décision contestée.
16. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée a été prise en violation de son droit d'être préalablement entendu.
17. En quatrième lieu, les moyens tirés de l'illégalité du prétendu refus de titre de séjour, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la " circulaire Valls " sont inopérants à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
18. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9, M. A n'est fondé à invoquer ni la violation des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni le caractère disproportionné de cette mesure d'interdiction au regard de sa situation.
19. En sixième lieu, si le requérant soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour " salarié ", ce moyen n'est assorti d'aucun élément concernant spécifiquement cette décision, permettant à la cour d'en apprécier le bien-fondé.
20. En septième lieu, aux termes de l'article 2 du protocole additionnel n° 4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Quiconque se trouve régulièrement sur le territoire d'un État a le droit d'y circuler librement et d'y choisir librement sa résidence. () ". M. A, qui réside irrégulièrement sur le sol français, ne peut utilement invoquer la méconnaissance de ces stipulations.
21. En huitième lieu, M. A, dont la présence en France, encore récente, n'est caractérisée par aucune intégration particulière et qui n'a pas exécuté la précédente obligation de quitter le territoire prise à son encontre, n'établit pas qu'il serait dans l'impossibilité de s'installer hors de France pendant un an, le cas échéant avec sa compagne et leur fille. Par suite, à supposer qu'il ait entendu invoquer les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision contestée, il n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction qu'il conteste serait disproportionnée au regard des critères fixés à cet article.
22. En neuvième lieu, l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, prise à l'encontre de M. A, n'emporte pas, elle-même, séparation d'avec sa fille mineure, en méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.
23. En dixième lieu, cette décision n'emportant pas désignation du pays de retour, le requérant ne peut utilement soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français l'exposerait à des persécutions au Nigéria en raison de l'orientation sexuelle qui lui serait imputée dans son pays d'origine.
Sur l'assignation à résidence :
24. En premier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ; () 7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ; () ".
25. M. A fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai prise depuis moins d'un an qui est assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français, mais n'établit pas avoir fait l'objet d'une interdiction du territoire prononcée par le juge judiciaire. Ainsi, la préfète du Rhône a pu légalement fonder sa décision sur les 1° et 2° de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de la violation des dispositions du 5° de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auxquelles se sont substituées les dispositions précitées du 7° de l'article L. 731-1, ne peut qu'être écarté.
26. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 20, M. A ne peut utilement soutenir que cette décision est contraire aux stipulations de l'article 2 du protocole additionnel n° 4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
27. En troisième lieu, selon les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 5 de la même convention : " 1. Toute personne a droit à la liberté et à la sûreté. Nul ne peut être privé de sa liberté, sauf dans les cas suivants et selon les voies légales () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
28. M. A ne produit aucun élément de nature à établir que son assignation à résidence dans le département du Rhône, avec obligation de se présenter le lundi et le jeudi entre 9 h et 18 h aux services de la police de l'air et des frontières situés dans l'arrondissement de Lyon, où il réside est assimilable à une torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Une telle décision, si elle emporte restriction de liberté, ne saurait en tout état de cause être confondue avec une mesure privative de liberté, telles que celles énumérées à l'article 5 de cette convention. Enfin, il ne ressort pas du dossier qu'elle porterait au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis, en violation des stipulations de l'article 8 de cette convention.
29. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.
Fait à Lyon, le 28 novembre 2024.
Le président,
signé
Gilles Hermitte
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026