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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-24LY00115

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-24LY00115

mardi 12 novembre 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-24LY00115
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantKHANIFAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. C A alias B a demandé au tribunal administratif de Clermont-Ferrand d'annuler les décisions du préfet du Puy-de-Dôme du 13 décembre 2023, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, désignant le pays à destination duquel il serait reconduit d'office, lui interdisant le retour sur le territoire français durant deux ans et l'assignant à résidence.

Par un jugement n° 2302875-2302876 du 19 décembre 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a annulé la décision portant assignation à résidence et a rejeté le surplus des conclusions de la demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 15 janvier 2024, M. A, représenté par Me Khanifar, demande à la cour :

1°) d'annuler l'article 2 du jugement de la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Clermont-Ferrand du 19 décembre 2023 ;

2°) d'annuler les décisions du préfet du Puy-de-Dôme mentionnées ci-dessus pour excès de pouvoir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du jugement attaqué :

- il est entaché d'une contradiction dès lors que la magistrate désignée a annulé la décision portant assignation à résidence mais pas la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention contre la torture ;

- le préfet n'a pas examiné la situation personnelle du requérant en cas de retour en Syrie ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- il existe des circonstances humanitaires empêchant l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français à son encontre.

Par une décision du 13 mars 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de M. A.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants du 10 décembre 1984 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A alias B, ressortissant syrien né le 6 octobre 2006, déclare être entré en France en 2020. Le 14 novembre 2022, le préfet du Puy-de-Dôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français durant un an. Par deux arrêtés du 13 décembre 2023, le préfet du Puy-de-Dôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français durant deux ans et l'a assigné à résidence. Par un jugement du 19 décembre 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a annulé la décision portant assignation à résidence. M. A fait appel de ce jugement en ce qu'il a, par ailleurs, rejeté le surplus de sa demande, tendant à l'annulation des autres décisions.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Le requérant fait valoir que le jugement serait entaché d'une contradiction dès lors que la magistrate désignée a écarté, dans un premier temps, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales formé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, alors qu'elle a, dans un second temps, annulé la décision portant assignation à résidence sur ce même fondement. Toutefois, il ressort du jugement attaqué que la magistrate désignée a annulé la décision portant assignation à résidence au motif que le préfet ne faisait pas valoir de perspective raisonnable d'éloignement du requérant et non, comme le soutient ce dernier, sur la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur de la décision faisant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de renvoi :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants du 10 décembre 1984 : " Aucun État partie n'expulsera, ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre État où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture ".

5. Si M. A fait valoir la situation politique en Syrie, qui a rompu ses relations diplomatiques avec la France, ces éléments avancés sans précisions supplémentaires ne sauraient établir l'existence de risques actuels et personnels en cas de retour en Syrie, ni justifier de circonstances humanitaires empêchant l'édiction par le préfet d'une mesure d'éloignement. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées ainsi doivent être écartées.

6. En second lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort de la décision contestée que le préfet a indiqué que le requérant n'établissait pas qu'il serait exposé à des peines contraires ou des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant en cas de retour en Syrie doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A ne justifie d'aucune attache personnelle et familiale sur le territoire français et qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Par ailleurs, la seule indication de la situation politique en Syrie et de l'état de ses relations diplomatiques avec la France ne saurait, sans précision supplémentaire, démontrer l'existence de circonstances humanitaires faisant obstacle à ce que le préfet du Puy-de-Dôme prenne une décision lui interdisant le retour sur le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A alias B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A alias B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A alias B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Puy-de-Dôme.

Fait à Lyon, le 12 novembre 2024.

Le président,

Gilles Hermitte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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